Financer les TUC en monnaie de consommation

par  H. MULLER
Publication : mai 1990
Mise en ligne : 23 mars 2009

Henri Muller a adressé au journal Ouest-France une lettre, dont voici la copie, car beaucoup de nos lecteurs voudront sans doute s’en inspirer pour en envoyer de semblables à leurs journaux et autres media :

"Il est exaspérant d’entendre répéter
sans cesse qu’il n’existerait aucun projet de société
susceptible de se substituer aux modèles connus ou pratiqués
que leurs tares marquent au fer rouge : gaspillages, insécurité
du revenu, des personnes et des biens, mépris de la personne
humaine, laminage constant du pouvoir d’achat des multitudes, règne
des bureaucraties, scandales financiers à répétition,
mépris de la personne humaine, injustices sociales, libertés
"formelles". II en va pareillement des systèmes dits
"communistes" ou de dictature, affligés de défauts
maintes et maintes fois soulignés, dont l’économie s’effondre
aujourd’hui sous nos yeux.
Absence de pensée novatrice ? N’est-ce pas les médias
qui entretiennent et propagent cette illusion par leur mise à
l’écart des propos dérangeants visant les institutions
monétaires ?
Le mal est enraciné dans des usages monétaires confrontés
avec l’accélération du progrès technologique dont
l’effet est de multiplier l’offre alors que la demande reste dépendante
des aléas de la formation des revenus .
... Il est temps qu’un journal de grande diffusion comme le vôtre,
fasse connaitre à un large public l’existence d’un "projet
de société pour demain" ; autrement prometteur que
toutes ces "bouillies pour les chats" autour desquelles cogitent
les gens des partis seulement férus de réformisme, de
rénovation, de reconstruction qui n’intéressent personne.
Organisez un vaste débat sur ce projet de société
vraiment novateur sur un modèle à la fois socialiste,
libéral et communautaire, à monnais de consommation. Vaincre
l’utopie ? Votre journal peut y aider. Puis-je compter sur votre concours
 ?

***

"Départements et Communes" (Association
des Maires de France) a d’autre part publié l’article suivant
de notre camarade :

FINANCER LES TUC EN MONNAIE DE
CONSOMMATION

Le mode d’emploi de cette formule est connu de longue
date (1). II semblerait, pourtant, qu’il reste ignoré des principaux
protagonistes qui, en ordre dispersé, s’efforcent aujourd’hui
de mettre en place une solution au double problème des excédents
et du chômage, peu conscients du résultat qu’obtiendrait
une coordination de leurs inititatives, associée à l’usage
d’une monnaie de consommation.
Les éléments de l’opération ?
- Des bénévoles assurent déjà la collecte
de surplus dans le cadre des "Banques alimentaires" ; surplus
distribués sans contrepartie, sous forme de colis, à des
personnes nécessiteuses.
- A Marseille, tout récemment, c’est la municipalité qui,
rassemblant les lots d’excédents dans des locaux spéciaux
aménagés en "supermarchés" offre le choix
à consommer, par leur mise en vente pour un franc symbolique,
aux ayant droits.
- Lors de leur congrès, les ingénieurs des Arts et Métiers,
ont suggéré d’utiliser les chômeurs pour des travaux
d’utilité collective financés par prélèvements
sur les hauts revenus (profits boursiers et commerciaux).
- Enfin, l’apparition de la "carte à puce", susceptible
de jouer le rôle d’une monnaie de consommation gagée par
les excédents devrait apporter le deus ex machina qui, visiblement,
fait défaut à toutes ces initiatives éparses, erratiques.
II s’agit de créer une monnaie parallèle, non transférable,
neutre, s’annulant à l’achat, pour un marché parallèle
réservé à des consommateurs marginaux, et capable
à la fois d’écouler toutes quantités d’excédents
voués à la destruction, de remettre des chômeurs
au travail contre un salaire complémentaire s’ajoutant à
leurs indemnités, enfin de procurer aux collectivités
un appoint de ressources pour financer, sans appel aux contribuables,
un ensemble de prestations utiles dénuées de rentabilité,
allégeant de surcroit leur budget social.
Qu’ajouter de plus ? Comment convaincre les responsables de l’urgence
d’assurer cette coordination en y intégrant la pratique d’une
monnaie de consommation ? Faut-il attendre que fermentent plus longtemps
des impatiences lourdes de menaces pour la stabilité des institutions
 ?

(1) Voir "Un pool international des excédents"
(Rev. Ingénieurs ICAM, 1955)
"L’aide économique et la double monnaie" `Débat
à la jeune chambre économique internationale, 14 décembre
1956). "L’économie du don. Son mode d’emploi (Rev. Confluents
n° 13, juin 1957). "La carte de crédit. Son utilisation
en monnaie de consommation (4 avril 1969). "La carte à mémoire,
monnaie de consommation pour les banques de nourriture en faveur des
nouveaux pauvres" (L’Echo de la Presqu’île, 11 janvier 1985).