Quel monde demain ?

par  J. HAMON
Publication : juin 2018
Mise en ligne : 12 décembre 2018

Au cours des récentes décennies, des centaines de millions d’êtres humains sont sortis de la grande pauvreté. Mais la population mondiale ayant considérablement augmenté, le nombre des pauvres reste de l’ordre du milliard, et encore bien plus d’hommes et de femmes sont en précarité énergétique et n’ont accès ni à l’eau potable, ni à des systèmes performants de traitement des eaux usées et des ordures. Par ailleurs l’obésité est devenue très fréquente et la pollution de l’environnement tue des millions de personnes chaque année.

Des opérations militaires occidentales récentes ont semé le chaos au Proche Orient et dans l’Est de l’Afrique du Nord et d’importantes retombées négatives, qui pourraient persister des décennies, affectent de nombreux autres pays.

Les réorientation socio-économiques initiées par Ronald Tezgan et Margaret Thatcher ont progressivement, dans les pays les plus développés, diminué, puis fait disparaître la probabilité que les enfants aient une vie meilleure que leurs parents, sauf pour le groupe des ultra-riches.

La financiarisation du monde a entraîné de nombreuses crises dont la plus récente, dite des “subprimes”, a mis à mal l’économie mondiale. Le redressement économique en cours n’a pas éliminé un taux de chômage (ou de non emploi) particulièrement élevé, notamment chez les jeunes, de nombreux pays développés.

On produit avec moins de personnels devenus une simple variable d’ajustement.

La numérisation de la société, qui n’en est qu’à ses débuts, fait craindre une croissance continue des “hommes inutiles”. Que deviendront-ils quand leur nombre excédera ce que peuvent traiter les aides sociales ?

Les fraudes et optimisations fiscales abondent à de très hauts niveaux et font périodiquement les gros titres de la presse. Les déclarations d’actions ne manquent pas, mais paraissent rarement avoir un effet, et le dumping fiscal devient la règle, avec de graves conséquences sociales.

L’avenir ne paraît donc pas prometteur et va être encore plus compromis par la dérive climatique, amorcée il y a plus d’un siècle, mais devenant très notable depuis quelques décennies. Pour ralentir, puis interrompre cette dérive climatique, aux effets négatifs déjà notables, risquant de devenir dramatique à relativement court terme, il suffit de cesser d’émettre massivement des gaz à effets de serre provenant surtout de l’utilisation des énergies fossiles carbonées, de la production de ciment, de l’élevage des bovidés, de la riziculture et de l’emploi des engrais azotés.

Nya ka. Une paille !!!

Dans les pays les plus développés, l’énergie nécessaire à la vie quotidienne provient essentiellement, souvent à 80%, des énergies fossiles carbonnées, avec, ici et là, de l’hydroélectricité et de l’énergie nucléaire.

La priorité absolue est l’abandon du charbon, puis du pétrole, puis du gaz naturel. En pratique, hors appel à des panneaux solaires thermiques, cela implique le tout électrique, ou peu s’en faut, avec un emploi massif de l’éolien, du photovoltaïsme, des barrages et, peut être des centrales nucléaires.

La production aléatoire des nouvelles énergies exigera la mise en œuvre de réseaux de production stabilisés par des dispositifs performants de stockage/relargage de l’énergie électrique, ceux connus, les plus prometteurs, entraînant une perte en ligne de 70 à 80%.

Certains grands pays, comme l’Inde ou la Chine, ont déjà décidé de passer à court terme au tout électrique pour leurs véhicules. La transition sera aussi complexe, sinon dramatique, pour passer à une agriculture avec un minimum d’intrants chimiques de synthèse et une alimentation humaine avec aussi peu de protéines animales (viandes ou poissons) que possible. Cela constituera à bien des titres un changement de civilisation et, pour une grande majorité des habitants des pays les plus développés, une décroissance notable du niveau de vie, incluant probablement un retour massif aux ouvriers agricoles et aux animaux de trait. On remplacera les vacances aux Seychelles par le curage des fossés et la taille des haies bocagères.

