Incertitudes vitales

par  P. VINCENT
Mise en ligne : 31 août 2007

Paul Vincent, conscient que la gauche est désarçonnée par la nouvelle gouvernance de la France, s’est demandé si le même genre de trouble n’atteignait pas également la population catholique. Il s’est donc plongé dans le journal La France catholique daté du 23 juillet, dont il reproduit ici des passages (dont il souligne certains en gras) qui montrent que, effectivement, le désarroi est général :

En ouvrant l’éventail de sa majorité présidentielle sans craindre d’allier les contraires, Nicolas Sarkozy a jeté le trouble dans les rangs de l’UMP. On y affiche facilement sa mauvaise humeur en constatant que le camp vaincu est devenu une pépinière de talents.

Le président a promu des profils tellement contrastés qu’on peut les suspecter de se neutraliser. Certains ont compris ainsi l’adoubement de Fadela Amara comme secrétaire d’Etat à la Ville, de Christine Boutin, ministre du Logement. Les convictions de la Présidente du Forum des Républicains Sociaux sont inchangées mais la voilà flanquée d’une militante féministe encartée au parti socialiste. La fondatrice de “Ni pute, ni soumise” est certes davantage connue pour son implication contre les violences faites aux femmes que pour la promotion de l’avortement (ses anciennes amies ultra-féministes lui reprochent d’ailleurs d’avoir accepté une fonction qui la subordonnerait à celle qu’elles décrivent encore comme la « passionaria de l’ordre moral »). Mais ceux qui misaient sur Christine Boutin pour faire « bouger les lignes » en faveur de la vie ont été choqués.

La nomination de Jack Lang comme vice-président de la mission sur la réforme institutionnelle les a carrément ulcérés. Figure populaire chez les jeunes, il est considéré comme l’archétype du transgressif libertaire, héritier du sacro-saint mai 68 avec lequel Nicolas Sarkozy affirmait vouloir rompre. L’ancien ministre de la Culture ne fut-il pas le premier leader politique à épouser la totalité des revendications homosexuelles ? Il a même regretté publiquement que les films interdits au moins de 16 ans que diffusait M6 ne présentent pas des scènes de sexe plus explicites ! Les optimistes diront qu’il est tombé dans le piège de son ambition en se laissant, comme d’autres, neutraliser.

En matière d’avortement, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à Simone Veil, comme si sa loi avait tout réglé. Le sujet, tabou, reste verrouillé. Le revirement de Xavier Darcos à propos du DVD pédagogique censé parler d’avortement à l’école laisse à penser que l’idéologie soixante-huitarde tétanise toujours à droite.

En matière de famille, un jeu du chat et de la souris s’est engagé avec le lobby gay (et son cheval de Troie que constitue Gaylib au sein de l’UMP). Nicolas Sarkozy le flatte, se pose en “promoteur de la cause”, mais refuse pour l’instant le mariage homosexuel, revendication emblématique du moment. Il ne faut pas oublier que les municipales auront lieu au printemps 2008. Or 81% des maires sont hostiles au mariage homosexuel. Toutefois, l’alignement du Pacs sur le mariage et sur la fraternité en matière de fiscalité des successions est déjà donné en gage.

En matière de fin de vie, Nicolas Sarkozy semble revenu de ses hésitations de campagne. Plutôt que de faire évoluer la loi qui interdit l’euthanasie, il préférerait l’application de la loi Leonetti sur la fin de vie assortie d’un plan de développement des soins palliatifs. Que fera Roselyne Bachelot, l’imprévisible, qui affirmait que Simone Veil était son « idole » ? Elle aussi pourrait être tentée, en donnant à la France une loi sur l’euthanasie, de marquer l’Histoire.

Mais puisque l’inscription dans l’Histoire semble un domaine réservé du nouveau président, c’est sur les idées du chef qu’il faut compter. Aussi incertaines que déterminantes.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.