Les premières réponses

par  M.-L. DUBOIN
Publication : avril 1985
Mise en ligne : 6 mars 2009

L’appel des distributistes désirant s’unir
pour agir, et que j’ai transmis ici le mois dernier, avait reçu,
en moins de deux semaines, une bonne dizaine de réponses. La
première est venue de Grand-Couronne et disait « présent,
Oui pour l’A.E.D., ce numéro de La Grande Relève soulève
l’enthousiasme et beaucoup d’espoir ». Une autre disait : « 
Bravo, je suis prêt à former une section à Clichy
 » dans la banlieue parisienne. De Saint Nazaire « D’accord
pour ne former qu’un seul mouvement. Ayant 70 ans, étant souffrant
et moins alerte, je ferai de mon mieux pour une grande union ».
Du Tarn « j’adhère, car individuellement, on se décourage
 ». De Tourcoing : « Je suivrai avec sympathie une action
A.E.D. dans ma région ». De Tours « d’accord pour
aider au développement d’une section A.E.D. ». De Paris
« je souscris... mais je ne me charge de rien d’autre que de centraliser
les coups de téléphone et indiquer les rendez-vous ».
Du Var « Je suis prêt à aider une section, j’ai du
temps libre, je peux faire des réunions chez moi ».
La plus encourageante, peut-être, de ces premières réponses,
nous est venue de Belgique : c’est celle d’Albert Chantraine qui écrit
« Très bonne nouvelle, celle de former une seule association,
l’A.E.D... Tout le monde ici, à Liège, s’en réjouit.
Nous avons beaucoup de nouveaux contacts, l’information se répand
maintenant plus rapidement. »
A côté de ces accords enthousiastes, sont arrivés
d’autres accords de principe, mais qui montrent très exactement
où sont, où ont toujours été et où
seront encore pour longtemps les difficultés qu’on rencontre
quand on veut faire évoluer les mentalités dans le sens
d’une révolution qui, bien qu’elle s’appuie sur les faits, est
sans aucun doute, comme l’écrit une distributiste de La-Seine-St
Denis « la plus grande révolution que le monde ait jamais
connue ».
Outre les difficultés qui viennent de nos interlocuteurs quand
ils ont « les yeux fermés », il y a celles qui viennent
de ce que, les distributistes ayant en général beaucoup
de personnalité, chacun d’eux a, surtout parmi ceux qui militent
depuis longtemps, projeté, en quelque sorte, sa propre personnalité
sur les thèses qu’il défend. J’en avais déjà
été frappée, il y a très longtemps, lors
d’une conférence que faisait mon père : dans la salle,
il y avait un militant, probablement convaincu, mais qui n’a cessé
de crier « et le sport ? ». « Que devient le sport
en économie distributive ! ». Je sais bien que chacun voit
midi à sa porte. Mais je suis bien consciente d’une difficulté
qu’a toujours rencontrée l’union des distributistes : d’abord
savoir aller à l’essentiel. Or, parmi les distributistes, il
y en a un très grand nombre qui veulent présenter de l’économie
distributive un modèle achevé, tout pensé, tout
arrêté à leurs propres aspirations, (je pense, par
exemple, à tous ceux qui mettent comme condition de leur adhésion
l’assurance que nous prônions une hiérarchie des salaires),
plus un programme parfaitement fixé des conditions de transition,
ayant au préalable tout prévu. A mon avis, nous n’en sommes
pas là. Et je crois que nous devrions avoir la sagesse de nous
assigner pour première tâche celle de faire comprendre
deux choses et deux seulement : 1° que la notion de salaire, c’est
à dire de revenus mesurés par la durée du travail,
est une notion dépassée qu’il faut abandonner et 2°
que la notion de profit ou de rentabilité des affaires, va aujourd’hui,
à l’encontre de l’intérêt de la majorité
des êtres humains, qu’elle les méprise, qu’elle entraîne
un insupportable gâchis et qu’elle exalte une course folle aux
armements. C’est le devoir de tout « humaniste » de dénoncer
cette responsabilité de l’économie basée sur le
profit et de vouloir en changer.
Ce n’est qu’après avoir fait passer ces deux vérités
fondamentales de notre époque que le terrain est prêt pour
nos propositions constructives, et que l’économie distributive
peut être présentée en tant qu’aboutissement logique
de l’analyse de la crise actuelle. Mais si on a bien fait comprende
que le salaire ne peut plus jouer son rôle de distributeur des
revenus et que l’économie de marché basée sur le
profit, a cessé d’être le régulateur des activités
en vue des besoins des hommes, alors l’idée d’économie
distributive doit venir d’elle-même. Et c’est quand une majorité
de nos semblables aura compris ces deux nécessités de
changement (qui nous sont imposées par les techniques élaborées
au cours des siècles), qu’elle nous aidera à élaborer
une nouvelle société et que nos propositions cesseront
de lui apparaitre utopiques. Mais nos contemporains ne sont en général
pas conscients de ce qui arrive, et c’est cette conscience qu’il faut
d’abord éveiller.