L’économie distributive

"Les yeux ouverts" de J. DUBOIN, fiche de lecture / Aide-mémoire
par  D. BLOUD
Publication : juin 1988
Mise en ligne : 15 juillet 2009

"Se plaindre de posséder des produits
"excédentaires" quand il est, à la fois des
gens dans la misère et d’autres obligés de se croiser
les bras, n’est-ce pas une contradiction si énorme qu’elle condamne
sans appel notre organisation social ?" (p. 8).
"C’est la multiplication des besoins qui créé la
civilisation, car chaque besoin nouveau constitue un lien de plus entre
les hommes, puisqu’on ne peut le satisfaire qu’avec l’aide du prochain"
(p. 10). "C’est au développement des techniques que les
esclaves sont en partie redevables de leur libération".
(p. 12).

*

"Seule richesse ayant la propriété
de répondre, non à un besoin défini mais à
tous les besoins possibles, l’argent ne cesserait d’être désiré
qu’au moment où tous les désirs seraient satisfaits, ce
qui en recule la limite presque jusqu’à l’infini". (p. 14).

*

"Produire des biens n’est plus une fin en soi
mais le moyen de gagner l’argent dont on a besoin pour vivre".
(p. 14).

*

"Le mécanisme de notre système économique
tient en peu de mots : tout producteur qui se propose de procurer au
public des biens de consommation ou des services les créé
dans la seule intention de les vendre plus cher qu’ils ne lui ont coûté,
car s’il n’y réussit pas il disparaît". (p. 15).

*

"La production donne à la fois naissance
à l’offre et à la demande : à l’offre par les produits
qu’elle apporte sur le marché, à la demande par le pouvoir
d’achat qu’elle distribue". (p. 16).

*

"ON NE GAGNE DE L’ARGENT QU’A LA CONDITION QUE
LES CONSOMMATEURS MANQUENT LE PLUS
POSSIBLE DE CE QU’ON PEUT FOURNIR". (p. 16).

* * *

"Pour que notre économie soit en équilibre,
il faut qu’elle soit statique, ce qui exclut le progrès".
(p. 17).

*

"Du point de vue mécanique, les Pharaons
et Louis XIV sont contemporains : pour se déplacer rapidement,
Sémiramis et Napoléon font atteler des chevaux à
leur char ou à leur calèche". (p. 20).

*

"Toute organisation sociale doit fatalement tendre
à la satisfaction maximale des besoins de tous les membres qui
la composent". (p. 24).

*

"Tout perfectionnement dans les procédés
de production ruine de fond en comble les producteurs dont l’existence,
sinon la fortune, dépendent des anciens procédés".
(p. 25).

*

"QUI NE PEUT ACHETER RUINE QUI VOUDRAIT VENDRE !"
(p. 33).

* * *

"Les richesses augmentent, tandis que le nombre
des travailleurs diminue : c’est le plus gros événement
de tous les temps". (p. 34).

*

"Les courbes de la production industrielle et
de l’emploi ne restent parallèles que jusqu’en 1919". P.34).

*

"D’après le sénateur américain
Bryan Mc Mahon, la seconde guerre mondiale a coûté autant
d’argent qu’il en aurait fallu pour construire une villa de cinq pièces
pour toutes les familles des cinq continents du monde, avec un hôpital
pour chaque village". (p. 42).

*

"Le consommateur paie deux fois : une fois pour
"assainir le marché", la seconde pour consommer. Au
lieu de profiter de l’abondance, il fait les frais de sa destruction".
(p. 44).

*

"Avant la dernière guerre, la Banque d’Angleterre
favorisa la constitution de la "Shipbuilder’s Security Association
Ltd." dont l’objet était d’acheter des chantiers navals,
de les fermer et d’en briser l’outillage". (p. 45).

*

"L’on cherche à exporter, même à
perte (et gratuitement dans le cas du matériel de guerre) tout
ce que les nationaux n’ont plus les moyens d’acheter". (p. 47).

*

"La part de chacun est d’autant plus grande que
la masse produire est plus abondante, ce qui n’est vrai que si on la
distribue selon les besoins". (p. 47).

*

"Seuls les secteurs primaire et secondaire distribuent
réellement le pouvoir d’achat". (p. 50).

* * *

"Le "revenu national" ne correspond
à aucune réalité : celui qui engage une cuisinière
l’augmente, mais le diminue s’il l’épouse". (p. 52-53).

