Des machines intelligentes !

par  T. LAFRONDE
Publication : novembre 1987
Mise en ligne : 10 juillet 2009

La télématique est à l’ordre du jour. C’est un outil efficace dont les abondancistes n’ont aucune raison de se priver. Bien au contraire, n’oubliant pas que sans le progrès technique, la nouvelle économie serait inconcevable, plusieurs d’entre nous ont proposé de se servir de cet instrument afin de progresser et peut-être de préfigurer ce que pourrait être la société future. Nous avons déjà donné un article sur le Centre de Partage Télématique des Décisions (C.P.T.D.) dans notre n° 854 de mars 1987. Bien que pas forcément d’accord sur la manière souvent emphatique de présenter ce nouveau centre, nous publions de nouveau ci-dessous l’annonce du début de son fonctionnement. Nous nous réservons bien entendu l’opportunité de décrire également d’autres initiatives analogues.

L’ORDINATEUR est une machine. Elle répète vite et bien les instructions programmées à partir des données qu’on lui fournit. La cause de sa bêtise est "structurelle"  : sa mémoire est adressable.
Une mémoire adressable est une suite de casiers numérotés où l’on place des informations (lettres, nombres, morceaux d’images). Pour les retrouver (ou connaître leur nature), il faut savoir où on les a mises. De telles mémoires ne peuvent travailler qu’après l’action
intelligente de l’homme nommé analyste-programmeur.

- L’analyste découpe l’univers sensible en classes d’objets (entreprises par exemple) avec leurs sous-classes (employés...) et sous-sous-classes (noms, adresses, ages, etc...). Il affecte des zones de mémoire (No x à y) à chaque classe (nature d’information), et à l’intérieur autant de souszones qu’il prévoit d’éléments de cette classe.

- Le programmeur écrit la suite d’opérations que doit exécuter l’ordinateur : prendre les éléments successifs de zone A, correspondant au critère de zone B ; les multiplier par ceux de zone C ; les mettre en D (éventuellement zone imprimante), etc... Il stocke le programme en zone E et commande le départ à l’adresse E + n.

La mémoire associative, ou de "type humain" permet d’éviter tout ce travail. On peut lui entrer toutes les données "à la file". Sa fonction de recherche exhaustive lui permet de retrouver directement parmi ces données entrées, les relations statistiques entre les images ou mots mémorisés. Elle possède donc une "représentation interne" de l’univers que l’on peut interroger comme une mémoire humaine. Si elle inscrit à mesure les questions posées, le temps mis à répondre, l’appréciation de l’homme sur la réponse, sa fonction de recherche lui permet de retrouver le programme optimum, suite déjà vue à partir de l’expression d’une question semblable. La mémoire associative est l’inverse de l’adressable :

Pour la première, la donnée d’entrée est une séquence d’informations détectée par des capteurs... le résultat est l’ensemble des adresses où ces informations sont déjà stockées (table d’index correspondantes) avec en plus les nombres de ces adresses, et l’accès à tous les objets « voisins » dans le temps et/ou l’espace... et au nombre de liaisons observées entre elles.

Pour la 2e, la donnée d’entrée est l’adresse... le résultat est l’ouverture du casier N pour y mettre une information ou la retrouver.
Un type de fonctions de plus est indispensable pour filtrer les informations, et n’en conserver que les "utiles". Ce sont les fonctions de "codification" ou de reconnaissance et invention de "concepts". Les fonctions de recherche dans une mémoire associative permettent justement cette sélection par questions successives ou simultanées (millions de processeurs en parallèle).
On peut programmer l’ordinateur pour ce type de recherche, mais il n’est pas conçu dans ce sens. Des mémoires associatives de masses sont simples à réaliser, dont les rapports coût/performance seront des millions de fois supérieurs.
Ces outils, mis enfin au service de tous par minitel, analyseront, grâce à toutes les questions posées par les gens, notre univers commun pour nous en restituer les lois. Apprenant les rapports oeil-main, des robots à mémoire associative nous délivreront enfin, des tâches dites « manuelles »... donneront à chacun le savoir intégré de tous.
Ces machines intelligentes devraient depuis longtemps déjà être chez nous, s’il n’y avait pas les blocages de la peur engendrées par notre système économique actuel !
Nous pouvons, dès maintenant, créer des "Centres serveur Minitel" (comme le fait actuellement le CPTD et son promoteur Marc Handrick) qui reconstituent une mémoire commune où il est inscrit les connaissances, l’histoire, les besoins, les aspirations, les projets, les compétences, les disponibilités... de chacun d’entre nous suivant son enthousiasme.
Cet outil télématique permet d’ouvrir le dialogue direct de chacun avec l’ensemble comptable des gens, en tant que consommateurs farouchement intéressés au progrès (diminution des peines pour obtenir un bien-être supérieur), et non plus en tant que corporation farouchement menacée par ce progrès  !
A mesure que le nombre de ces "Centres-Serveur-Minitel" se développeront et qu’il s’établira entre les utilisateurs de nouveaux rapports (échanges conviviaux), le système économique-marchand sera court-circuité progressivement. Ces nouvelles relations entre les individus sont possibles car l’information y est contradictoire, comparative, classée statistiquement, signée, et donc contrôlable afin de retrouver la solution optimale en chaque occasion.
Nous nous libérerons de notre dépendance à l’argent, à mesure que notre dialogue s’enrichira et couvrira de nouveaux domaines de production : c’est le partage de l’abondance !
Le contexte dont nous sortons était lié à cette loi : concurrence et domination ! Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous avons une richesse à partager  : en 5 milliards qui ne se divisent pas mais se multiplient au partage  ! Si chacun donne une information à une mémoire commune à tous, il en reçoit 5 milliards, non pas isolée mais intégrée et accessible au niveau des lois.
Dans un pareil contexte, chacun prendra très vite conscience :
- qu’il devient plus facile de dominer la machine que les hommes pour avoir plus de bien-être.
- que la liberté et la différence des autres, loin d’être à craindre, deviennent notre expérience à chacun et nous font gagner des libertés supplémentaires.
Quel fantastique outil de dialogue pour les distributistes, abondancistes... et autres bonnes volontés pour rassembler leurs énergies, s’entraider et pourquoi pas démarrer une économie parallèle  ? (voir une version actualisée du projet Hunibelle...). Ne serait-ce pas l’outil de transition tant recherché ?
Alors, nous remplacerons l’angoisse par l’espérance, la peur par la confiance, la concurrence éliminatrice par la coopération constructive, la violence par l’harmonie, les guerres par la paix, l’autorité par la concertation, la maladie par la santé, la "formation" par l’information intégrée et contradictoire, la mort par la vie... !