Le fric ? Une idée fixe !

par  M.-L. DUBOIN
Publication : janvier 1987
Mise en ligne : 22 juillet 2009

L'or et l'argent

Le département de l’agriculture des Etats-Unis
a de gros problèmes : la balance commerciale agricole est devenue
déficitaire, et le montant des dépenses fédérales
affectées au soutien de l’agriculture est deux fois plus lourd
que prévu : près de 35 milliards de dollars. De nouvelles
subventions sont prévues contre la surproduction : des primes
allant jusqu’à deux dollars par boisseau de maïs pour les
agriculteurs acceptant de laisser en jachère une surface supplémentaire
de 15%. Ce programme de gel des terres qui concerne les céréales
fourragères (maïs, avoine, orge et sorgho) coûtera
1,5 milliard de dollars, mais il rencontre un obstacle apparemment
imprévu : le rendement des bonnes terres augmente ! Une autre
idée a été avancée pour éviter cette
catastrophe qu’est la « surproduction » : brûler le maïs
 ; compte-tenu des frais de stockage, un tel carburant reviendrait au
même prix que le charbon.

***

En France, on découvre (!) le problème
de la pauvreté ! Le Secours Catholique a été en
contact, l’an dernier, avec 625 000 situations de pauvreté, dont
210000 où il n’y avait AUCUNE ressource. Évaluant le coût
de la mise en œuvre d’un minimum vital pour les pauvres, il (1) avance
des chiffres allant de 10 à 15 milliards de francs par an. Adrien
Zeller avait, en 1984, un projet évaluant à 4 milliards
de francs, en année pleine, le montant nécessaire à
la généralisation d’un revenu minimum. Secrétaire
d’Etat à l’Aide Sociale, ce même A. Zeller a défini
(enfin !) le 29 octobre dernier un « plan pauvreté »
au Conseil des Ministres. Il ne disposera, au total, que de 300 millions
de francs, dont 200 inscrits au budget 1987 (cent de moins que ce qui
figurait au budget 1986). Il s’est en effet heurté aux réticences
du Ministère de l’Économie et des Finances (2). Ainsi
il ne s’agira que d’un minimum vital dont les élus locaux auront
la responsabilité. Ils en détermineront le montant, la
durée et les conditions d’accès. Il s’agira donc d’une
assistance facultative, conditionnée par les limites budgétaires
locales et soumises à de coûteuses enquêtes préalables...

***

Quand, dans un siècle, les historiens ayant
consacré de longues études à analyser les rouages
de l’économie actuelle, je me demande comment s’y prendront les
enseignants pour expliquer à leurs élèves que nos
contemporains ont besoin d’argent pour nourrir les pauvres ! Surtout
s’ils doivent aussi expliquer que nous dépensons tant de cet
argent pour éviter de trop abondantes, productions agricoles
 ! On collera n’importe qui sur des questions pareilles.