Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : juillet 1985
Mise en ligne : 13 mars 2009

L’industrie des armements, c’est bien connu, est un
bon moyen pour faire tourner les économies défaillantes.
Les Etats-Unis ne s’en privent pas. Mais non contents d’avoir vu le
budget militaire américain plus que doubler en sept ans, les
fabricants d’armements abusent largement de la situation. Le mois dernier
la marine a annoncé qu’elle avais mis fin à des contrats
en cours, pour prés de 1 milliard de dollars, avec la société
General Dynamics, accusée par le secrétaire à la
marine de pratiques commerciales anormales et cyniques. Mais ce n’est
là que la partie visible de l’iceberg : les vicissitudes de General
Dynamics sont devenues le révélateur d’abus et de corruption
beaucoup plus larges dans les cercles liés aux industries de
la défense. C’est ainsi qu’outre General Dynamics, sept des plus
grands industriels de la défense, ICS, Sperry, Newport News Shipbuilding,
Bell Helicopter, Mc Donnell Douglas, Rockwell Internatinal et Boeing,
ont reçu la visite de contrôleurs du département
de la défense et du service général de la comptabilité
de l’Etat. Les enquêteurs ont ainsi découvert que l’administration
de la marine avait payé des notes de plusieurs milliers de dollars
pour l’entretien du chien de l’un des présidents de General Dynamics,
qu’une firme avait trouvé normal d’envoyer une note de 12.333
dollars pour le financement de places aux matches sportifs du Forum
de Los Angeles, sous prétexte que cela soutient le moral des
travailleurs, qu’une autre avait présenté une addition
de 10.173 dollars pour couvrir le déficit de son coiffeur maison...
Bref, tout est prétexte pour essayer de faire rentrer des dollars.
Côté corruption, c’est aussi gratiné : M.S.D. Lewis,
président de General Dynamics, ne sait plus comment expliquer
pourquoi sa firme achète des bijoux pour les offrir à
la femme de l’amiral H.G. Rickover ni pourquoi une de ses filiales a
négocié l’embauche du sous-secrétaire d’Etat à
la marine alors qu’il était encore et devait rester pendant plusieurs
mois en position d’approuver différents contrats de la marine
avec cette société. Ce type de pratique est tellement
répandu que ce sont maintenant 45 parmi les 100 plus grands fournisseurs
d’armements des Etats-Unis qui se trouvent sous le coup d’investigations
criminelles. A la fin du mois de Mars, l’armée de l’air annonçait
la suspension des contrats de General Electric à la suite d’une
fraude de 800.000 dollars sur la construction de têtes nucléaires
et réclamait par ailleurs le remboursement de 168 millions de
dollars pour des paiements qu’elle considérait comme injustifiés
sur la construction de moteurs d’avions. Au mois d’Avril, le Pentagone
a décidé de geler les paiements à General Dynamics
en attendant d’avoir récupéré 154 millions de dollars
qu’il estime avoir indument payés sur une série de contrats.
En fait, toutes ces pratiques ne sont pas très nouvelles : il
y a plus de quatorze ans que General Dynamics est accusée de
surcharger les coûts de ses travaux et il est bien rare qu’un
grand contractant n’ait pas au moins un contentieux en cours avec l’administration.
Mais ce qu’il y a de nouveau, c’est qu’il y a cinq fois plus de cas
depuis 1980, c’est-à-dire depuis l’élection de Reagan.

***

Ce n’est certes pas nous qui protesterons contre l’attribution
de revenus garantis à tous les citoyens, mais encore faut-il
qu’ils soient équitablement répartis, ce qui est loin
d’être le cas aujourd’hui chez les agriculteurs. Ce qui, par contre,
est inadmissible c’est que l’on dépense des sommes énormes
pour empêcher de produire des biens ou des services alors que
des millions d’hommes meurent de faim. Mais ces hommes ont le grand
défaut, pour notre système économique, de ne pas
être « solvables ». Ils n’existent donc pas ! il devient
par conséquent de plus en plus urgent de mettre en place un nouvel
ordre international. C’est ce que, timidement, propose la France. Dans
un article intitulé « Liberté, liberté chérie
 » (« Le Monde » du 30 Mai 1985), Louis Mermaz, Président
de l’Assemblée nationale, écrivait : « Si la France,
d’une manière générale, a décidé
d’augmenter son aide aux pays en voie de développement, c’est
bien pour répondre à une exigence fondamentale de la conscience
humaine quand des millions et des millions d’hommes sont en dessous
du seuil de survie. Dans quelles circonstances pourrait-on invoquer
plus légitimement la défense des droits de l’homme ?...
Mais peut-on accepter dans le même temps les conditions économiques
et financières qui sont faites aux pays les plus faibles par
des Etats plus puissants ? Est-ce servir les droits de l’homme que d’accepter
le désordre monétaire, d’imposer la suprématie
absolue de sa monnaie, de laisser le tiers-monde s’installer dans un
endettement toujours plus lourd ? A-t-on le droit alors d’appeler à
la naissance d’un nouvel ordre international au service de l’homme ?... »
Bien sûr, ce nouvel ordre international nous l’appelons de tous
nos voeux, mais nous nous permettons de rappeler à M. Mermaz
que nous demandons depuis longtemps, sans succès apparent, que
son parti et le gouvernement mettent enfin en place une commission d’étude
de ce nouvel ordre international. Un certain nombre de nos camarades
ont des propositions très élaborées à y
faire.