*

"Si l’on tient compte de l’accroissement de la
population, le revenu national par habitant est au même niveau
en 1954 qu’en 1929 : il n’y a aucun progrès. Et si l’on tient
compte de l’accroissement relatif de la consommation militaire, économiquement
stérile, les richesses disponibles des Français ont diminué".
(Alfred Sauvy, Journal Officiel du 7 avril 1954, p. 387, cité
p. 53).

*

"Pourquoi remplir les trains non pas d’après
le nombre de voyageurs mais d’après le nombre de billets ? Ce
ne serait logique que si l’insuffisance des billets refléterait
l’insuffisance des places". (p. 59). "CURIEUX SYSTÈME
FINANCIER QUE CELUI QUI EMPÊCHE LES HOMMES DE CONSOMMER CE QU’ILS
ONT PRODUIT : CURIEUSE MONNAIE QUE CELLE QUI EMPÊCHE A LA FOIS
DE CONSOMMER ET DE PRODUIRE ! : (P. 60).

* * *

"Les Américains ont fait la guerre aux
Anglais pour conquérir le droit souverain de battre monnaie et
se libérer des exigences de la Cité de Londres. C’est
pour conquérir le pouvoir monétaire que Philippe le Bel
persécuta les Templiers" (p. 65).

*

"Première rallonge : la monnaie-or enfanta
le billet de banque, qui enfanta la monnaie-papier". (p. 67).

*

"Charles II d’Angleterre abandonna son droit régalien
de battre monnaie et poussa la condescendance jusqu’à emprunter
des billets de banque pour payer ses dépenses. La preuve que
ce moyen de paiement se généralisa très vite, c’est
que, dès 1672, on rapporta plus de reçus à rembourser
qu’il n’avait été déposé de pièces
d’or, d’où le premier krach ! ". (p. 69).
"En 1964, un groupe de riches citoyens créent la Banque
d’Angleterre pour prêter au roi Guillaume 11112000000 livres (papier)
pour leur propre compte : les fondateurs avaient acquis le privilège
de fabriquer de la monnaie légale". (p. 69).
"Créée en 1694, la Banque d’Angleterre fut nationalisée
en 1946" (p. 70)
"En 1800 quelques banquiers parisiens fondent une banque, devenue
en 1803 la Banque de France, avec concession d’émettre des billets".
(p. 70).
"Napoléon, partisan de la séparation de la monnaie
et de l’Etat, ne voulut jamais entendre parler de cours forcé"
(p. 70).

*

"Contrairement à une opinion bien ancrée,
la Banque de France n’a jamais été tenue de conserver
un rapport entre le montant de son encaisse métallique et le
montant de ses billets en circulation". (p. 71).

*

"Entre le 15 mars 1848 et le 6 août 1850,
ainsi qu’à partir du 5 août 1914, l’Etat décréta
le moratoire : le billet de banque cessait d’être remboursable
en espèces et devenait un effet moratorié" (cours
forcé) (p. 71).

*

"A partir du moment où le billet de banque
a perdu son gage métallique, il cesse d’être une monnaie-marchandisepour
devenir une monnaie-papier, c’est-à-dire un simple titre de créance
sur les marchandises et services à vendrele gage de la monnaie-papier
est constitué par les marchandises et services qu’elle permet
d’acquérir". (p. 71).

*

"La Banque de France a été nationalisée
en 1945 avec quatre de nos grandes banques de dépôts. Le
20 septembre 1931, le gouvernement anglais obtenait la suspension de
la convertibilité de la livre en or. Roosevelt abandonna l’étalon-or
dans le Farm Relief Act du 12 mai 1933 ; et, par le Gold Reserve Act
du 30 janvier 1934, l’or est devenu monopole de l’Etat". (p. 73).

*

"DEUXIÈME RALLONGE : "LE BANQUIER,
du néant, sort moyens de paiement". (p. 75).
"De même que la monnaie-or a enfanté la monnaie-papier,
celle-ci a enfanté la monnaie bancaire". (p. 76).
"Il convient de ne jamais confondre les espèces d’une banque
avec ses dépôts : l’argent qu’elle prête sans le
posséder, c’est précisément la monnaie bancaire".
(p. 77).
"Créer de toutes pièces des ressources financières,
pour les prêter à intérêt, n’est-ce-pas le
rêve ?" (p. 78).

*

"M. McKenna, président de la Midland Bank,
reconnut : "Les banques créent des dépôts,
mais je crains que l’homme de la rue ne soit pas enchanté d’apprendre
que les banques créent et détruisent de la monnaie : c’est
sûrement la vérité". (p. 79).

*

"Si les banques de dépôts sont à
court de trésorerie, elles peuvent toujours se procurer des billets
en réescomptant leur portefeuille d’effets à la Banque
de France". (p. 80).