Dans les pays pauvres, hors des beaux quartiers des grandes villes, la lumière c’est souvent la lampe à pétrole, le chauffage et la cuisson des aliments faisant appel au bois ou aux excréments d’animaux séchés, et pour les plus riches, le pétrole ou le butane. D’où la disparition des arbres et arbustes et un appauvrissement, lent mais certain, des sols cultivés, les transports étant essentiellement assurés par des véhicules diesel ou à essence, et par la traction animale.

Remédier à cette situation socialement et écologiquement déplorable implique, là aussi, de passer massivement à l’électricité. Mais cela prendra du temps et, en attendant, l’emploi du charbon, du pétrole, puis du gaz naturel, seront indispensables. L’énergie électrique proviendra de barrages là où l’environnement le permet, de l’éolien dans les zones de bon vent, et du solaire lorsque la densité de population ne peut pas rentabiliser la construction et l’entretien de réseaux électriques  ; la stabilisation de la fourniture électrique fera appel aux accumulateurs ou à la combinaison électrolyse de l‘eau/hydrogène/pile à combustible ou hydrogène/méthanisation, déjà expérimentées, ici et là, dans les pays développés ou pour des navires expérimentaux.

Le défi est d’autant plus grand que bien des pays concernés n’ont pas les ressources nécessaires pour financer cette transition.

L’utilisation énergétique de la biomasse est souvent mentionnée, mais il faut se souvenir qu’elle n’apporte en fourniture nette qu’une ou deux tonnes équivalent pétrole par hectare et par an, et qu’elle devra toujours venir après la fourniture d’aliments, de fibres, de bois d’œuvre, le maintien de la biodiversité et celui de la fertilité des sols.

Pendant les décennies de la période de transition, le charbon devrait rapidement être abandonné car c’est de loin le plus polluant, mais pétrole et gaz naturel seront longtemps encore indispensables pour divers usages. On ne saurait donc, dès maintenant, condamner leurs prospection, extraction et transport. L’abandon progressif des hydrocarbures ruinera certains des pays producteurs dont les autres ressources ne permettront plus d’importer la nourriture qu’ils ne peuvent pas produire, ce qui pourrait inciter les habitants à émigrer. La dérive climatique tend à désertifier certains pays ouest-africains arides, à forte natalité, et qui, eux aussi, alimenteront des tendances migratoires à destination de pays mieux pourvus. Maintenir sur place ces populations défavorisées et accueillir les inévitables migrants ne sera pas aisé.

Sans vouloir dramatiser, on doit noter que les éoliennes et panneaux photovoltaïques consomment beaucoup de métaux rares et que les batteries d’accumulateurs les plus répandus ou en développement sont à base de plomb ou de lithium, et que les réseaux électriques sont presque exclusivement basés sur le cuivre. Y aura-t-il assez de métaux pour tout le monde ?

Jointes à la dérive climatique, les limitations des interventions technologiques n’éviteront pas, ici ou là, de graves problèmes d’accès à l’eau douce, des famines parfois durables et des ruptures d’accès à l’énergie.

La recharge des batteries des voitures électriques demande des heures et est peu compatible avec l’appel à des stations-services. Il est donc probable que ces véhicules seront alimentés par de l’hydrogène sous très haute pression relié à une pile à combustible, le remplissage du réservoir demandant une ou deux minutes et pour les véhicules légers, un kg d’hydrogène permettant de parcourir 100 km.

Si, au cours des prochaines décennies, de grands efforts ne sont pas faits pour réduire les inégalités entre pays et à l’intérieur des pays et pour remplacer la lutte de chacun contre tous par une cohésion sociale donnant aux peuples confiance dans leurs institutions, de graves troubles sont à craindre, y compris des guerres civiles et entre états.


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