Consommateurs de tous les pays unissez-vous !

par  R. MARLIN
Publication : mai 1987
Mise en ligne : 21 juillet 2009

A l’occasion de son vingt-cinquième anniversaire
"Que Choisir", le mensuel de l’Union Fédérale
des Consommateurs publie un numéro spécial consacré
à un rappel de ses activités, mais aussi aux produits
du futur, treize ans avant l’an 2000, et à des tribunes où
s’expriment Ralph Nader, Michel Rocard, Christiane Scrivener et Joffre
Dumazedier.

L’HISTORIQUE

Il est vrai qu’avant les années 60, les consommateurs
étaient tout juste bons à absorber les produits que les
industriels et les agriculteurs voulaient bien mettre à leur
disposition par l’intermédiaire des commerçants. Les destructions
dues à la guerre avaient provoqué une situation de relative
pénurie artificielle qui obligeait les acheteurs à se
montrer peu exigeants.
Aujourd’hui, la situation a changé radicalement. L’abondance
potentielle s’est réinstallée et les clients sont courtisés
par tous les moyens. Ils en ont profité pour se montrer plus
rigoureux dans leurs choix. Les écologistes ont attiré
l’attention sur la nécessité de préserver l’équilibre
de la nature en évitant les pollutions de toutes sortes.
L’UFC retrouve les grandes dates des batailles qu’elle a livrées
 : 1963 radioactivité des aliments, 1967 danger du diphényle
sur les agrumes, 1970 saleté des plages, 1972, relevé
des prix sur l’ensemble des grandes surfaces, 1976 amiante dans le vin,
1979 antibiotiques dans les viandes, 1980 boycott du veau aux hormones,
1986 offensive contre le chèque payant, etc... sans compter les
innombrables tests qui ont servi de références à
tant d’acheteurs.
Nous qui constatons la profusion des produits, ne pouvons pas rester
insensibles à leur choix, ni à la qualité de la
vie, mais nous sommes aussi intéressés par les conditions
et les résultats de la fabrication, ainsi que par les nouvelles
méthodes de distribution qui s’instaurent et les nouveaux besoins
qui se manifestent.

LE FUTUR

Ainsi, il résulte de l’inévitable sondage
d’opinion auquel le mensuel s’est livré, avec l’aide de l’Institut
Ipsos, sur les prévisions des lecteurs pour l’an 2000, que 56
 % d’entre eux contre 37 % et 7 % qui ne se prononcent pas, estiment
qu’il y aura alors un récepteur de TV par personne y compris
pour les enfants ; même si 74 % contre 15 % et 11 % de sans opinon
pensent que ce ne serait pas souhaitable. 58 croient que l’on fera ses
courses par l’utilisation du Minitel (58 % ne le souhaiteraient pas).
60 % estiment qu’il y aura un accident nucléaire qui aura des
conséquences sur notre vie (93 ne le souhaitent pas). 76 % croient
qu’il n’y aura plus d’argent liquide, mais seulement des chèques
et des cartes de paiement magnétiques ; 63 % sont presque certains
qu’on travaillera de plus en plus à domicile et moins dans les
bureaux, à cause de l’informatique et de la télématique.
L’opinion est divisée au sujet de l’intérêt de ces
deux dernières prévisions. Ces résultats ne sont
pas neutres visà-vis des possibilités d’instaurer une
économie distributive qui devrait satisfaire les besoins ainsi
exprimés ou prévus.
Ralph Nader écrit : "Actuellement la mesure du progrès
économique est presque entièrement le fait de la vente...
Par exemple, la progression des ventes de l’industrie pharmaceutique
nous renseigne sur son chiffre d’affaires, mais ne nous dit pas grandchose
sur la progression ou la régression de la santé publique
et du pouvoir d’achat qui en résultent.." et "Vue sous
l’angle des acheteurs, la science économique exige innovation
et participation populaire, afin de rééquilibrer un pouvoir
actuellement si favorable aux multinationales, aux oligopoles et aux
monopoles d’Etat". "...Aux EtatsUnis les consommateurs se
groupent pour négocier des contrats plus avantageux, maximiser
leur pouvoir d’action contre les grands constructeurs d’automobiles
et contester les tarifs excessifs de gaz, d’électricité
ou de téléphone". Il conclut ainsi : "Le nouveau
mouvement consommateur invite les esprits et les organisateurs les plus
brillants à reformuler l’économie politique, en ayant
pour objectifs la protection de l’environnement, le recul de la pauvreté
et la satisfaction des besoins et des souhaits du public".
Citons également cette phrase de l’avocat des consommateurs :
"La mesure du progrès économique ne doit pas se faire
seulement en termes de quantité de production et de taux d’emploi.
Il y a aussi la qualité et l’impact des produits auprès
des utilisateurs".

LA NOURRITURE

Un autre article fait le point sur la révolution
alimentaire qui se prépare légumes colorés ou géants
obtenus par manipulations génétiques, améliorations
des espèces de fruits grâce aux recherches de l’INRA (1),
nouvelles présentations d’aliments, méthodes de conservation
différentes (cuisson, extrusion, cracking, ionisation, ultrafiltration,
etc...), viandes végétales ou restructurées, etc...
Le rédacteur désacralise l’aliment soi-disant naturel
en précisant que 70 % de la nourriture actuelle passe au moins
à un moment par l’industrie de transformation. Ce taux sera de
90 % à la fin du siècle. Pour ceux qui seraient effrayés
au sujet de l’envahissement de notre nourriture par les produits "chimiques",
qu’ils sachent que sur terre tout est, sinon de synthèse, mais
chimique. Exemple le chlorure de sodium : ClNa ou sel de cuisine. La
"viande" végétale, par exemple, permettrait
d’éviter le gaspillage planétaire qui oblige à
utiliser plusieurs calories végétales (fourrages) pour
obtenir une calorie animale (viande ou lait).
Dans une contribution intitulée "Soyons ambitieux"
Michel Rocard ajoute que "...le choix d’une nouvelle gamme de produits,
la politique des prix, les critères de qualité, la nature
des services rendus (notamment dans l’après-vente, le marketing)
ne peuvent plus être décidés sans tenir compte de
ce qui est la finalité même de toute activité économique :
la satisfaction des besoins des consommateurs...". Il croit que
les associations de clients devront se développer et disposer
des moyens matériels et techniques nécessaires "ce
qui sera créateur de nombreux emplois d’économistes, de
juristes et de techniciens". Nous préciserons que ces "nombreux
emplois" seront en nombre limité au regard de ceux qui seront
supprimés par ailleurs.
Toujours cette idée fixe chez les responsables politiques de
créer des emplois alors qu’il convient d’abord de satisfaire
des besoins.
(Suite au prochain numéro)

(1) INRA : Institut National de la Recherche Agronomique.


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