Programme, demandez programme !

par  P. SIMON
Publication : décembre 1980
Mise en ligne : 8 octobre 2008

La lettre de notre camarade de Pagney a suscité l’enthousiasme (le nos lecteurs dont beaucoup se déclarent prêts à la forme d’action proposée.
L’analyse ci-dessous du programnne de M. Debré (tel qu’il ressort d’une interview accordée à des journalistes) avait été écrite avant qu’il soit entendu que de telles analyses seraient transformées en lettres. Si nos lecteurs, cependant, veulent envoyer cette lettre à M. Debré, il pourraient y ajouter quelques lignes sur notre propre programme. en s’aidant, par exemple, des résumés de nos thèses des pages 2 et 36.
On peut aussi. évidemment, suggérer que M. Debré daigne nous dire ce qu’il en pense...

REPONDANT aux questions que vous posaient deux journalistes du «  Monde », vous avez attaqué en flèche. « Tôt ou tard », dites-vous,« la nécessité du sursaut apparaîtra ». Nous n’avons jamais dit autre chose dans les colonnes de « La Grande Relève ». S’agit-il bien du même sursaut ?
Première raison de réagir, de « se rebeller », selon vos termes, Monsieur le Président, la dénatalité. On s’y attendait. Pourquoi diable les Français iraient-ils fabriquer de futurs petits chômeurs dont l’éducation, de plus en plus volontiers confiée au secteur privé, va leur coûter de plus en plus cher ? On ne peut pas s’offrir tous les luxes. Mais que faire pour promouvoir une véritable politique de la famille  ? Sur ce point, pas grand chose. Sans doute quelques allocations vite grignotées par la vie chère, alors qu’il faudrait de véritables raisons d’espérer en l’avenir.
Deuxième point traité, la puissance industrielle et agricole de la France qu’il faut à tout prix promouvoir. Mais quelle puissance  ? Celle qui vise à satisfaire des besoins raisonnables ou celle qui s’essouffle à rechercher des créneaux où l’on excelle encore pour quelque temps avant d’être détrôné par un concurrent dont la main-d’oeuvre est sous- payée ? A l’heure des grands transferts mondiaux où l’on assiste à une redistribution des productions orchestrée par les multinationales conçues pour ce projet, que reste-t-il à notre pays ? Les armements sans doute. Ce n’est guère rassurant.
Ancien Premier ministre, vous parlez ensuite d’« une grande politique de solidarité sociale ». Bien. Mais un peu plus loin vous évoquez les charges qui pèsent sur les entreprises et qui sont « !’expression d’une nécessaire solidarité sociale » pour dire : « il faut cesser de les augmenter pour lutter contre la concurrence extérieure ». Alors, où est le grand dessein ?
Quant à la cinquième semaine de congés payés, n’y comptez pas trop. Elle serait bienvenue « en période d’expansion économique ». Il n’en est donc pas question pour l’instant.
Dans le domaine de la monnaie, vous regrettez les occasions qu’on a laissé passer de lutter contre l’inflation et ses causes intérieures. Mais que fait donc M. Barre ? N’a-t-il pas constamment la main sur le robinet du crédit pour ralentir l’économie au prix d’un accroissement du chômage ? Que feriez-vous donc ? On tremble.
Le reste du discours est politique et franchement électoraliste. A la fin de l’interview on n’en sait guère plus qu’au début et le peu qu’on sait n’indique pas d’amorce d’une solution originale aux problèmes que nous traversons. Votre message économique, M. Debré, celui qui nous intéresse, pourrait peut-être se résumer à cette formule : Ayez de nombreux enfants et serrez-vous la ceinture d’une main en travaillant de l’autre ».

Merci, M. Debré.