Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : juillet 1980
Mise en ligne : 7 octobre 2008

L’O.C.D.E. retarde d’une cinquantaine d’années : une conférence
qu’elle a organisée les 16 et 17 avril 1980 a ratifié
le principe élémentaire du « droit au travail »
pour tous, hommes et femmes.
Dès 1934, Jacques Duboin avait changé le « Droit
au travail » qu’il avait créé en « Droit au
revenu garanti » ou économie distributive.

*

Exode cubain. - 10 000, 50 000 indésirables ou indésirés
ont pris le large et leurs distances avec un régime dit « 
d’oppression », ce qui est peu au regard des quelques 8 millions
de Cubains continuant à vaquer à leurs occupations. Dans
les pays de « liberté » le taux des mécontents
atteint de tout autres proportions. Après la révolution
castriste, les opprimés comptaient principalement parmi les milliardaires
américains privés de leurs somptueux palaces, de leurs
plages privées, les prostituées, de luxe, les chauffeurs
de taxis, la maffia des jeux, les commerçants et les ex-grands
propriétaires des plantations.
Si, en raison du blocus économique de la part des Américains
et des accidents survenus aux récoltes, du départ d’un
certain nombre de cadres et d’une insuffisante qualification de la main-d’oeuvre,
le décollage de l’économie cubaine accuse aujourd’hui
un certain retard, du moins les Cubains sont-ils libres, aujourd’hui,
de nourrir leurs familles, de se soigner, de s’instruire et de se loger.
Et ils votent.
A tout prendre, il semble que les Cubains soient plus libres que les
clandestins mexicains travaillant à Los Angelès, jouant
à cache-cache avec les autorités. Dénuée
de scrupule, la libre entreprise profite de la situation pour exercer
un chantage sur leurs salaires. Pour ces gens le mot liberté
ne saurait guère avoir de sens.
Ce mini-exode cubain aura servi de support à un délire
de propagande anti-castriste. Qui prétendrait que les libertés
étaient mieux garanties à l’époque du régime
pourri et dictatorial de Baptista ? Nombre de réfugiés
s’imaginent-ils que l’accueil qu’ils reçoivent dans les camps
de transit du Costa-Rica, perdurera lorsqu’ils devront s’intégrer
à la dure réalité du libéralisme yankee,
l’un des plus cruel, des plus déshumanisés des régimes
 ?
Des milliers de Haïtiens débarquent, chaque année,
en Floride, fuyant la dictature qui règne dans leur pays. Mais,
ici, pas de tamtam pour ameuter l’opinion mondiale. Haïti n’a pas
le régime de Cuba.

(Tiré du Bloc-Note de H. Muller)

*

Parlant de la militarisation à outrance qui se développe
partout dans le monde, capitaliste et socialiste, J. Madaule conclut
son article : « Le pouvoir au bout du fusil » ( Le Monde
 » du 20-5-1980) :

« Si nous ne voulons pas que l’humanité connaisse, un
jour prochain, le plus grand désastre de son histoire, il faut
lutter avec lucidité pour le désarmement. Cela veut dire
sans illusion sur les énormes difficultés économiques
et politiques qu’il faudra vaincre pour aboutir, car le militarisme
technocratique d’aujourd’hui est lié à toute la technostructure
de nos sociétés « avancées ».
Si l’on veut aboutir, il faut se mettre de la cire dans les oreilles
pour ne pas entendre le chant des sirènes qui voudraient nous
faire croire que la course aux armements, ce sont ceux d’en face qui
la relancent quand elle tend à ralentir. Il n’y a pas d’innocents
dans cette affaire.
C’est une révolution qu’il faut partout entreprendre, mais une
révolution tout autre que celle dont on nous parle depuis plus
d’un siècle. »

*

Comment on freine le progrès : Aux Etats-Unis la mécanisation
de l’agriculture ; se poursuit à un rythme soutenu. En Californie,
depuis le début des années 60, on utilise des machines
à récolter les tomates. Dans de nombreuses universités
on poursuit des recherches où l’on développe des prototypes
de machines destinées à ramasser les laitues, à
cueillir les raisins, les melons, à secouer les citronniers,
etc...
Cela se traduit évidemment par d’importantes pertes d’emplois
dans l’agriculture : de 1964 à 1972 le nombre des travailleurs
de la tomate est passé de 50 000 à 18 000 ! Ce qui a conduit
le Secrétaire fédéral à l’agriculture à
déclarer qu’il fallait que le gouvernement supprime les crédits
destinés à des recherches qui pourraient priver d’emploi
les ouvriers agricoles.
C’est une position qui a au moins le mérite d’être très
claire. D’autres, plus hypocrites, nais recherchant le même but,
disent que mécaniser l’agriculture, « c’est renoncer à
une certaine façon de vivre ». Le dos courbé sans
doute ?

*

Quelques chiffres d’actualité :
France : aggravation, du chômage au mois d’avril : 1,7 % de plus
qu’en mars, soit 6,6 % de plus en un an. Pendant ce même intervalle
de temps la productivité de l’industrie a augmenté de
6 %, les sociétés produisant plus, avec moins de personnel,
et un temps de travail plutôt écourté. Ce qui n’a
pas empêché les prix industriels d’augmenter. On accuse
bien sûr la hausse du coût des matières premières
mais pendant ce temps les milieux boursiers déplorent le baisse
du prix de l’argent métal, le repli des cours de l’étain
et l’effondrement du plomb qui se trouve à son niveau le plus
bas depuis vingt mois...