Médor sauve le pays !

par  H. de JOYEUSE
Publication : avril 1985
Mise en ligne : 6 mars 2009

Le système capitaliste que l’on a confié,
en 1981, aux guérisseurs socialo-communistes est entre bonnes
mains. Ils ne lui font pas le moindre mal. Hélas, la guérison
tarde. L’inflation continue à influer, le chômage à
augmenter, la popularité présidentielle à baisser,
Caroline de Monaco va se renverser dans les sables algériens.
Tout le monde cherche la solution, personne ne trouve.
Hilarius a trouvé :... le toutou !
En France le toutou est tabou. Personne n’y touche. Voyons.
Sur « Antenne 2 » une édifiante émission. Enthousiasmé
qu’il a été Hilarius !
Plus de neuf millions de chiens en France, sans parler des chats, hors
sujet. Cette présence entraîne l activité professionnelle
de centaines de milliers de mâles et femelles humains qui, sans
nos chers compagnons à quatre pattes, augmenteraient la masse
morne des locdus de l’A.N.P.E. A l’inverse, les producteurs de l’émission
canine font défiler la brillante cohorte des travailleurs du
chien vétérinaires radieux, toilettistes d’élites,
manucures maniérés, agents d’assurance pour chiens et
les contrôleurs de ces dits agents, éleveurs, sélectionneurs,
marchands, gardiens, toutou-sitters, chauffeurs de taxis spécialisés
dans le transport canins, soignants et soignantes du SAMU-CHIEN et,
couronnement de la corporation, sommet intellectuel, les psychologues
pour klebs. Car eux aussi sont traumatisés par la vie moderne.
Tous ces professionnels patentés se déclarent enchantés
de leurs honoraires ou pourboires et paient leurs impôts sans
hésitations ni murmures.
Un traître, cependant... un toilettiste qui se prétend
écoeuré et déclare que ses clientes sont des « 
fêlées » et qu’il renonce au métier. (Le congre
 !).
Le présentateur énonce que la moyenne de dépense
mensuelles est de 600 F. Une dame proteste et expose qu’elle consacre
1 500 F par mois pour chéri. Plusieurs pipistrelles énumèrent
les menus : foie, poulet rot !, saumon, foie gras, caviar, etc. Moins
explicite, plus laconiquement une charmante dit : « ce qu’il y
a de meilleur ». Une cintrée du plafond raconte qu’à
l’occasion de l’anniversaire de sa chienne elle invite tous les klébards
du quartier. Chaque aboyeur doit bouffer son gâteau individuel,
spécialement préparé par un pâtissier de
renom. Une grande amoureuse, style Yseult, présente son chien-lipette
et, excitée, conte ses relations sexuelles avec lui (Amour, amour
quand tu nous chien).
La para-industrie maintenant : boîtes de conserves, bonbons pour
chiens et chats, laisses, muselières (en baisse), paniers, litières,
couvertures, imperméables, bottes, cuissardes, chapeaux, pompons,
os synthétiques, jouets, ballons, etc. Autant d’objets dont la
production entraîne le bonheur du salariat et du patronat idoines.
Retombées indirectes : pub à la télé de
tout ou partie de ces produits, les plus mesquins se rabattent sur la
presse parlée ou écrite. Les boîtes de Ronron ou
de Canigou contiennent des rognures de basse bidoche dont les vieillards
sont heureux de se goberger à petits prix, de même que
les restaurants chinois qui en font des boulettes pour l’intelligenzia
parigote qui s’en pourlèche les babouines. (Hilarius a aperçu,
au Supermarché, la camionnette d’un chinois bourrée de
« Loyal »... un éleveur, probablement, honni soit
qui mal y mange).
Les astrologues pour canidés, pour chats, dans « France-soir
 » ou « Ici- Paris » ou ailleurs, ça se paye
à la pige et ça fait monter les ventes (d’où la
papeterie, l’imprimerie, les encres, les kiosques, en meilleure santé,
les actions en Bourse d’Arjomarix et Hachette). Ajouter la presse caninophile,
une dizaine de magazines, dont le dernier est né avant l’an neuf
1985.
En 1984, 8.475 personnes mordues par nos petits amis. Bravo ! 8,475
visites de plus chez les médicastres (dont 20.000 sont sans clientèle)
autant de soins d’infirmières, de pansements, de pîqures
anti-rage ou anti-quelque chose, autant de récupéré
pour Pasteur. Des dossiers en supplément pour la Sécu
dont le rôle est de rembourser. Les chiens préfèrent
les fesses des proposés des Postes. Excellent. On embauche du
personnel temporaire. Bon an, mal an, 3 ou 4 gosses sont égorgés
par les molosses. Frais de funérailles au bénéfice
des Pompes funèbres dont le désintéressement fait
plaisir à voir.
Si vous avez une vache, cette saloperie va produire du lait. Du lait,
dont le débit français est supérieur à celui
de l’Amazone et du Brahmapoutre réunis. Qu’en feriez-vous ? Du
beurre.
Du beurre, dont la montagne de stocks culmine avec les sommets de l’Elbrouz
et de l’Aconcagua.
Si vous avez un cochon, vous aurez du béton et du jambon. Uniquement
bon à vous faire mal voir des importateurs de ces produits du
Danemark et de Hollande. Vous voulez foutre l’Europe verdâtre
en l’air ?
Le chien est l’animal sauveur. Les Français le savent. C’est
pourquoi ils cultivent le culte du chien sacré, laissant aux
sri-lankais et autres indouistes de s’adonner à l’idolâtrie
de -la vache sacrée de façon si stupide.
Le chien pousse le génie à ne rien produire... sauf 4.000
tonnes de merde par jour, mais dont pas une crotte n’est commercialisable
 ! On utilise le lisier de porc pour l’engrais et le terreau, mais bernique
du canin. Au contraire les Municipalités dépensent des
sommes folles pour leur ramassage et élimination ! L’idéal,
dans notre bien aimé système capitaliste est de consommer,
(ce que font les cabots) de payer (ce que font leurs maîtres-
serviteurs) de ne rien produire que l’on aurait à tenter de vendre.
Condition également remplie.
Le sloughi sauvera la France, comme aurait dû dire Poincaré !
Mais 9 millions de caniches, c’est miteux. Ce qu’il faut c’est le décuple,
le centuple. Supposons une magnifique population de 400 millions de
quadrupèdes !
Hilarius, entend déjà le Président Tonton, à
la tribune des Nations Unies, à New-York, martelant ses phrases
« Je m’adresse au monde entier. Je parle au nom d’un pays de 450
millions d’être vivants »... et les américains, japonais,
soviétiques, indiens, minoritaires, de plonger du nez...