Comment être optimiste ?

par  M.-L. DUBOIN
Publication : octobre 2018
Mise en ligne : 1er février 2019

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La chronique de la page précédente souligne deux faits d’actualité. D’une part, la pauvreté augmente en France depuis dix ans, alors que, parmi les pays riches­, c’est un des pays d’Europe dont la politique a été la plus “sociale”. D’autre part, l’idée d’un revenu universel est reprise et soutenue de façon raisonnable, en insistant sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une aumône, d’une assistance obligée des plus riches vers les plus pauvres, mais du droit au partage des richesses équilibré par le devoir de coopération, c’est-à-dire par le partage des tâches qui demeurent.

Qu’on me permette de souligner à quel point ces deux faits viennent à l’appui de ce que La Grande Relève souligne depuis plus de 80 ans afin de supprimer la misère ! L’expression service civique universel est même reprise !

Inutile d’épiloguer sur le fait que si, dans les années 1950 alors que “les distributistes” avaient une large audience en France et en Belgique, la véritable démocratie économique dont ils montraient la nécessité, avait été entreprise, le pillage de la planète et la pollution de ses ressources n’auraient certainement pas entraîné la catastrophe actuelle.

Jacques Duboin a eu beau intituler un de ses premiers livres Nous faisons fausse route, il n’a pas été entendu par les “responsables”. C’est du passé. Or, plus que jamais encore, il est urgent de changer­ de cap.

Mais n’est-il pas trop tard ?

 

De fortes raisons poussent au pessimisme :

La situation est si grave que jamais un cri d’alarme comme l’Appel contre la dégradation de notre environnement n’a été lancé par autant de chercheurs reconnus et fiables. Travaillant dans de nombreuses disciplines, ils ne cachent pas que certains des dégâts sont peut-être déjà irréversibles. Mais depuis bientôt trente ans que l’alerte a été lancée, en quoi les décideurs ont-ils modifié leur politique ? Leur objectif de soutien aveugle à la croissance d’entreprises rentables est resté immuable !

Il est probable que beaucoup d’entre eux ont compris qu’il leur faut imposer, surtout aux plus riches évidemment, une importante réduction de leur train de vie en renonçant à beaucoup de leurs privilèges. Mais comme c’est à ceux-là même qu’ils doivent leur situation… !

De façon plus générale, la plupart des personnes qui ont pris la mesure des contraintes et des restrictions qui s’imposent, réagissent, en se réfugiant dans le déni, comme le montre bien Bernard Blavette, ci-dessous. Ne cherchons pas ailleurs la raison du silence de la plupart des médias  : ne pas déplaire… !

 

Les raisons d’être optimiste se trouvent dans la multiplication d’initiatives qui, comme le fait depuis si longtemps La Grande Relève, incitent les citoyens à faire l’effort de réfléchir à l’avenir de l’humanité. Car l’espoir ne peut venir que d’eux, si se sentant collectivement concernés par cet avenir, ils parviennent à imposer aux “décideurs” d’assumer les responsabilités qu’ils ont sollicitées de leurs électeurs. Et, heureusement, il semble bien que ces initiatives se multiplient. J’ai cité le mois dernier Au-delà de la propriété, de Benoît Borrits, sur lequel nous reviendrons. Parmi les plus récentes dont nous avons eu connaissance, citons deux ouvrages publiés par les éditions Utopia :

La Tyrannie du Court terme. Quels futurs possibles à l’heure de l’anthropocène ? par Jean-François Simonin.

Et Les voleurs d’énergie, accaparement et privatisation de l’électricité, du gaz, du pétrole, par Aurélien Bernier.

Citons de même, dans le mensuel Le Monde Diplomatique de ce mois d’octobre, l’article intitulé Face aux marchés, scénario d’un bras de fer, dont les auteurs, Renaud Lambert et Sylvain Leder, ont l’astuce, pour ne pas paraître “utopistes”, d’énumérer une série de lois et mesures qui ont été prises dans le passé, en France ou ailleurs, par exemple le contrôle des changes ou un moratoire sur la dette, pour montrer qu’un gouvernement a les moyens d’agir, certes « avec un minimum de rugosité », s’il en a la volonté.