Réflexion sur la surpopulation

par  R. CARPENTIER
Publication : mai 1982
Mise en ligne : 27 janvier 2009

LE 23 juin 1980 sur FR3, aux informations de 22 h 30, on a eu droit
à un peu de morale sur la dénatalité en France.
La journaliste de service de s’écrier « mais que sera alors
le rôle de la France dans un monde qui sera peuplé de 11
milliards d’habitants en 2050 ? » et, sous-entendant la contraception.
« à ce rythme là les Français de 53 millions
ne seront plus que 35 millions » et allez-y du serrement de coeur...
Or si un jour - en 2050 comme le référencie la journaliste
- on se retrouve 35 millions, du moins peut-on penser qu’on aura tous
la satisfaction de nos besoins et que le régime capitaliste aura
disparu ; que la population sera de qualité et l’esprit français
recouvré n’en rayonnera que mieux...
Car enfin, si l’on se situe en régime capitaliste, le problème
de la surpopulation est simplement un rapport de classe sociale ; la
classe des profiteurs, des possédants, et celle des déshérités.
Il est normal dans ce régime que les privilegiés aient
intérêt à ce que les démunis soient le plus
nombreux possible, car la main-d’oeuvre est alors bon marché,
et les armées multiples. Tout va alors dans le sens de la misère
du plus grand nombre au profit d’une minorité de possédants.
D’ailleurs tous les natalistes, à l’esprit bâté
par ignorance ou par intérêt, sont toujours du côté
des plus forts, y compris toutes les religions qui ont toujours contribué
à pousser les peuples à la reproduction. Ce sont les peuples
les plus démunis, les plus fanatisés par les religions
et la croyance que le régime marchand et !’Etat sont indispensables,
qui croissent et multiplient à outrance. La surpopulation est
un baromètre marquant la misère dans les pays sous-développés
et arriérés. Elle n’existe d’ailleurs que dans les classes
pauvres ; c’est une résultante du régime marchand d’inégalité
économique et sociale. Dans notre pays industrialisé quelle
gloire y a-t-il de se compter 53 millions (estimation en 1982 plus de
54 millions) quand, sur ce nombre, il y a environ 20% qui sont vraiment
pauvres - malgré l’abondance des produits de consommation ? 20
 % cela fait près de 11 millions !!
La société marchande est satisfaite du grouillement populaire,
pour écouler ses produits de mauvaise qualité qui empoisonnent
la santé des consommateurs (qui ont encore un pouvoir d’achat).
La pollution de la nature est une conséquence de la surpopulation
découlant d’une âpreté au profit, et déployant
une publicité écoeurante pour forcer la vente - malgré
la difficulté d’acheter.
Tous les miséreux du monde, pour se libérer de l’exploitation
de l’homme par l’homme et des inégalités économiques,
devraient comprendre qu’ils ont intérêt à se limiter...
mais une génération consciente ne peut être le fait
que d’une société déjà libérée.
D’autre part, si l’on se situe en régime d’Economie Distributive
- c’est-à-dire si le régime capitaliste a disparu, les
hommes n’étant plus des profiteurs et ayant leur entière
raison - à quoi servirait alors de pulluler inconsidérément
dans l’abondance ? Pour la simple raison morale de ne pas être
taxé d’égoïste ? Mais où serait alors la supériorité
de l’intelligence de l’homme sur l’animal ? En suivant l’idée
de procréer sans limite, il arriverait un moment où les
hommes bientôt trop nombreux sur la terre n’arriveraient plus
à maintenir l’abondance des produits et ce serait alors la rareté
recouvrée et la faillite pure et simple du régime d’égalité
économique.
Si nous sommes des hommes raisonnables, capables de penser et de prévoir
l’avenir de nos enfants, ne vaut-il pas mieux se limiter consciemment,
plutôt que de croître et multiplier sans contrôle
jusqu’à saturation sur la terre bornée ? Devant l’attrait
sexuel infini - puisque l’individu l’assimile à un plaisir -
la procréation n’aurait plus de borne, si la raison ne donnait
l’éveil de la limitation, parmi les gens sensés. Je me
demande d’ailleurs l’intérêt qu’il peut y avoir à
partager les fruits de la production - même en abondance - entre
11 milliards d’hommes plutôt qu’entre 4 milliards... qui seraient
plus a l’aise dans.. un paradis terrestre !
Qu’on ne vienne pas conter que, nous retrouvant 35 millions chez nous,
le voisin nous écraserait parce que peut-être supérieur
en nombre. Voire !- Si nous sommes en régime Distributif le voisin,
las de sa misère et sensible à la propagande diffusée
par la voie ’ des ondes, ne tarderait pas à nous copier dans
un élan de solidarité -, ce qui démentirait la
mentalité de survivance bourgeoise de nationalisme stupide et
désuet !
En fait, la surpopulation est néfaste en régime capitaliste
pour les travailleurs et les consommateurs, et inutile en société
Distributive. Il est toujours déraisonnable de pulluler, ce qui
donnerait pour conséquence un gaspillage des matières
premières que nous reprochons aujourd’hui à la société
de consommation.
En conclusion, que ce soit en régime capitaliste ou distributif,
la démographie galopante est dangereuse à la Vie matérielle
et spirituelle de l’humanité. Soyons digne de l’Etre pensant
qui prévoit sa survie dans le temps en s’assurant la Fraternité
par la qualité de l’Espèce dans le Paradis Terreste enfin
acquis !