Productivité automobile

par  G. COMTE
Publication : mai 1986
Mise en ligne : 23 juin 2009

Dans son discours de rentrée au Tribunal de Commerce de Bastia, le Président Gérard Comte -a fait état de chiffres qui intéressent nos lecteurs :

Dans l’industrie, les robots arrivent, les constructeurs
nippons automatisent à marche forcée leurs chaines de
production. Près d’Hiroshima dans l’usine la plus moderne du
monde, chaque ouvrier produit avec des robots 158 voitures par an.
En Italie, FIAT a construit en un an l’usine la plus moderne d’Europe.
Dès à présent 1000 ouvriers produisent plus de
2600 moteurs par jour. Bientôt l’Italie n’aura plus rien à
envier aux Japonais dans le domaine de la rationalisation industrielle,
ses constructeurs automobiles ont compris qu’il fallait automatiser
au maximum ou disparaitre.
Nous pouvons dès ce jour affirmer par exemple que la Régie
Renault en France dans un très bref délai ne devra pas
réduire ses effectifs de 100.000 ouvriers à 80.000 ouvriers,
mais qu’elle devra les réduire de 80.000 ouvriers pour les ramener
à 20.000 ouvriers. N’oublions pas en effet que le déficit
de la Régie Renault en 1984 a été de 12,5 milliards
de francs ce qui représente pour 300 jours de fonctionnement
des usines dans l’année 42 millions de francs par jour soit à
l’heure 42/24 = 1.750.000 (175.000.000 de centimes), et à la
minute 1,75/60 = 29.166 francs, c’est-à-dire 2.916.600 centimes.
En 1985 on espère que le déficit sera réduit à
10 milliards de francs ; ce qui représente encore 2.333.280 centimes
de perte par minute.
Encore une comparaison, avec l’argent perdu par la Régie Renault
en 1984, on aurait pu construire à peu près 50 voies de
front de mer comme celle de Bastia, depuis le cimetière jusqu’au
rond point du nouveau port.
Une révolution technologique plus grande encore que ce que nous
soupçonnons avance à grands pas, les ordinateurs obéiront
demain aux ordres vocaux sans que l’opérateur ait à pianoter
sur un clavier. Albert DUCROCQ le cybernéticien bien connu du
monde scientifique et même à présent du public explique
que grâce aux phonèmes que nous articulons (les phonèmes
sont les sons élémentaires, il y en a 34 dans la langue
française) nous pourrons parler quasiment en clair aux machines,
beaucoup plus agréablement et surtout beaucoup plus efficacement
qu’avec des touches, la commande vocale autorisera de plus une sauvegarde
linguistique. Il suffira d’intercaler entre la machine et le bloc d’analyse
des sons « un module » qui permettra d’entendre n’importe
quelle langue.
Un des systèmes à commande vocale le « KATALAVOX
 » a reçu récemment le prix « grand siècle
 », il permet le réglage à la voix des microscopes
en micro-chirurgie, de même la commande à la voix de fauteuils
roulants pour handicapés.
La technique permet de même en écologie la sélection
des bactéries consommatrices d’hydrocarbures, puis leur élevage
et leur conservation par lyophilisation. Ces micro organismes engloutissent
les hydrocarbures des nappes de pétroles déversées
en mer après l’échouage d’un pétrolier, et ensuite
viennent nourrir le plancton qui sert de nourriture à toute une
population d’animaux marins. Nous. n’aurons plus ainsi besoin de ces
milliers d’ouvriers, de militaires, de pompiers pour dépoluer
les rivages atteints par le naphte avec des pelles et des seaux comme
nous les avons vu faire sur les écrans de télévision
lors des échouages de l’AMOCOCADIZ et du TORREY CANYON en Bretagne.
Pendant longtemps, les économistes et surtout les hommes politiques
ont répété que s’il était vrai que les hommes
étaient chassés de la production et de la transformation
par les machines, les services eux créeraient des emplois.
Que constatons-nous à présent ? Le secteur des télécommunications
a perdu régulièrement 2000 emplois par an depuis 10 ans.
L’informatique permet d’ores et déjà d’économiser
dans les bureau 50 % du temps de travail.
Dans les banques la suppression des guichetiers grâce ou à
cause de l’informatique se profile. Bientôt la carte de crédit
porteuse d’une puce (microprocesseur) constituera dans votre poche un
terminal bancaire volant.
Ne cherchons pas à faire de liste exhaustive de toutes les suppressions
d’emplois dans le tertiaire, nous n’en avons pas le temps et ce serait
ici fastidieux, mais sachons que des gains spectaculaires de productivité
peuvent être réalisés par l’élimination des
activités abusives, protégées, administratives
monopolitiques.