Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : juin 1980
Mise en ligne : 6 octobre 2008

« Si préoccupante qu’elle apparaisse, la crise monétaire,
financière et commerciale n’est (lue l’épiphénomène
de la croissance intempérante et productiviste qui a bouleversé
la relation entre dépenses d’investissement et dépenses
de consommation et donc entre produit brut et revenu net. La crise n’est
pas fonctionnelle, elle est organique. Car le déséquilibre
fondamental de l’économie française réside en ce
que lorsque le P.N.B. augmente, le revenu net disponible augmente, mais
d’un montant moindre. Or, c’est le revenu disponible qui, bien plus
que les exportations et la monnaie, gouverne l’investissement, l’emploi
et la consommation. »
Dommage que l’auteur de cette analyse lucide (M. A. Barrère,
Professeur à l’université Paris I) n’aille pas plus loin.
Il est vrai que cela le conduirait à l’économie distributive.

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La lecture des comptes rendus des deux assemblées qui Font semblant
de nous gouverner est souvent très instructive. Ainsi apprend-on
qu’au cours du débat au Sénat sur la loi d’orientation
agricole, M. Boscary-Monsservin (sénateur Républicain
indépendant de l’Aveyron), rapporteur de la commission des finances,
a montré qu’en ce qui concerne les cotisations retraites, les
agriculteurs ne paient que les 5/6 de ce qu’ils devraient, c’est-à-dire
environ 6 300 millions de francs, alors que s’ils étaient salariés
ils en paieraient 7 400 millions.
Je vous laisse deviner qui paie le reste. Il est vrai que les agriculteurs
sont en général de
bons » électeurs.

*

Cela est aussi vrai aux Etats-Unis où, malgré l’embargo
sur les céréales précédemment destinées
à l’U.R.S.S., les autorités n’ont pris aucune mesure pour
réduire la production américaine de céréales.
Ce sont les Européens qui feront les frais de l’opération
car les Américains vont fournir les céréales destinées
à l’U.R.S.S. à plusieurs pays du bassin méditerranéen
et d’Afrique, traditionnellement clients de la France et des pays de
la Communauté européenne.
C’est ainsi que la Tunisie va recevoir 64 000 tonnes de blé payables
en 20 ans avec un taux d’intérêt de 1 % et remboursable
en monnaie tunisienne...
Un vrai cadeau.

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Le yen faiblit mais cela n’a pas l’air d’affecter beaucoup les Japonais
qui savent que la faiblesse de leur monnaie tient à la bonne
santé de leur économie : leurs usines tournent pratiquement
à fond et la productivité a augmenté de 10 % en
1979.
Qui plus est, l’affaiblissement du yen par rapport au dollar leur permet
d’augmenter leurs exportations. Déjà les ventes de voitures
et de téléviseurs battent tous les records. En bons capitalistes,
les patrons japonais n’ont pas répercuté la baisse du
yen sur leurs prix en dollars, si bien que les entreprises sont en train
de faire des superprofits.

*

Quand les contribuables français subventionnent les industriels
français... Notre ministre de l’Economie vient d’effectuer un
voyage en Indonésie. Il en a rapporté des projets (construction
d’un aéroport à Djakarta, d’une centrale thermique dans
le sud de Sumatra, vente d’équipements électriques pour
le réseau haute tension à l’est de Java, ...) . Le tout
s’élève à environ 1,5 milliards que la France s’est
engagée à fournir ; il paraît qu’il n’est pas possible
de faire autrement car l’obtention de prêts étatiques est
la condition sine-qua-non imposée par les Indonésiens
pour la réalisation de tout projet industriel. Nous paierons
donc et les entreprises privées françaises encaisseront
les bénéfices.
C’est ça l’économie libérale avancée.
Un autre grand V.R.P. français, je veux dire le président
de la République, s’est rendu en Inde au mois d’avril dernier.
Il en a rapporté, entre autres, un projet de construction d’une
usine géante d’aluminium d’un coût approximatif de 2 milliards
de dollars. La France fournira les fonds nécessaires (crédits
publics et crédits bancaires) au taux de 5 %. L’accord prévoit
aussi que l’Inde exportera la moitié de la production de cette
usine (soit 800 000 tonnes d’alumine par an et 220 000 tonnes d’aluminium
par an).
Gageons que la France sera parmi les importateurs... et déplorera
la « concurrence déloyale des pays à main-d’oeuvre
abondante et à faible coût ».

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Grosse découverte d’un journaliste du « Monde »
le mois dernier, qui titre son article : « production fruitière
- l’abondance nuit au revenu ». Il explique que l’insuffisance
de la réglementation communautaire n’assure pas aux producteurs
une garantie de revenu et il conclut : « deux années successives
d’abondance posent des problèmes de revenus. »
S’il lisait « La Grande Relève », il saurait ça
depuis longtemps.