Allo, les femmes !

par  C. BUGUET-MELANÇON
Publication : février 1982
Mise en ligne : 22 décembre 2008

« A vos plumes »... prête ou pas, je pars. Après
tout, on verra bien et puis il y a un certain temps déjà
qu’une sorte de remords me harcèle : c’est la navrante solitude
dans laquelle nous les femmes, et moi en particulier, nous laissons
Marie-Louise Duboin se battre, nous parler d’économie, refaire
la société, comme si, curieusement, nous n’étions
pas concernées. Cette fois son appel m’est irrésistible
et j’ai honte de mon silence.
Tout d’un coup j’ai envie de ne plus me retrancher derrière une
montagne d’excuses, le travail, les enfants, vous connaissez... Et,
la plus insidieuse de toutes ces excuses est « je n’ose pas ».
Insidieuse parce qu’elle repose, à la limite sur l’idée
qu’il n’est pas féminin de parler de ces choses.
Alors, tout d’un coup j’ai envie de dire au contraire qu’être
féministe c’est forcément être socialiste dans la
perspective de l’économie distributive. En effet, n’est- ce pas
vouloir faire respecter enfin les droits de la personne, de chaque personne,
dans une société juste. Etre féministe c’est avoir
débusqué l’Injustice, en avoir identifié les nombreux
masques et se sentir finalement solidaire de tous ceux qui souffrent
à travers le monde. Cette conscience mise en marche doit entraîner
la remise en question de tous les abus qu’engendre la domination. C’est
en supprimant le profit que l’économie distributive peut favoriser
cette évolution des mentalités.
Par la distribution à chacun et chacune de sa part de revenu
ne serait-ce pas reconnaître d’abord l’utilité et la complémentarité
de la participation féminine à la société
 ? L’égalité des revenus ne mettrait-elle pas un terme
à l’autorité abusive que notre système confère
à celui qui gagne beaucoup ? Les femmes continueront- elles à
accepter cette méprisante conviction que chacun a le salaire
qu’il « mérite » ? II est peut-être temps de
ne plus utiliser nos échelles de salaire comme échelles
de valeurs.
Être féministe c’est aussi être pleinement femme
et donc se révolter de toutes les pratiques économiques
qui visent à dégrader la vie : destruction de produits,
pollution, gaspillage et par dessus tout ces pratiques qui tuent des
innocents par ventes d’armes interposée.
Alors, si nous avons atteint l’âge de la parole, serait-ce le
temps de la Grande Relève des hommes par les femmes ? Vous souvenez-vous
du poète qui croyait que « la femme est l’avenir de l’homme
 » ?