Un vrai changement

par  M. DUBOIS
Publication : novembre 1982
Mise en ligne : 9 janvier 2009

AVANT DE VOTER DE NOUVELLES LOIS

LA volonté de changement, dans une société comme
la nôtre, est plus qu’explicable. C’est à vrai dire une
sorte de légitime défense de l’individu inlassablement
agressé dans sa vie quotidienne. Encore faut-il que, si changement
il y a, ces derniers aillent dans le sens souhaité, et surtout
se révèlent efficaces.
A cet égard, on ne peut qu’être surpris de voir avec quelle
frénésie sont discutées et votées des dizaines
de lois nouvelles alors que les gouvernements s’avèrent incapables
de faire appliquer les lois existantes.
Je n’aurai pas le mauvais goût de faire allusion ici aux professionnels
de la chienlit qui se défoulent allègrement et sans le
moindre risque au nom de la « permissivité », qu’elle
soit libérale avancée ou socialiste : brûleurs de
feux rouges, motards pétaradeurs, briseurs de lampadaires et
de cabines téléphoniques, vandales en tous genres se relaient
pour donner aux relations humaines, spécialement dans les grandes
villes, un caractère aussi désespérant qu’exaspérant.
Il s’agit là d’un phénomène de pourrissement intellectuel
et moral dont la disparition progressive exigera, dans la meilleure
hypothèse, une ou deux générations.

APPLIQUER LES LOIS EXISTANTES

Mais il existe d’autres exemples, beaucoup plus limitatifs, et par
conséquent plus révélateurs, de non application
de lois existantes.
C’est ainsi qu’en mars dernier le Directeur du service des fraudes publiait
une lettre dénonçant l’introduction frauduleuse des tourteaux
d’arachide contaminés d’aflatoxine, pour nourrir à bas
prix notre bétail (vaches laitières notamment). Or l’aflatoxine
est une moisissure toxique qui naît sur les tourteaux d’arachides
stockés dans de mauvaises conditions. On !a tient pour responsable
de certaines hépatites, et elle serait même cancérigène.
A la suite de cette lettre, le Conseil supérieur de l’hygiène
a été saisi... et a nommé un groupe de travail.
En attendant, note le « Figaro » du 25 mars qui publie ces
informations « on ne comprend pas pourquoi une série de
réglementations limitant les teneurs en aflatoxine des aliments
pour animaux d’élevage ne sont pas respectées. Dernier
en date, l’arrêté du 19 juillet 1976 stipule catégoriquement
 : sont considérés comme impropres à la vente pour
l’alimentation des animaux les produits qui contiennent des teneurs
d’aflatoxine supérieures à celles fixées par le
présent arrêté. Or, les contrôles de dosage
d’aflatoxine dans les aliments du bétail seraient aujourd’hui
aussi peu efficaces que ceux des oestrogènes avant le boycottage
du veau. Ajoutons qu’aucune réglementation n’existe pour les
dosages d’aflatoxine dans l’alimentation humaine des adultes : une carence
de taille ! Laquelle n’est qu’à peine compensée par la
loi sur les produits diététiques et de régime qui
protège ce secteur, où figurent les petits pots pour bébés.
Et puis, - c’est un paradoxe de notre réglementation - des antibiotiques
sont autorisés pour combattre les moisissures de croûtes
de fromages, afin de neutraliser les aflatoxines qui pourraient s’y
développer. Mais on laisse, en revanche par camions entiers,
les tourteaux porteurs de toxines, en provenance du port d’Anvers, franchir
nos frontières ».

MAIS CHANGER LE REGIME ECONOMIQUE

Lorsque Mme Rosemonde PUJOL, signataire de l’article du « Figaro
 », prétend ne pas comprendre, elle se calomnie bien inutilement
aux yeux de ses lecteurs puisque, sans qu’aucun de nos amis ne le lui
ait soufflé, elle résume parfaitement elle-même
le fin mot de l’histoire « Tout, dans cette affaire, est de savoir
ce qui est le plus rentable : protéger à long terme la
santé des consommateurs, ou nourrir à bas prix les animaux
quels que soient les risques que peuvent engendrer ces... économies
 ».
Bravo, chère Madame, pour cette conclusion cynique mais lucide.
Nous nous permettrons d’ajouter que :
- en économie des Besoins un tel dilemme ne se poserait évidemment
pas,
- nous scrutons vainement l’horizon sans voir poindre ce vrai changement.