*

"Tous les moyens de paiement rendent les mêmes
services et le billet tend à devenir la petite monnaie du crédit
bancaire". (p. 81).

*

"On affirme que la Banque de France ne serait
plus une institution privée depuis sa nationalisation en 1945.
Mais alors, pourquoi l’Etat lui emprunterait-il, et à intérêts
 ?" (p. 82).

*

"La monnaie bancaire est une deuxième rallonge
du franc, consistant en crédits qui ne coûtent que de simples
écritures à passer". (p. 82).

*

"Les pièces métalliques (bronze-aluminium
et cupronickel), ou monnaie divisionnaire, sont la seule monnaie que
frappe l’Etat. Les billets sont émis par la Banque de France
et la monnaie bancaire (ou scripturale) est émise par les banques
privées". (p.83).

*

"En 1955, il y avait 2.500 milliards en billets
et 2.500 milliards en monnaie bancaire, de sorte que nos moyens depaiement
sortent moitié d’une imprimerie et moitié d’un encrier"
(ou d’un terminal d’ordinateur aujourd’hui). En1980, le total des billets
en circulation s’élevait à 144 milliards de francs, contre
668 milliards en monnaie bancaire(les billets ne représentaient
plus que 21,55 % de la masse Ml). (p. 84). Ce rapport est le "coefficient
de liquidité".

*

"L’argent déposé appartient à
la banque et figure à son actif".

* * *

"Plus l’emploi du chèque se généralise,
plus les banques peuvent prêter ce qu’elles ne possèdent
pas". (p. 89). Le chèque prend actuellement la forme de
la carte de crédit magnétique (EC, Visa, Eurocard,...).

*

"Nos moyens de paiement ne varient pas proportionnellement
aux biens et aux services mais selon l’action des établissements
financiers, qui ne créent la monnaie que pour la prêter
à intérêt, ce dernier n’étant jamais créé.
En conséquence, ils ne peuvent connaître que les entreprises
rentables, c’est-à-dire qui profitent et entretiennent la rareté
des produits". (p.90).

*

"La monnaie se dématérialise constamment
et tend à se rapprocher de l’unité de compte. S’évaporant
du moule dans lequel elle était emprisonnée, elle se sublimise
 : elle n’est plus qu’un nombre suivi du mythe qu’elle multiplie".
(p.90).

*

"La monnaie a perdu la qualité qui en faisait
l’instrument des échanges mais elle est apte à devenir
celui de la distribution, à condition d’être elle-même
bien répartie". (p. 90).

* * *

"Einstein a écrit : "Les moyens de
production, ayant été mécanisés dans une
économie désorganisée, ont eu pour résultat
qu’une partie de la population n’est plus utile à la production
des richesses et se trouve exclue de la consommation. Il en est résulté
un affaiblissement du pouvoir d’achat". (Out of my later Years,
p.461) (p.91). "La surproduction n’est apparente car ce n’est pas
le besoin qui n’existe pas chez les consommateurs, mais le pouvoir d’achat".
(Einstein) (p. 92).

*

"Si un pays se borne à exporter, il se
vide de sa substance" (p.93).

*

"Puisque le travail est un facteur décroissant
de la production, ne voit-on pas que le plein emploi devient irréalisable,
à moins de faire effectuer aux hommes un travail inutile ?"
(p.94).

*

"A LA VÉRITÉ, IL SERAIT PLUS FACILE
DE FAIRE CONSOMMER LE SURPLUS DE LA PRODUCTION AUX CHÔMEURS QUE
DE FAIRE ABSORBER LES CHÔMEURS PAR UNE PRODUCTION QUI N’A PLUS
BESOIN D’EUX". (p.94).
"Les économistes s’hynoptisent sur le seul accroissement
de la circulation des billets, sans observer que le volume de la monnaie
bancaire grandit aussi de son côté". (p. 96).

*

"Monnaie et crédit ne sont créés
que pour augmenter la production, jamais la consommation". (p.
97).

*

Le rôle d’un système monétaire
étant de distribuer la production pour qu’elle soit consommée,
le nôtre ne le remplit qu’accidentellement puisque la monnaie
est émise dans un dessein bien différent : être
prêtée à intérêt ! » (p. 97).

*

"LE PROBLÈME DE LA PRODUCTION EST RÉSOLU ;
C’EST CELUI DE LA CONSOMMATION QU’IL FAUT RÉSOUDRE". (p.97).

* * *

"Les débouchés que nous cherchons
désespérément au dehors, c’est à l’intérieur
qu’ils se trouvent ; il suffit de solvabiliser des besoins criants !".

