Mandat d’amener,

par  H. de JOYEUSE
Publication : mars 1981
Mise en ligne : 21 octobre 2008

IL y a lieu de faire rechercher, saisir et appréhender en tous
points et en tous lieux, un individu dangereux, pyromane incurable,
tenant des propos incendiaires, menaçant notre sécurité,
se disant Président de République centre-américaine.
Identité : Daniel Oduber-Quiros, pas d’alias connus. Cet individu
est parvenu, en juin, à fracturer la porte des WC du siège
de l’Unesco, place Fontenoy à Paris et de là, à
gagner la tribune d’où il s’est approprié le micro. Il
s’est adressé aux honorables et inoffensifs représentants
de diverses nationalités, appartenant au monde des Lettres, des
arts, de la science, de la philosophie, de l’économie qui participaient
à une « Table ronde » sur le thème « 
Quel monde laisserons-nous à nos enfants ? ». Il a, volontairement,
troublé le ronron apaisant des somnolences. Ses propos démentiels,
proférés en espagnol, ont été passés
en traduction simultanée par des interprètes internationaux,
ignorant la qualité d’intrus du sus-nommé. L’effet a été
déplorable. Certains auditeurs, abusés, se sont laissés
aller à applaudir. Ils ont dû, par la suite être
repris en mains et rassurés (sur le plan financier) par MM. Bloch-Dassault,
Boeing Westinghouse, ManuRhin, Kachelnikov, etc., appelés d’urgence
à leur chevet.
La démence de Daniel David Oduber-Quiros consiste à dire
que son pays, le Costa-Rica*, a décidé depuis 20 ans de
supprimer l’Armée nationale. Celle-ci a été interdite
par la Constitution. De ce fait il n’y a pas de militaires, ni de dépenses
d’armement. Le Nicaragua, au nord, et le Panama au sud, qui disposent
d’armées coûteuses, n’ont pas exécuté une
seule initiative belliqueuse. A l’ouest, le Pacifique, à l’est,
l’Atlantique n’ont pas submergé le pays sous des raz-de- marée
désapprobateurs.
Oduber a osé avancer que les sommes consacrées durant
ces 20 années aux armements, par les pays voisins, dont la situation
économique est semblable à celle du Costa-Rica, ont retardé
leur développement économique, social, éducatif
et culturel. A l’opposé, son pays a accompli des progrès,
mené ses programmes rapidement à terme. Il y a désormais
au Costa-Rica assez d’écoles primaires pour toute la population
(365 957 enfants scolarisés). Avec le prix d’un avion de guerre
type déjà ancien (on n’en achète pas de modernes
dans la région) il peut financer 8 établissements d’enseignement
secondaire (116 037 jeunes dans le secondaire et technique, 38 629 dans
le supérieur**). Le revenu réel par tête de Costaricain
a doublé.
L’aberration mentale du Président serait survenue alors qu’il
visitait un hôpital pour enfants. Il y aurait vu un garnement
agricole, aux cheveux ayant deux teintes une bande décolorée,
marquant la phase où il était « nourri » (sic)
par ses parents et une partie noire, correspondant à celle où
il avait été nourri à l’hôpital.
Le pyromane, mettant à profit le trouble jeté dans les
esprits et protégé par un écran fumigène
provenant de la combustion des havanes cubains (complices) a réussi
à prendre la fuite dans une voiture officielle immatriculée
en vert « CD - CR ».
Sans attendre son arrestation, des mesures rétablissant l’ordre
ont été prises. A San José, capitale du Costa-Rica,
la Constitution de 1871 a été rétablie. La présidence
a été retirée à Oduber et confiée
à Rodrigo Carazo-Odio, élu le 5 février 1978, qui
contrairement à son nom n’est pas idiot, et « fait »
dans l’odieux visuel. L’Armée a été rétablie,
avec pour commencer 5 000 hommes. Les représentants en fournitures
d’armement peuvent, enfin, librement pénétrer dans le
petit Etat. Des aménagements en matières d’impôts
ou taxes sont à envisager en compensation du manque à
gagner de la période 19581978. Le nouveau régime sandiniste,
maître du Nicaragua laisse peu d’espoir de voir la région
nord s’animer d’un conflit. Par contre, au sud, le Panama (Armée
11 000 hommes) privé des Royalties du canal, en plein désenchantement
économique, pourrait trouver quelques justes motifs d’intervention.
Détail encourageant : le Panama avait recueilli le Chah pendant
quelques mois.
En cas d’arrestation d’Oduber, inutile d’alerter un magistrat de l’ordre
judiciaire, le passer sur le champ, aux pertes et profits.

* « L’Heure d’être ». 21570 Autricourt-
Brion. Informations UNESCO.
** « Le Journal de l’année 1980 » (Larousse édit.).