Lu, vu, entendu

par  A. PRIME
Publication : mars 1990
Mise en ligne : 30 mars 2009

Le fric fait tout pardonner
Après la répression du mouvement populaire chinois en
faveur de la démocratie, en juin 1989
1 ° Les États-Unis vendent à la Chine trois satellites
de communication à lancer par des fusées chinoises.
2° Les États-Unis autorisent la banque exportimport "Eximbank"
à financer des activités de compagnies américaines
en Chine.
3° La France va installer une usine Citroen en Chine.
4° Le Japon reprendra, dès avril 1990, ses prêts à
la Chine.
5° La Banque Mondiale (dit l’International Herald Tribune du 27
décembre) reprendra son programme de prêts à la
Chine dès janvier 1990.
Nota : quand on songe à toutes les déclarations d’indignation
après la sanglante répression de la Place Tian’anmen...
II n’aura pas fallu six mois pour que l’appât du fric fasse oublier
l’horreur des scènes vues par le monde entier.

(Tam-Tam, janvier 1990)

Dans ce même ordre d’idées, le PDG de
la banque Franco-Roumaine se félicite de ce que Ceausescu ait
remboursé les dettes de la Roumanie (au prix de quel appauvrisement
pour les Roumains ? ). C’est pour lui un point très positif en
matière de développement économique car la Roumanie
"dispose dans le monde entier d’un fonds de commerce de clients
réguliers".

(d’après la Tribune de l’Expansion, 29.12.89)

***

Dans quel journal peut-on lire ces lignes ?
".. Nous tous, vous tous, cadres ou noncadres, enseignants ou soignants,
"prolétaires" ou militaires avons vu depuis quarante
ans notre niveau de vie s’améliorer, et cela en partie grâce
à l’action du PC relayé par la CGT Cette évolution
fut peut-être néfaste pour la compétitivité
de l’économie française, mais nous ne l’avons jamais refusée,
et nous avons trouvé bien agréables les avantages ainsi
obtenus".
L’Humanité ? Eh bien, non : le Figaro du 11 janvier.

***

Aux Etats-Unis, le lobby militaroindustriel s’accroche
"États-Unis : modestes dividendes de la paix.
L’administration Bush s’oppose à une réduction massive
des dépenses militaires, titre le Monde du 17 janvier. II ajoute
 : A quelques jours de la présentation du prochain budget devant
le Congrès, le gouvernement américain semble déterminé
à résister aux fortes pressions exercées par de
nombreux parlementaires qui, considérant la nouvelle conjoncture
politique internationale, souhaitent une réduction massive des
dépenses militaires".

En France aussi, l’armée est gâtée
"Défense : 900 millions de francs pour revaloriser la condition
militaire".

(Le Monde)

Par contre, Jospin n’a obtenu que 500 millions de
rallonge, et encore, parce que les images des étudiants dans
les Facs, où il manquait la moitié des places, ont fait
scandale.

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Poubelles
"Les ordures ménagères suisses dans une commune de
la Loire. La France ne doit pas devenir la poubelle de l’Europe"
déclare Brice Lalonde.
"Depuis le 27 décembre, chaque jour, 30 tonnes d’ordures
ménagères de la ville de Lausanne sont acheminées
par la SNCF, puis par des camions".

(Le Monde, 20 janvier)

Lausanne est une ville bien propre !

"Greenpeace prend en chasse un bateaupoubelle
en mer du Nord. Un bateaupoubelle appartenant à la National Power,
compagnie britannique d’électricité (l’équivalent
d’EDF), et qui s’apprêtait à déverser en Mer du
Nord des déchets de charbon, a dû rebrousser chemin jeudi
18 janvier devant la détermination du navire de l’organisation
internationale Greenpeace. Les écologistes veulent obliger la
GrandeBretagne à appliquer un accord des pays riverains de la
Mer du Nord de novembre 1987 stipulant que tout déversement de
déchets doit cesser à compter du premier janvier 1990.
Or, Madame Thatcher a déclaré récemment qu’il n’y
avait pas pour la Grande-Bretagne d’autre solution que le déversement
en mer et que, d’ailleurs, l’environnement n’était nullement
menacé. ".

(Le Monde, 20 janvier)

"La présence de nitrates dans l’eau atteint
des proportions inquiétantes dans certaines villes. L’agriculture
moderne en accusation".

(Le Monde 6 janvier - selon une enquête de "Que
Choisir’)

"Pour quelques millions de marks, la RDA reçoit
chaque jour des dizaines de camions d’ordures de la RFA. Cela dure depuis
des années. Les habitants du secteur concerné de RDA manifestent
enfin (nappe phréatique polluée, etc ...)"

