Le sens des élections

par  J. DUBOIN
Mise en ligne : octobre 2005

On peut épiloguer à perte de vue sur
le sens de la consultation populaire, mais tout le monde est d’accord
pour reconnaître que la majorité des Français veulent
que cela change. Maintenant sont-ils d’accord pour dire comment
cela doit changer, c’est une autre histoire, car, ainsi que nous
l’avons écrit, la question n’était pas posée
avec la netteté nécessaire... C’est ainsi que nombre
de candidats élus avaient inscrit dans leur programme la revalorisation
des produits, sans se douter que cette revalorisation n’a d’autre
but que d’augmenter les profits. Plus le prix d’un produit
est élevé, plus il y a de profit à l’échanger
contre autre chose ; mais pour qu’il ait une valeur marchande,
il faut qu’il ne soit pas trop abondant. Alors va-ton continuer
à créer artificiellement de la rareté pour faire
renaître les profits ?

D’autres candidats élus veulent augmenter
la capacité d’achat des masses. Se doutent-ils qu’elle
est actuellement créée par la production, laquelle est
régie parle profit ?

Presque tous se sont prononcés pour la défense
du franc sans se douter que l’intangibilité du franc n’est
nécessaire que dans le régime des comptes ..., bref dans
le régime économique dont tout le monde se plaint mais
dont personne ne veut sortir. Tous veulent résorber le chômage
sans se douter qu’il est la rançon de ce progrès
technique que l’on célèbre à l’envi sans
se douter quela diminution du travail humain est le but de toutes les
applications scientifiques. Quel candidat a osé dire que le chômage
de quelques uns devrait être transformé en loisir pour
tous ?

Certes nous ne nous dissimulons pas la lourde tâche
qui attend le gouvernement issu de la majorité de ceux qui veulent
que ça change : et nous supposons qu’il se décidera
bien à expliquer nettement au pays que la transformation qu’il
espère ne peut pas résulter des errements d’autrefois.

Déjà on parle avec insistance d’un
grand programme de travaux publics. Certes ceux-ci sont indispensables
à la minute où l’initiative privée ne peut
plus les entreprendre, faute de profit. Mais si l’on espère
les financer d’une manière orthodoxe, nous ne voyons pas
bien comment on y parviendra. Aucun pays jusqu’ici n’a pu
réveiller l’activité économique sans des entorses
répétées au régime basé sur les échanges...
Les prédécesseurs du nouveau gouvernement furent contraints
de s’engager dans cette voie car ils n’avaient réussi
ni à équilibrer le budget, ni à empêcher
l’or de sortir des caves de la Banque de France... L’orthodoxie
pratiquée par les orthodoxes a fait faillite.

Nous ne supposons pas que ceux qui veulent que cela
change vont nous ramener à l’orthodoxie.

De sorte qu’il faut leur faire confiance en tenant
compte des difficultés qu’ils ont à vaincre et qui,
en grande partie, proviennent d’un corps électoral insuffisamment
renseigné sur l’étendue de la transformation qu’il
réclame.