QUELLE “fin” du travail ?

Mise en ligne : octobre 2005

« C’est une société de travailleurs que l’on va délivrer des chaînes du travail, cette société ne sait plus rien des activités hautes et enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner cette liberté. »

Hannah Arendt

À l’automne 1996, le grand succès de librairie remporté par “L’horreur économique” [1] de Viviane Forrester, puis la parution de la traduction en français [2], préfacée par Michel Rocard, du livre de l’américain Jeremy Rifkin, “The End of Work” [3], ont fait prendre conscience au grand public des dégâts sociaux causés par “la fin du travail”. Si le premier de ces ouvrages n’est finalement que le constat désespéré de l’extension de « la misère dans l’abondance », déjà dénoncée par Jacques Duboin [4] dès 1935, et ne propose aucun remède pour en sortir, le second va plus loin en esquissant les grandes lignes de la société “post-salariale”, mais il reste flou sur son financement. Il n’en demeure pas moins que, malgré leurs lacunes, ces deux livres ont eu le mérite de porter sur la place publique le débat sur la fin du travail, réservé jusqu’alors aux seuls sociologues.

Évoquer simplement cette perspective d’une fin du travail semble pour beaucoup un péché capital. Se rejoignent dans cette défense de la “valeur-travail”, d’une part, les néo-libéraux et le patronat le plus réactionnaire, et d’autre part de nombreux syndicalistes, sociologues, économistes ou hommes politiques de gauche, mais prisonniers de schémas d’une époque à jamais révolue.

Les premiers frémissent d’horreur à la seule pensée d’une possible réduction du temps de travail, même accompagnée d’une baisse proportionnelle des salaires.

Parmi les seconds, beaucoup, victimes de la confusion, plus ou moins volontairement entretenue entre “travail” et “activité”, craignent de voir l’assistanat remplacer le salariat.

Pour les uns et les autres, mais pour des motifs différents, le partage du travail apparaît comme une mesure malthusienne à rejeter sans appel.

Or, dans le bazar de mesures hétéroclites proposées, figurent des concepts que l’on pourrait croire tirés des propositions de Jacques Duboin, par exemple, celui d’allocation universelle...

Il nous a donc paru utile d’éclairer ce débat de société sur “la fin du travail” à la lumière des thèses de l’économie distributive.

Pour cela :
• nous faisons tout d’abord le constat, chiffres à l’appui : les problèmes de production sont résolus par les progrès des sciences et des techniques, mais dans le système économique actuel, celui du marché capitaliste, cela aboutit à une précarisation de plus en plus grande de la majeure partie de la population ;
• nous analysons ensuite la “valeur” attribuée au travail pendant l’ère industrielle afin de la démythifieret de préciser les différences entre activité et travail salarie ? ;
• nous démontons les tentatives de récupération, pour leur plus grand profit, que tentent de faire le patronat et la droite en profitant de la confusion entre travail et activité ;
• nous expliquons pourquoi les propositions des partis de gauche, pour indispensables qu’elles soient, ne sont que des rustinesqui se décolleront vite à l’épreuve de l’accélération du progrès ;
• nous montrons en fin comment nos propositions, celles de l’économie distributive avec l’instauration de “contrats civiques”, permettent de remettre l’économie au service de l’homme et non plus du capital.


[1VivianeForrester, L’horreur économique, éd. Fayard, 1996.

[2Jeremy Rifkin, La fin du travail, éd. La Découverte, 1996.

[3Nous rappelons, pour nous fait plaisir, que nous en avions parlé dès juin 1995, dans la GR945.

[4Jacques Duboin, Kou l’ahuri, ou la misère dansl’abondance, éd. Fustier, 1935.


Brèves

12 avril - Les Affranchis de l’an 2000

Fichiers ePub et PDF du livre Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise DUBOIN.