(Antenne 2, 25 janvier)

... et vive le libéralisme !

***

L’agriculture produit trop et pollue
Même une revue comme Télérama consacre plusieurs
pages à ce problème en s’appuyant sur le livre d’Éric
Fottorino, du Monde, auteur de "La France en friche". Voici
quelques passages
"En 1987, la Cour des Comptes dénonçait le fait que
plus une entreprise agricole est grosse, plus elle est aidée.
Les cinq mille exploitations céréalières les plus
importantes ont reçu par an 250.000 francs chacune. Contre 20.000
francs à peine pour les plus petites. Etre compétitif,
c’est recevoir le plus de subventions. Les plus gros sont donc plus
compétitifs. CQFD....
... Un court article dans le Monde du 28 octobre dernier racontait,
avec un humour grinçant, que, maintenant que les fameuses montagnes
de lait de la CEE ont été liquidées, grâce
aux fameux "quota laitiers" réduisant la production,
la France était obligée d’acheter sur le marché
américain du beurre, pour honorer un contrat avec un pays arabe
 ! ...
...Car cette agriculture hyperperformante est polluante. En 1987, un
rapport de l’INRA attirait l’attention sur le degré préoccupant
de pollution des nappes phréatiques. En Bretagne, à cause
du lisier des élevages de porc. En Beauce, où le taux
de nitrates dans l’eau est le double de celui qui est considéré
comme dangereux. Quand il va falloir faire entrer le coût de la
dépollution des nappes phréatiques, notamment en Bretagne,
on va s’apercevoir à quel point une agriculture très industrielle
est, finalement, coûteuse. "

Les valeurs du socialisme en France
Des déclarations de J. Lang n’ont pas été appréciées
en haut lieu : devant un public tchèque, il avait critiqué
les télévisions commerciales accusées "d’imposer
une dictature de la médiocrité et de la rentabilité
immédiate". Bouygues a dû intervenir...

(Selon le Monde)

La valeur des hommes du PS, vue par eux mêmes.
Pour Delors, Chevènement "est un cas désespéré
... Je ne peux plus rien lui prouve"
Pour Chevènement, "J. Delors s’exprime comme un Chef de
Gouvernement, alors qu’il n’est qu’un super fonctionnaire". Et
il se félicite de "n’avoir pas été invité
à l’Heure de Vérité de J. Delors, le 23 janvier".

(Le Monde, 25 janvier)

Bah, les Français continueront pourtant à
voter pour ceux qui s’aiment tant !

***

Les morts n’ont pas toujours le même poids
En Roumanie, on annonçait 5 à 6.000 morts à Timisohara,
et 60.000 pour toute la Roumanie. Et voilà, une fois la révolution
faite, que la vérité se fait pour quelques milliers de
morts. Mais le comble, ce sont les "charniers de tortures"
découverts à Timisohara. Le "Canard enchainé"
du 31 janvier résume ce qu’on a pu entendre - oh très
brièvement - aux informations : "Le coup des cadavres qu’on
sort de la salle de dissection d’un hôpital, où ils sont
morts de mort naturelle, pour en faire des martyrs officiels torturés
et mutilés par la barbarie "sécuritaire" mérite
d’être inscrit d’urgence au "Livre de records".
Quel choc en retour quand je repense à celui ressenti les 24
et 25 décembre, en pleines fêtes de Noël, où
la vue des "charniers" me désespérait ! Que
la bonne foi des médias occidentaux ait été surprise,
je veux bien l’admettre - Dieu sait tout ce qu’on a pu entendre et voir,
répété plusieurs fois par jour, pendant deux à
trois semaines - Puis la nouvelle de la vérité, brève,
une journée, pratiquement sans commentaires. Le mal était
fait, c’était l’essentiel. Les journalistes, si chatouilleux
dès qu’on émet la moindre critique à leur endroit,
ont pratiqué, c’est clair, la désinformation. Où
est leur déontologie ?
Au Panama, par contre, ces chers Américains n’avaient fait "que"
250 morts en menant leur opération "juste cause" (toujours
ce besoin hypocrite de se justifier !). Or, il apparait qu’il y a eu
au moins 2.000 et peut-être 4.000 morts. Quoi d’étonnant
quand on sait que des quartiers pauvres et populeux ont été
bombardés par l’aviation. Bombarder pour protéger leurs
précieux "boys", c’est tout ce que les Américains
savent faire quand ils attaquent : peu leur importent les innocentes
victimes qui seraient bien moins nombreuses si les G.I.s’engageaient
un peu plus : ne sont-ils pas soldats ?