Points de vue et manière de voir

Publication : 24 janvier 1939
Mise en ligne : 14 mai 2006

 M. Barthe est content

Et nous en fait part dans un article paru le 22 décembre :

Il avait promis aux vignerons, dont il est l’ardent défenseur, qu’il ferait payer leur vin type 9° 15 fr. 80 à 18 francs le degré hecto. Or, il est à 16 francs actuellement. Mais, en faisait jouer un article n° 8 appartenant aux vignerons et qui les rend maîtres absolus du marché tout comme un vulgaire comptoir capitaliste, il leur garantit que lentement, mais sûrement, le degré hecto montera à 18 francs.

M. Barthe se frotte les mains, car cette hausse aura lieu malgré 8 millions d’hectolitres excédentaires. Il est également très content, car la destruction des excédents ne coûtera rien au budget. Ce sont ses clients, les vignerons, qui en feront les frais en prélevant sur leur caisse de réserve les sommes nécessaires.

Où M. Barthe exagère, c’est quand, joyeux d’annoncer le degré à 18 francs, il prétend que la législation viticole garantit le vigneron et le consommaleur contre toute spéculation. Contre toute spéculation peut-être, contre la hausse, non.

M. Barthe est représentant du peuple. Il est inscrit à l’Union socialiste républicaine. Il représente et défend fort bien les intérêts particuliers des producteurs vignerons.

Il est républicain.

Il croit être socialiste.

Il est à 100 lieues du socialisme.

 Incorrigibles !

En l’an de grâce 1939, nos économistes distingués n’ont pas fait le plus petit effort pour sortir de l’ornière. Voici textuellement ce qu’écrit M. René Pupin dans un journal financier :

« 1° 1853-1914 : augmentation de 200 milliards-or ; soixante ans de progression ininterrompue et de mieux-être consolidé, confirmé par les statistiques de consommation ;

« 2° 1914-1935 : quatre ans de guerre, quatre ans de crise économique et la dévaluation de 1928 se traduisent par un recul ou une perte de fin milliards-or ;

« 3° 1936-1938 : trente mois de crise sociale font une brèche de 115 milliards-or dans la fortune française, déjà entamée au cours de la période précédente.

« ... Sachant. cela, le devoir de chacun est tracé : élargir toujours davantage le plan, de l’économie libre et féconde en ramenant les activités et les charges de l’Etat à des proportions compatibles avec la vie positive d’un grand pays que la nature avait comblé à son berceau. »

Avez-vous compris ? C’est tout juste si l’on n’affirme pas que la France était plus riche en 1853 qu’en 1939 !

Alors à quoi a servi le travail des français, cher M. Pupin ?

Pourquoi, refusons-nous les travailleurs étrangers qui s’offrent à venir nous aider, si nous sommes aussi pauvres que vous le dites ?

Ignorez-vous donc, cher Monsieur Pupin, que la France n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui ? Jamais elle n’a eu de ces récoltes excédentaires que le Parlement s’efforce de résorber à nos frais.

Jamais il n’y a eu plus de forces motrices disponibles, plus d’ouvriers cherchant vainement du travail, plus d’usine si admirablement équipées qu’on détruit leur matériel, comme dans les tissages du Nord.

M. René Pupin ne voit d’autre richesse dans un pays que le poids d’or qui est enterré dans les caves de sa banque d’émission. A ce compte-là, les Etats-Unis devraient jouir d’une prospérité inouïe, puisqu’ils vont avoir bientôt tout l’or du monde. Cependant la misère y bat tous les records connus et le chômage atteint 12 millions d’hommes.

Et l’Allemagne, à entendre M. René Pupin, ne serait pas à redouter, puisqu’elle n’a plus d’or !

Que ces sottises puissent encore s’étaler 10 ans après la fameuse crise cyclique, c’est à désespérer du bon sens de nos compatriotes.


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