Les méfaits de la P.A.C.

par  P. SIMON
Publication : décembre 1982
Mise en ligne : 7 janvier 2009

LES initiales PAC représentent la Politique Agricole Commune,
l’un des plus beaux fleurons de la Communauté Economique Européenne
aussi appelée Marché Commun. Elle est destinée
à harmoniser les politiques agricoles de chacun des dix participants,
tous fonctionnant en économie de marché. Il est intéressant
de voir un peu comment les choses se passent dans ce secteur délicat
car les agriculteurs ont parfois la tête pros du bonnet ainsi
qu’ils l’ont montré à de nombreuses reprises dans les
années passées.
Depuis l’entrée de la Grèce, les pays du Marché
Commun sont au nombre de dix. En 1958 (tous n’étaient pas encore
entrés dans la Communauté) ils avaient globalement environ
20 millions d’agriculteurs. Ce nombre est depuis retombé à
moins de 9 millions. Dans l’industrie, on dirait que les effectifs ont
été « dégraissés ’ . La production
globale n’a pas baissé pour autant, loin de là. En somme,
la productivité a crû et, en terme de marché, c’est
une bien bonne chose.
Pas vraiment, car l’agriculture des Dix doit demeurer très fortement
subventionnée, grâce au contribuable. En 1981, la Communauté
a consacré 13 milliards d’écus (unité de compte
européenne =environ 6 francs) à ses fermiers. Au cours
de la même année, les gouvernements des dix pays membres
ont versé à eux tous une somme au moins équivalente
dans les escarcelles de leurs agriculteurs. Ceci en totale infraction
aux règlements communautaires.
Pourquoi cette manne céleste ? Pour protéger les fermiers
des deux risques majeurs qu’ils courent : les aléas du marché
et du temps. De plus, aucun pays n’est prêt à sacrifier
son agriculture car l’emploi doit être préservé
là où il existe et aussi parce qu’un pays incapable de
se nourrir au moins un peu serait particulièrement vulnérable
en cas de conflit.
Pour toutes ces raisons, les agriculteurs ont droit à des prix
garantis pour leur production. Le niveau en est décidé
par décision politique plus que par les lois du marché.
Ainsi donc, chaque printemps, les ministres de l’Agriculture des Dix
se réunissent pour fixer les prix de céréales,
du lait, du sucre, du beurre, du veau, du boeuf, du porc, de certains
fruits et légumes et du vin de table. Si les prix qu’offre le
marché baissent pour ces produits au-dessous d’un certain niveau
dit prix d’intervention, la commission achète et stocke pour,
en théorie, revendre quand les prix auront remonté.
Pour mieux protéger encore les agriculteurs la PAC a recours
à des droits d’importation et à des subventions à
l’exportation qui les protègent de la concurrence mondiale.
La PAC est-elle une réussite ? Si l’on veut ! Tout au moins en
termes de production. Stimulés par des prix élevés
et la certitude que la Communauté achètera les excédents,
les agriculteurs européens tendent à produire de plus
en plus. Nous ne risquons pas dans l’immédiat de manquer de viande
(peutêtre de mouton), de blé, de beurre, de sucre, de fromage,
de lait... Mais il faut y mettre le prix. En 1981, les prix européens
étaient supérieurs aux prix mondiaux pour le beurre (+
53 %), le blé (+ 38 %), le sucre (+ 33 %), le porc (+ 24 %),
etc.
Faisons un peu le compte, ou plutôt ne le faisons pas. Avec les
produits alimentaires de base les plus chers du monde, les sommes colossales
qu’il faut verser à cet effet dans les caisses de la Communauté,
le contribuable est en droit de s’interroger. Par exemple sur certaines
causes de l’inflation ou sur les mérites de l’économie
de marché (commun ou pas), ou même sur la réalité
de l’économie de marché. Existe-t-elle vraiment dans les
pays industrialisés ? Car la Communauté Européenne
n’est pas la seule institution à déverser un pactole dans
l’agriculture. De juillet 1981 à juin 1982, les EtatsUnis ont
dépensé 14 milliards de dollars pour aider leurs fermiers
dont les revenus baissent aussi vite que leur production augmente. Les
Japonais paient leur riz six fois plus cher que les Américains
afin que le prix de leur nourriture de base soit garanti.
Si encore les agriculteurs étaient heureux... Certains le sont
qui engrangent de belles moissons de blé, par exemple, et de
subventions. Mais pas tous. Regardez donc ces derniers bloquer les autoroute.
Ils n’ont pas l’air de jouer la comédie. Alors ? Ne vaudrait-il
pas mieux adapter la production aux besoins ?