Retraités en question ?

par  H. MULLER
Publication : mars 1981
Mise en ligne : 21 octobre 2008

USÉS par l’effort, un million de salariés quémandent
un repos qu’ils ont mérité tandis que se multiplient les
cas sociaux pris en charge par un Budget qui n’en peut mais. Cependant,
Patronat et Gouvernement, relayés par les médias, respectueux
des équilibres financiers, disent et répètent qu’il
n’est pas possible de satisfaire de telles revendications qualifiées
de déraisonnables.
La question n’est pas de savoir si l’équilibre économique,
si la monnaie résisteraient à cette charge nouvelle. Une
semblable préoccupation ne recouvre jamais que des abstractions
financières faites de jongleries monétaires. Il s’agit
très simplement d’évaluer si trop d’emplois ne sont pas
gaspillés à des fins dénuées d’utilité
et, surtout, si le volume des approvisionnements susceptibles d’être
assurés par un nombre plus restreint de travailleurs peut se
maintenir à un niveau suffisant pour alimenter, à un taux
décent, les besoins des retraités et préretraités.
Les techniciens ont déjà répondu par l’affirmative
à cette dernière interrogation. Quelque dix milliards
d’heures sont, chaque année, gaspillées sans qu’il en
résulte un iota d’accroissement du produit national utile : multiplication
des commerces et des marques concurrentes se disputant les mêmes
clientèles, industrie publicitaire, échanges pour le profit,
productions pour le revenu, pour l’emploi, prolifération des
démarcheurs, temps et activités consacrés à
faire circuler l’argent, sans parler de l’abrègement des durées
d’usage, de la fabrication et du commerce des armes, des opérations
de prestige, de la bureaucratie et autres gaspillages.
Ainsi le travail de moins de dix millions d’individus, assurant par
roulement le plein emploi des équipements, devrait suffire à
approvisionner les besoins de nos compatriotes à leur taux actuel.
A elle seule, notre agriculture n’est-elle pas en mesure de nourrir
cent millions de consommateurs ? tandis que d’autres capacités
de production ne sont guère utilisées qu’à 60 ou
70 % de leur optimum technique ?
On stocke un peu partout. On recherche des débouchés jusqu’en
Chine. Les paysans détruisent périodiquement de grandes
quantités de denrées et se lamentent d’une abondance qui
les ruine. Le potentiel de production utile devrait donc permettre d’approvisionner,
dans l’immédiat et sans gêne pour autrui, les quelque 500
000 candidats à une retraite anticipée et de servir une
ration entière au reste des retraités. On ne discerne
là aucune impossibilité matérielle ni technique.
C’est notre système à monnaie transférable qui
interdit aux retraités et aux chômeurs de consommer ce
que le pays est en mesure de produire.
Alors si ce qui apparaît techniquement et matériellement
possible, ne peut l’être du point de vue financier par la faute
d’une règle du jeu évidemment absurde, force est de conclure
que le temps est venu d’accomplir une révolution économique.