Une lueur d’espoir

par  G. LAFONT
Publication : octobre 1976
Mise en ligne : 11 mars 2008

Gabriel Lafont collabora de très longues années, sous cette rubrique, à « La Grande Relève  », pour les plus grands délices de nos lecteurs. Remercions-le avec joie d’avoir bien voulu reprendre sa plume pour nous.

Depuis que je paie des contributions - ça fait déjà un bout de temps - et que, curieux de savoir où passe mon fric, j’épie du coin de l’oeil les princes qui nous gouvernent et prétendent gérer les affaires du pays, j’ai assisté avec un émerveillement toujours renouvelé à je ne sais combien d’exercices de haute voltige appelés redressements définitifs, à commencer par la première stabilisation du franc entreprise par Poincaré, le sauveur d’alors. Brillante opération qui amputait notre glorieuse monnaie nationale des quatre-cinquièmes de sa valeur, et qui fut saluée par tous les économistes distingués comme un chef-d’oeuvre de technique monétaire. Au point qu’il fallut la renouveler plusieurs fois par la suite. Rien que pour le plaisir.
Bien que le nouveau plan de redressement, tout aussi définitif, du professeur Barre ne soit pas accompagné, cette fois, d’une dévaluation - mais tous les espoirs sont encore permis - tout porte à croire qu’il aura le même succès que les précédents.
Ce changement dans la continuité, ou cette continuité dans le changement, comme dirait Giscard d’Estaing, qui est la marque de la société libérale avancée, a quelque chose de rassurant. Où irions-nous, je vous le demande, si quelque hurluberlu au pouvoir s’avisait tout à coup qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre système économique, et même dans la petite tête de nos hommes politiques ? Et que tous les remèdes classiques que l’on applique au grand malade sont autant de cataplasmes sur une jambe de bois ? Il pourrait en conclure, cet hurluberlu, qu’il serait temps enfin, passant de l’homéopathie à la chirurgie, d’en venir au socialisme distributif. De quoi frémir.

En attendant, la Société Libérale Avancée continue son petit bonhomme de chemin à reculons. On ranime le franc défaillant avec des cachets d’aspirine, on augmente le prix de la vignette-auto, on invite le bon peuple à retrousser ses manches et à se serrer la ceinture, et la fête continue.

Jusqu’à quand ?

Jusqu’au jour où un nouveau sauveur, succédant à M. Barre ou à un autre, mais qui, ayant découvert un remède miracle contre l’inflation, nous sortira de la... enfin, vous voyez ce que je veux dire.
Mais j’y pense, ce sauveur, on l’a peut-être sous la main...

Voici quelques semaines, Mme Alice Saunier-Seïté, secrétaire d’Etat aux Universités, entourée du professeur Balout, directeur du Musée de l’Homme, du colonel de l’Armée de l’Air en grand uniforme, de l’Ambassadeur d’Egypte en tenue de gala, et de la Garde Républicaine au garde-à-vous, recevait sur l’aéroport du Bourget un illustre personnage à sa descente d’avion. C’était Ramsès II.
Ramsès II n’était pas en très bon état, à ce qu’il semble. C’est pourquoi - et c’est tout à l’honneur de la France - il est venu se faire soigner chez nous où une vingtaine de savants appelés à son chevet vont essayer de lui refaire une santé ; ou tout au moins le retaper un peu pour le rendre plus présentable.
Si la science y parvient, ce que je souhaite ardemment, pourquoi ne le garderions-nous pas chez nous, Ramsès II ? Hein ?... Pas au Musée de l’Homme. A Matignon.
Ramsès II, en effet, d’après ce qu’on raconte, serait ce pharaon qui, voici plus de 3 000 ans - comme le temps passe ! - à l’époque des vaches grasses et des vaches maigres, sauva l’Egypte à la fois de la surproduction et de la famine, réalisa le plein emploi en construisant des pyramides et jugula du même coup l’inflation. Il devait avoir un truc.
Si Ramsès Il s’en sort grâce aux savants français, il faut le garder à tout prix. M. Barre n’en sera pas vexé, j’espère.
En raison des liens séculaires qui unissent la France à l’Egypte, M. Anouar et Sadate ne peut pas nous refuser ce cadeau.
En échange on lui refilera Antoine Pinay.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.