L’affaire des diamants

par  H. de JOYEUSE
Publication : février 1980
Mise en ligne : 18 septembre 2008

Le Canard enchaîné et Minute ont révélé
que M. Valéry Giscard, alors qu’il était ministre des
Finances, avait reçu en cadeau, lors d’un voyage privé
(Safari) une plaquette de diamants, offerte par l’Empereur Bokassa.
Ces révélations firent tant de bruit que l’Elysée
fit savoir : « ...que le Président ferait justice, le moment
venu, de l’Affaire des diamants, dans des conditions qui répondent
à la confiance que lui font les Français ». Le moment
est venu le 27 novembre 1979, soit 50 jours plus tard. C’était
un mardi. Les hebdomadaires précités paraissant le mercredi,
leur réplique était donc retardée de 8 jours. (Il
s’en passe des choses en une semaine). Nous ne considérerons
que l’aspect juridique de la déclaration présidentielle.
M. Valéry Giscard a rappelé qu’à son arrivée
à l’Elysée il avait déclaré qu’il ne ferait
pas usage de l’article 26 de la loi sur la Presse de 1881. (Ce qui est
tout en son honneur, mais désavoue le général De
Gaulle qui l’a employé 118 fois et Pompidou 17 fois). Il a ensuite
affirmé que cet art. 26 lui permettait de faire condamner les
journalistes qui mettent en cause l’honneur ou la dignité du
chef de l’Etat sans « avoir besoin d’apporter la preuve de quoi
que ce soit » (sic).
Ceci est intégralement faux.
Ce serait la négation du Droit français, s’il suffisait
qu’un individu comparaisse devant un tribunal sans que celui-ci ait
la possibilité de faire autre chose que de le condamner. Tout
au contraire l’art 55 de la loi de 1881 et les suivants énumèrent
avec minutie la procédure par laquelle le prévenu pourra
prouver la vérité des faits diffamatoires. Il convient
de préciser que cet art. 26 existe bien aujourd’hui. Mais que,
par contre, les Présidents Grévy, Carnot, Casimir-Périer,
Faure, Loubet, Fallières, Poincaré, Deschanel, Millerand,
Doumergue, boumer et Lebrun n’en ont jamais entendu parler.
Pour la simple raison que cet article n’existait pas dans la loi de
1881. C’est seulement par les Ordonnances des 24 novembre 1943 et 6
mai 1944 que le Maréchal Pétain, sans prendre avis d’un
Pouvoir Législatif inexistant, a édicté ce fameux
texte, punissant l’offense au chef de l’Etat, d’un emprisonnement de
3 mois à 1 an ou d’une amende de 10 000 à 10 millions.
Par la suite, le Général De Gaulle, sur simple Ordonnance
également, sans consulter le Pouvoir Législatif, cependant
présent cette fois, reconduisait cet article, l’estimant utile.
Il s’agit donc d’offense, c’est-à-dire d’outrage : propos injurieux,
insultants, invectives, termes de mépris, cris séditieux.
Ce qui ne semble pas le cas de l’espèce, celui-ci étant
plutôt des « faits allégués » lesquels
pourraient constituer la calomnie, laquelle est levée par le
rapport de la preuve de ces faits. (Exception de notre Droit, l’apport
de la preuve devant être fait communément par l’accusation).
Par contre, M. le Président se place de lui-même dans la
posture d’être attaqué, ayant publiquement déclaré
à la Télé : « Quant à la valeur de
ce que j’aurais reçu j’oppose un démenti catégorique
et, j’ajoute, méprisant. Il faut laisser les choses basses mourir
de leur propre poison ».
Précisément, l’art. 29 de la loi de 1881 stipule que :
...les termes de mépris, sans imputation d’aucun fait sont une
injure... même si ils visent des personnes non expressément
nommées, mais dont l’identification est rendue possible par les
termes du discours ». Ce qui est le cas, chaque auditeur ayant
compris que M. le Président visait les journalistes de Minute
et du Canard.
Le Canard répondait, le 5 décembre 1979, à sa façon,
en publiant de nouvelles révélations : liste chronologique
des diamants offert à M. Valéry Giscard de 1970 au 8 mars
1975, des photocopies d’archives de Bokassa, celles de la « Revue
du Louvre » énonçant les dons de la Présidence
aux musées nationaux (propos de l’allocution du 27-11 ) mais
où ne figure aucun diamant,etc., enfin l’immatriculation des
véhicules de la Garde qui viennent d’effectuer le transport des
caisses de cadeaux du domicile parisien de M. Giscard à l’Elysée,
les vols des appareils du GLAM pour effectuer les mêmes transits,
cette fois à partir des châteaux de M. Valéry Giscard.
Le Président de la République ayant procédé
par affirmation et non par démonstration, il reste à apprendre
si les Français, le moment venu des élections présidentielles,
disposeront encore de cette confiance envers le Président que
celui-ci s’attribuait un peu témérairement, sinon démagogiquement.