Cure de silence

par  M. DUBOIS
Publication : février 1982
Mise en ligne : 22 décembre 2008

10 mai 1981 au soir : sous la pluie battante, on danse sur la place
de la Bastille, et l’on chante
Nous avons gagné... ».
Qui a gagné ? Et qu’a-t-il été gagné ?
Je me suis posé ces deux questions en relisant le numéro
de notre journal dans lequel, dès avant les élections,
figuraient des prises de position politiques en faveur de M. MITTERRAND.
Je me les suis posé à nouveau lorsque la Grande Relève
a favorablement salué la victoire du parti socialiste, cherchant
vainement ce qui, au-delà des affinités sentimentales
et subjectives, pouvait bien justifier une telle entorse à la
règle d’or de l’équipe de J. DUBOIN persuader nos contemporains
qu’au delà de toutes les cuisines politiques, seul un abandon
radical de l’économie de marché était en mesure
de résoudre les problèmes nés de l’inadaptation
des hommes aux progrès de leurs techniques.
L’année 1981 s’achève. Où en sommes nous ?

PAUVRE BILAN

Deux fléaux majeurs de notre temps ont puissamment contribué
à la chute des partis au pouvoir depuis plus de deux décennies
 : la montée des prix et le chômage. Ces deux fléaux
ne sont pas spécifiquement français, mais mondiaux. Depuis
bientôt 50 ans J. DUBOIN a démontré que tous les
moyens utilisés pour les combattre au sein des économies
marchandes étaient autant de cautères sur des jambes de
bois. Effectivement les prix ont continué de grimper, et le nombre
des chômeurs de s’accroître, chez nous comme ailleurs. Lorsque
nos dirigeants prétendent qu’il s’agit d’un effet d’ombre portée,
ou d’héritage des gouvernements précédents, ils
mentent : ayant délibérément opté pour le
maintien de l’économie marchande, ils n’élimineront pas
ces fléaux et en porteront la pleine responsabilité au
même titre que leurs prédecesseurs.
Par ailleurs, en dehors de l’abolition de la peine de mort et des amnisties,
où sont les vrais changements ? Dans la dévaluation du
franc et dans l’augmentation des recettes de poche, tabac, essence,
allumettes, alcools ? Il me semble pourtant avoir déjà
vu appliquer antérieurement ces innovations géniales.
Dans les nationalisations ? Celles réalisées avant le
10 mai auraient-elles par hasard éliminé les problèmes
des fonctionnaires, des enseignants, des cheminots, des agents d’E.D.F.
ou de Renault ? Dans l’impôt sur la fortune, dont chacun reconnaît
aujourd’hui le rendement dérisoire ? Dans l’abaissement de l’âge
de la retraite, alors que les problèmes de financement des allocations
vieillesse sont parfaitement insolubles dans le système actuel
 ? Dans la réduction de la durée hebdomadaire du travail
et la 5e semaine de congés payés qui contribuent, indéniablement
en économie de marché, à réduire notre compétitivité
internationale ?
Oh l’ancienne majorité a beau jeu pour dénoncer aujourd’hui
l’absurdité des contradictions contenues dans les programmes
et soi- disants remèdes de la nouvelle équipe laquelle
a d’ailleurs non moins beau jeu pour souligner l’inefficacité
d e s programmes d’hier. Mais où est, dans cet échange
d’arguments faisandés, le véritable plan de remise en
ordre de notre économie ?

RECONSTRUIRE SANS HAINE

Lorsque nous faisons campagne pour l’avènement de l’économie
des Besoins, nous proposons tout le contraire de la lutte des classes,
cru nivellement par le bas, et des règlements de compte, préconisés
par certains chevaliers de la rose, au besoin en se reniant eux-mêmes.
Un exemple : l’augmentation de la taxe de francisation sur les bateaux
de plaisance, c’est-à-dire de la vignette des voiliers, présentée
la 10 juin 1981 dans le collectif budgétaire 1981 au Conseil
des Ministres. Elle sera multipliée de 10 à 16 fois d’ici
à 4 ans. Or le gouvernement BARRE avait déjà envisagé
une hausse de cette vignette, s’attirant alors de vives critiques de
M. Michel CREPEAU (Maire de La Rochelle...) et une opposition écrite
catégorique de deux parlementaires du groupe socialiste, rédigée
en ces termes :
« Notre groupe a déjà pris position contre ce projet
qui n’aura aucun effet positif sur l’activité économique,
écrivaient les deux parlementaires. La taxation des navires de
plaisance fait partie de ces mesures dérisoires et vaines par
lesquelles le gouvernement essaye d’accroître les recettes de
l’Etat. Les socialistes ont toujours défendu la nécessité
de réformes profondes tant au niveau de l’économie que
des finances publiques et s’opposeront à un rapiéçage
illusoire en votant contre ce budget. »
Ces deux parlementaires s’appellent Louis MEXANDEAU et Gaston DEFFERRE,
aujourd’hui ministres du gouvernement MAUROY.
Mais, après tout, le port des vestes réversibles n’est
pas plus une nouveauté que les vignettes.
Nous devons donc continuer imperturbablement à combattre pour
la réforme monétaire et le Revenu social, piliers de l’économie
des Besoins conçue par Jacques DUBOIN. Indifférents aux
pétards mouillés et aux engouements d’un soir, aux principes
généreux mais inapplicables, aux bonnes volontés
bafouillantes, nous devons réserver nos applaudissements au premier
parti politique qui l’inscrira sans ambiguïté à son
programme.
Il reste à découvrir.