Kou le revoilà !

par  M.-L. DUBOIN
Publication : septembre 1982
Mise en ligne : 26 janvier 2009

L’article qui précède, paru dans le journal « l’ Oeuvre » le 10 avril 1934, a dû rappeler aux plus anciens de nos lecteurs le livre que J. Duboin publia cette année-là sous le titre : « Kou l’ahuri, ou la misère dans l’abondance  ». Son héros, venu de très loin, visitait la France à l’époque de la Grande Crise parce qu’on lui avait expliqué que si les Français vivaient dans l’austérité, c’est parce que leur pays traversait une période de vaches maigres, comme dans l’Ecriture. S’attendant donc à trouver un pays appauvri par la guerre, il est ahuri d’y trouver une abondance de moyens de production à côté d’une foule de gens dans la misère, des usines arrêtées et leurs ouvriers au chômage, des récoltes magnifiques qui désolent les paysans parce qu’ils’ ne peuvent pas les vendre. Kou, pour essayer de comprendre cette absurdité, consulte les savants de l’Abbaye de Sainte Economie, mais leurs belles démonstrations ne parviennent pas à le convaincre que tout cela est normal. A la fin du livre, Kou fait allusion aux habitudes de ses compatriotes qui paraissent s’organiser avec plus de bon sens et de logique.
Dans ce petit livre plein d’humour, J. Duboin n’avait donc qu’ébauché sa thèse de l’économie distributive ; il ne la développa qu’ensuite, dans d’autres publications.

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Or, tous les livres qu’il a publiés sont depuis longtemps épuisés. Les rééditer tels quels aujourd’hui présente en général un inconvénient, c’est que démonstrations et arguments s’y appuient sur des faits d’actualité et sur des chiffres de l’époque. Comment donc montrer au lecteur non initié que ces faits se renouvellent et comment ajouter des chiffres d’aujourd’hui, pour le démontrer, sans bouleverser complètement la présentation et, par conséquent, en rendre la lecture plus pénible ?
D’autre part le besoin se fait de plus en plus sentir chez nos lecteurs de pouvoir disposer d’un ouvrage assez complet dans lequel ils puissent trouver non seulement les grandes lignes de l’économie distributive et notre actuel plan de transition, mais aussi des réponses aux questions simples qu’ils se posent et aux diverses objections qui leur sont faites lorsqu’ils défendent nos thèses.
Je viens d’écrire ce livre. Je l’ai achevé à Noël dernier et depuis je cherche un éditeur. Pour qu’il puisse être lu facilement par tous ceux que l’Economie rebute a priori (et donc qui laissent les économistes et les financiers mener, si mal, le monde), j’ai choisi de le présenter sous la forme d’un roman. J’ai repris Kou l’ahuri pour héros et j’imagine que par je ne sais quelle erreur d’aiguillage d’un vaisseau spatial, il se retrouve sur terre dans quelques années. Il en profite pour étudier les transformations qui ont permis aux hommes de vaincre la crise du chômage et l’inflation et de s’installer en économie distributive. Expliquant pourquoi ils ont voulu changer et comment ils l’ont fait, une famille d’agriculteurs des Pyrénées, un ménage d’ouvriers d’une bonneterie troyenne, un couple de médecins, un ingénieur, une enseignante, un journaliste et un haut fonctionnaire racontent à Kou, au cours de la visite qu’il leur fait, ce qu’est leur nouvelle vie en économie distributive. Tout au long de son voyage Kou se fait commenter ce qu’il voit par un économiste et une sociologue qui l’accompagnent.
Ainsi ce livre permet d’expliquer, sur le ton du dialogue, la nouvelle organisation du travail, la gestion de la commune, puis son extension économique et sociale au niveau au plan mondial, le droit de propriété en économie distributive, les prises de décision, les nouvelles bases de l’éducation, l’élargissement de la culture et de la recherche. On comprend le rôle que peut jouer l’informatique dans la démocratie et la robotique dans les entreprises, et on voit que l’Etat, en devenant la Société, peut être l’affaire de tous. Sur le plan humain on devine les perspectives ouvertes par la convivialité qu’implique l’économie distributive : vie familiale, rapports entre les générations et tâches domestiques, vie sociale au niveau de la commune et occupation du temps libre, coopération entre les peuples et gestion des ressources de la planète.

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Hélas, les sociétés d’éditions sont encore, comme nous, dans le monde du marché. Un des éditeurs à qui j’ai proposé mon manuscrit m’a expliqué que ce qui se vend, donc ce qui détermine leur choix parmi les milliers d’ouvrages qui leur sont proposés, c’est d’abord les histoires où le sexe est l’affaire importante, puis les aventures rocambolesques aux multiples rebondissements et les romans historiques, quel qu’en soit le personnage. Mais mes réflexions sur la crise économique et le moyen d’en sortir... vont-elles vraiment intéresser le public ?
Se passer d’un éditeur est possible. Mais c’est se priver des gros moyens de diffusion, et alors comment toucher le public qui ne nous connaît pas ?

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Voici la situation à la veille des vacances : j’ai l’accord d’un éditeur à la condition que je lui assure, au préalable, entre 1 500 et 2 000 ventes. Pour cela, je me vois dans l’obligation de demander dès maintenant à nos lecteurs quels sont ceux, parmi eux, qui sont prêts à souscrire. Le livre sera assez gros, environ 350 pages, et cet éditeur estime devoir le vendre aux environs de 80 francs. Je prends sur moi de l’offrir à 60 francs maximum aux lecteurs de « La Grande Relève ». Qui en veut ?
C’est très désagréable de devoir ainsi faire valoir son travail aux yeux des éditeurs qui préfèrent le porno. Alors, dans le même élan, et pour m’en consoler, j’ai entrepris de rééditer moi-même, à compte d’auteur, le « Kou l’ahuri » original de mon père  ; j’ai même fait faire de très beaux dessins, tel celui de la couverture, pour l’illustrer. Il sera disponible en septembre, mais il faudra évidemment s’adresser au journal pour l’acheter. Le succès de cette réédition montrera s’il est possible de rééditer tels quels d’autres livres de J. Duboin.

Quant au mien, si nos lecteurs sont assez nombreux à souscrire, il pourrait sortir à la fin de l’année. Son titre est encore l’objet de discussions. J’en propose deux : « la poussée d’Ariane » et « Demain, ou la fin de la crise ». On verra.

Sur ces perspectives, je souhaite à tous d’excellentes vacances, intéressantes et désintéressées.