Le chômage

Mise en ligne : octobre 2005

Que signifient ces clameurs ? ces lamentations ?...

Honnie soit la République, qui trouble notre
quiétude et provoque notre insomnie, clament les riches bien
pensant.

Honnie soit la démocratie qui ne dispense plus
les richesse comme avant, au seul profit de la gent parasitaire, qui
professe la vertu des fortunes faciles, se lamentent les moralistes
vertueux de la religion du capital. Que se passe-t-il donc ? La crise !

Mais la crise au sens calamiteux du mot, puisqu’elle
atteint les fortunes respectables.

La crise qui ébranle les bases du temple du
veau d’or.

Alors quoi ? Eh bien ! c’est le chômage.

Le chômage c’était la pénitence
avant la rédemption, tant qu’il n’affectait que la
classe des salariés inférieurs. Mais, du moment qu’il
dépasse les limites traditionnelles et menace ceux d’en
haut, le chômage devient la maladie honteuse du régime.

*

Le chômage, c’est du travail libéré
qui, par une contradiction monstrueuse, se transforme en misère
pour les travailleurs et ruine pour la société.

Libérés du travail, les chômeurs
sont aussi libérés de la consommation. Mais, sans consommation,
que devient la société ? Comment établir le bilan
de la comptabilité sociale ?

*

Impossible de connaître le chiffre exact des
chômeurs en France.

Les statistiques officielles sont à dessein
imprécises et incomplètes.

Ces statistiques donnent pour 1932, 219.000 chômeurs
de plus qu’en 1931, dont le chiffre n’était que de
54.000.

De 1932 à 1934, le nombre des chômeurs
a augmenté de 48.666 par an en moyenne.

En 1935, il était supérieur de 39.000
à celui de 1934.

Pour les mois de janvier jusqu’au mois d’août
de cette année, la moyenne des salariés en chômage
a été de 438.000.

Ces chiffres, donnés, par les services des
fonds de chômage et de placement, correspondent à une population
d’environ 18 millions d’habitants, puisqu’il n’y
a qu’un petit nombre de communes en France qui paient des secours
de chômage.

Or, comme la population est d’environ 40 millions
d’habitants, il n’est pas exagéré de dire qu’il
y a en France au moins un million de chômeurs.

D’ailleurs, les assurances sociales peuvent jeter
un peu de lumière dans l’obscurité, peut-être
voulue, des statistiques officielles.

Il y avait 10 millions environ de travailleurs assurés
obligatoires ; il n’y en a plus que 7 millions environ aujourd’hui.
Que sont devenus les autres ?

D’autre part, si la crise est un progrès
réalisé par la science, le chômage est une étape
dans l’évolution de l’humanité, ce qui prouve
bien que celle-ci ne peut pas reculer mais avancer.

Pourquoi les ouvriers ne déclareraient-ils
pas, d’accord en cela avec la science, que le chômage doit
être transformé en loisirs ? Pour cela il suffirait de le
répartir entre tous. Nous atteignons là la plus haute
conception de la révolution.

*

L’actuel ministre du Travail nous donne à
ce sujet des chiffres qui n’infirment pas notre idée. « Il
y a, dit-il, 7.000.000 de travailleurs salariés en France.

« Sur ces 7 millions de salariés, il y
en a 4.000 qui travaillent 48 heures par semaine, 2.000.000 qui ne travaillent
que 30 heures, ce qui fait 252.000.000 d’heures de travail par
semaine. »

Or, il reste en effet un million de chômeurs.
Alors, de deux choses l’une : ou l’on conservera le régime
actuel, et il y a un million de salariés mis à la retraite ;
ou on répartira les 252.000.000 d’heures de travail entre
les 7.000.000 de salariés et nous aurons alors la semaine de
36 heures, et la journée de 6 heures ; le chômage sera résorbé,
officiellement parlant. Il resterait à déterminer le taux
de salaire selon le rapport de la production et les besoins de la consommation,
pour résoudre définitivement la crise. Qu’en pense
le ministre ?...

L’OUVRIER CHOMEUR.