La carte de paiement à mémoire

Son utilisation en monnaie de consommation dans les « banques de nourriture » en faveur des « nouveaux pauvres ».
par  H. MULLER
Publication : janvier 1985
Mise en ligne : 24 février 2009

Destruction ou stockages de denrées alimentaires,
« banque du sol », de telles pratiques, exigées par
la « règle du jeu », agressent les consciences, narguant
l’insatisfaction de tant de nécessiteux.
Que faire des excédents stockés devenus propriété
collective de la Nation ? Rappelons qu’en décembre 1968, un ensemble
de propositions concrètes avait été soumises au
Ministre de l’Agriculture par l’intermédiaire du Directeur des
Affaires économiques de l’Assemblée permanente des Chambres
d’Agriculture. Etudiées de longue date et de nature à
résoudre le problème, ces propositions prennent aujourd’hui
un relief tout particulier eu égard à l’ampleur des excédents
et au développement d’une « nouvelle pauvreté ».
Elles se résument comme suit :
- Ouverture et notification, en faveur des sous-consommateurs notoires
( chômeurs, immigrés, bénéficiaires de l’aide
sociale, communautés charitables ) d’un crédit renouvelable
mensuellement, utilisable seulement sur carte, de paiement spéciale.
- Remise au ayants-droit d’une carte de paiement du type INNOVATRON
à mémoires. Chargée d’un avoir en monnaie électrique,
la carte se décharge au fur et à mesure des achats, dans
un « lecteur » qui en positionne le solde. La carte « 
vidée », son titulaire l’approvisionne à nouveau
dans la limite de son crédit mensuel.
- La présentation de cette carte donne accès a des entrepôts
spéciaux, DISTINCTS de tout local commercial, exclusivement approvisionnés
en excédents et gérés par des personnels communaux
ou par des bénévoles s’y relayant. L’acheminement des
denrées aux points de distribution est assuré par des
transports mis à la disposition des Municipalités, des
Associations ou des gérants, par les services des Domaines (ou
par l’Armée). Il est essentiel que les lieux de vente soient
distincts des établissements commerciaux qui n’interviennent
d’aucune manière dans l’opération.
- Les denrées sont mise en vente aux prix courants du commerce
local.
La carte remplit la fonction de « bons », de « monnaie-matière
 » à usages polyvalants, donnant le choix à consommer.
Quand, localement, il n’y a plus d’excédents à répartir,
on ferme l’entrepôt et l’on attend de prochaines livraisons pour
honorer de nouveaux crédits. L’opération peut être
interrompue à tout moment sans perturber l’économie générale.
Il n’y a pas de nouvelles quantités de monnaie venant charger
la circulation donc ni pesée sur les prix ni risque d’inflation.
Outre l’écoulement des excédents, le procédé
offre un autre intérêt. Cette conversion d’excédents
jusque-là stériles, en crédits mobilisables, permet
la constitution d’un fonds de salaires venant s’ajouter aux allocations
de chomage. Elle fait de catégories de sous- consommateurs, jeunes
sans emplois et autres chômeurs, des salariés utilisables
à tarif plein par les Municipalités, les Associations
ou Organisations diverses, pour des travaux d’utilité collective,
dénués de rentabilité.
Grâce aux crédits gagés par les excedents, les Municipalités
peuvent donc, à leur choix, ou bien réaliser leurs programmes
à moindre coût en crédits normaux, ou bien accroître
le volume de leur travaux. Sans obérer leur budget. Enfin des
entreprises sont également appelées à reconsidérer
des embauches à débours réduits sur ces bases nouvelles.
Le système peut s’étendre et intéresser les excédents
apparaissant au niveau des producteurs locaux ou des invendus sur les
lieux de vente au détail (forans) en ce qui concerne les denrées
périssables. Les Municipalités ou des Associations subventionnées
jouent alors le rôle de comptoirs d’achat et de vente, achetant
aux prix de production, en monnaie « courante » et revendant
aux chômeurs contre présentation de leur carte, aux prix
du commerce local, en échange de prestations.
A ceux qui objectent le manque à gagner infligé au commerce,
il convient de faire observer que le procédé ne fait qu’élargir,
pour une durée limitée, le nombre de ces privilégiés
qui, propriétaires de jardins potagers, d’exploitations fruitières
ou maraichères, font de l’auto-consommation.
D’autre part, le commerce n’a guère à redouter le reflux,
temporaire. de ces mini-clients aux ressources insignifiantes, que les
cartes de paiement dirigeront vers les magasins communaux ou associatifs.
On admettra difficilement que l’on puisse contraindre des consommateurs
à se contenter de mini- ration, interdisant aux catégories
les plus défavorisées par la malchance de profiter de
l’occasion que leur offre la concrétisation d’une monnaie de
consommation dans une carte de paiement, de s’approvisionner à
part entière durant quelque temps.
Ajoutons enfin que la formule de cette monnaie de consommation, également
applicable à l’aide aux pays en voie de développement,
est parfaitement connue des organisations européennes et internationales
telles la F.A.O., le F.E.O.G.A. et de la plupart des centres de décision
qui n’attendent que l’action d’unn groupe de pression pour y souscrire
et la généraliser.