Elle flotte.., mais sombre bien

par  P. BUGUET
Publication : décembre 1978
Mise en ligne : 9 septembre 2008

La presse se pose une question :
- Cette idole, la monnaie, qu’est-ce que c’est ?
Et de s’aventurer à une définition qui va donner des sueurs froides aux pratiques de « l’Ecureuil ».
Oyez un peu : « Une monnaie, c’était jadis un poids de métal, ce fut ensuite une équivalence de métal, ce n’est plus aujourd’hui qu’une abstraction » (R. Sédillot).
Suivons l’aventure ! - Le témoignage d’une grand-mère bourguignonne de la belle époque où le franc valait alors son pesant d’or (1890), nous rappelle que 14 sous (0,70 F d’avant la transformation du franc en un centime), valait une livre de lard. Un petit calcul nous révèle que ces 14 sous, économisés, à notre intention, par notre vénérable aïeule, ne nous permettraient d’acheter aujourd’hui que 0,5 g de porc «  aux hormones ». Epargnez ! Epargnez ! Vous ne contribuerez pas à propager le cholestérol...
- Et il restera des produits que vous pourrez exporter, suggère l’employé de banque à la mine avisée. Coup double, voyez-vous : victoire sur le mauvais état physiologique, et «  assainissement du marché », quand le profit n’est pas en bonne santé.
Coup triple même, l’agio lucratif, prélevé au passage par les banques, leur permet, après la main-mise sur les moyens de production, la capture de l’appareil de distribution.
Le circuit production-consommation semble fermé ; ça devrait tourner rond. Mais le 0,5 g de lard ne permet plus de gras profits, et il faut fabriquer de la monnaie qui réduira encore la portion du valeureux épargnant à 0,05 g ou 0,005 g... de couenne de lard.
L’avenir cependant nous sourit. Pour preuve, ce matin, au courrier, « l’Ecureuil » me propose de jouer à sa loterie de quartier. Je peux gagner 1 lot d’épargne de 100 F (200 000 sous). L’avisé préposé de mon compte bancaire surenchérit par circulaire : « Une nouvelle exonération fiscale est possible à compter de 1978. Vous pouvez déduire de votre revenu imposable une somme de 5 000 F investie en actions françaises. Cette déduction peut vous permettre d’économiser jusqu’à 3 000 F sur vos impôts à payer. »
C’est alléchant. Et mon tiercé ?... mon loto ?... Tous veulent nous faire gagner de l’argent-abstraction.
« Epargnez !... Epargnez !... Tentez votre veine, des fonds vous en aurez toujours moins. »
A quel veau d’or se vouer désormais ?
Ne vous laissez pas aller au coup de Barre ; la monnaie sombrante ne préfigure-t-elle pas la monnaie de consommation, gagée sur la production elle-même ?