*

"Il faut que tout le monde possède de l’argent
pour vivre, comme tout le monde a de l’air pour respirer". (p.
103).

*

"Les droits politiques du citoyen doivent se compléter
des droits économiques du consommateur, concrétisés
par un "revenu social" auquel Il aura droit du berceau au
tombeau. La femme y a droit aussi car aucune loi naturelle ne la condamne
à dépendre économiquement de l’homme". (p.
103).

*

"Pourquoi les moyens énormes de l’économie
de guerre ne pourraient-ils pas produire, en temps de paix, une seconde
avalanche de biens ? Parce qu’on ne pourrait pas les vendre, l’assainissement
du marché des armements étant réalisé, par
leur distribution gratuite chez les voisins". (p. 105).

*

"On voit qu’il s’agit, en définitive, d’assimiler
la nation à une immense entreprise, dont les activités
horizontales et verticales seraient gérées par un Conseil
National de l’Economie qui, conservant les biens d’équipement
collectif, mettrait les biens de consommation à la disposition
du public". (p. 107).

*

"Le Conseil National de l’Economie déciderait
que la monnaie n’est valable que pendant l’exercice en cours",
afin de la détruire une fois sa fonction de catalyseur des transferts
accomplie, pour éviter la spéculation sur ses propriétés
de sublimisation (p. 107).

* * *

"La machine est essentiellement sociale, tout
au moins quand elle produit". (p. 108).

*

"La meilleure des réformes fiscales sera
celle qui supprimera le fisc. L’économie des besoins les rend
inutiles puisque l’Etat, recouvrant son droit régalien de battre
monnaie, crée les moyens de paiement nécessaires pour
faire passer la production à la consommation". (p. 109).

*

"La monnaie, simple titre de créance provisoire,
devient une véritable monnaie de consommation, dont l’inventeur
n’est autre que Saint Thomas d’Aquin : "L’argent est fait pour
être dépensé". En effet, la monnaie de consommation
ne peut être ni thésaurisée ni capitalisée.
Si elle n’est pas dépensée au cours de l’exercice pour
lequel elle a été émise, elle est annulée
ipso facto". (p. 112).

*

"Dans l’Economie Distributive de l’abondance,
les revenus des consommateurs sont distribués en fonction, non
du travail fourni, mais de la production consommable". (p.113).

*

"Le principe du service social" donne une
grande souplesse à la production. Par exemple, en cas de catastrophe
nationale, comme un tremblement de terre, il suffirait de prolonger
exceptionnellement la durée du service social pour réparer
les dégâts". (p. 114).

*

"Le commerce international est Indépendant
de la structure économique des nations : il n’a en effet jamais
revêtu que la forme du troc". (p. 116).

* * *

"L’AUTORITÉ SANS LIBERTÉ, C’EST
LA TYRANNIE ; LA LIBERTÉ SANS AUTORITÉ, C’EST LE DÉSORDRE".
(p.119).

*

"Les producteurs cherchent à individualiser
les profits et à étatiser les pertes (p. 120).

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"Dans le monde moderne, c’est l’argent qui mesure
la liberté". (p. 122).

*

"Avoir des loisirs consiste non pas à ne
rien faire, mais à faire ce qui plaît. Dans le monde moderne,
les loisirs ont fait leur entrée par la porte basse du chômage".
(p. 123).

*

"Si le service social assume la charge du travail
nécessaire, le revenu social apporte le loisir payé".
(p. 123).

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"Jamais un dictateur ne règnera sur des
hommes instruits, jouissant du bien-être et vivant sans aucun
souci du lendemain". (p. 124).

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"En 1954, 11 % seulement des jeunes Français
faisaient des études secondaires". (p. 125).

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"PUISQUE DE TOUT TEMPS LES PRIVILÉGIÉS
ONT VÉCU DU TRAVAIL DES "AUTRES", POURQUOI LES "AUTRES"
NE POURRAIENT-ILS PAS VIVRE DU TRAVAIL DES MACHINES ?" (p.127).
"Sinon, faut-il détruire les produits créés
par les machines, ou accorder des loisirs à ces dernières ?"
(p. 127).

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"Notre temps est une époque de transition,
dont l’un montre déjà ses ruines lugubres, tandis que
l’autre offre à l’imagination réfléchie ses grandes
et riantes perspectives". (p. 129).

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Le livre "Les Yeux Ouverts", de Jacques
Duboin, édition 1982, peut être commandé auprès
de la "Grande Relève", boite postale 108 - F78110 LE
VÉSINET, au prix de 65FF franco.