Cent ans après…

de Edward Bellamy
par  J. DUBOIN
Publication : 25 avril 1939
Mise en ligne : 12 mai 2008

Nos camarades Fustier viennent de rééditer l’œuvre de Bellamy : Looking Backward. Pourquoi l’intituler Cent ans après ? Le titre exact serait : Regards sur le passé. C’est en effet l’histoire d’un homme qui a dormi cent ans et qui se réveille dans une nouvelle civilisation. Il la trouve si belle qu’il frémit en jetant un regard sur le passé. Il frémit tellement qu’il a peur d’être le jouet d’une hallucination.

Le livre est donc une anticipation portant la date de 1888. Bellamy entrevoit la civilisation de l’abondance et la décrit à ses contemporains. Ceux-ci, comme de juste, et sauf un tout petit nombre, le traitent d’utopiste.

Et cependant ! Bellamy est loin de deviner les progrès qui devraient s’accompagner simplement au cours des cinquante années qui allaient suivre : il ne soupçonnait ni l’aviation, ni les ondes hertziennes, ni l’emploi prodigieux des forces extra-humaines, ni même les découvertes de l’agronome qui allaient permettre aux hommes de réaliser l’abondance, même dans le domaine alimentaire.

Ainsi, pour donner ce seul exemple, Bellamy stupéfie son lecteur de 1888 en lui faisant écouter de la musique lointaine ; mais celle-ci ne parvient aux oreilles de l’auditeur que par l’intermédiaire du téléphone. Nous avons aujourd’hui la T.S.F. et les disques. De sorte que non seulement nous captons la musique qui est faite sur n’importe quel point du globe, mais nous la conservons encore pour que les générations à venir puissent l’entendre aussi si cela leur plaît.

Néanmoins, la lecture de ce livre reste captivante, ne serait-ce que pour mesurer le chemin parcouru. De plus, Bellamy répond victorieusement aux objections qu’on lui faisait en 1888, et que nos camarades du D.A.T. connaissent bien, car ils les entendent encore en 1939.

Car les hommes n’ont pas plus compris en 1939 qu’en 1888. Ils n’ont pas compris qu’il était déjà beaucoup moins pénible, pour chaque individu, de réaliser le bonheur de tous, que d’assurer tout seul son petit bonheur particulier.

Mais aujourd’hui Bellamy tiendrait un autre langage. Comme nous, il dirait à ses contemporains : vous n’avez plus le choix ! En persistant dans votre régime social du temps de la disette, vous n’allez créer tous les jours qu’un peu plus de misère. Aujourd’hui plus qu’hier ; demain plus qu’aujourd’hui ; après-demain plus que demain…

Et ce qui vous guette, c’est la guerre ou la révolution. Peut-être même les deux à la fois.

Alors que l’abondance pour tous serait plus facile à réaliser que du temps de Bellamy !