Les hommes sont vachement fous : prions !

par  A. PRIME
Publication : janvier 2001
Mise en ligne : 14 janvier 2009

C’est la recommandation spirituelle du Canard enchaîné en conclusion d’un article sur la vache folle. Notre intention n’est pas de refaire l’histoire (du reste inachevée) des débats, déclarations et manifestations concernant la maladie de la vache folle, mais seulement de rappeler le comportement de l’Europe vis-à-vis de l’Amérique, et vice versa, depuis des décennies à propos des nourritures animales.

Les farines animales étant enfin interdites, il va falloir compenser avec des oléoprotéagineux. Oui, mais voilà ! Depuis les accords de Blair House, en 1993, et les dernières négociations de l’OMC, l’Europe ne peut plus les produire librement. Les surfaces sont contingentées.

En 1962, les Américains s’estimant lésés par les relations privilégiées entre les pays européens[Télérama du 22 novembre.]] ont obtenu de pouvoir déverser sur la CEE sans aucune taxe leur soja trois fois moins cher que le blé. Or la France, et notamment la CEE, ont des excédents de blé. On arrive à ce paradoxe ubuesque : l’Europe doit subventionner à l’exportation (pour être concurrentielle) le blé dont elle aurait pu nourrir ses animaux : bovins, porcs, volailles. Mais ce n’est pas tout : lors du Kennedy Round en 1964, l’Amérique exigea que les tourteaux de maïs (déchets de l’agriculture et des amidonneries) entrent également sans droits de douane. Ils sont tout aussi énergétiques et encore moins chers [1]. Les Américains, eux, préfèrent donner à leurs animaux du maïs plutôt que ces sous-produits.

Et maintenant, va-t-on encore céder à cette dictature américaine du marché qui ne dit pas son nom ? Importer les produits des États-Unis génétiquement modifiés pour compenser la suppression des farines animales ? Ou va-t-on enfin secouer le joug et nous prendre en main, faire la preuve du volontarisme de l’Europe et, s’il le faut, de la France seule, l’Europe étant influencée par le cheval de Troie des États-Unis qu’est la perfide Albion : cette attitude phare a fini par être payante pour la suppression des farines animales chez nos partenaires. Va-t-on enfin défier les États-Unis et cultiver pois, luzerne, tournesols, lupins etc. selon nos besoins, sur nos terres fertiles que Bruxelles nous a contraints de geler ?

Ce n’est sûrement pas demain que les gouvernements de quelque couleur qu’ils soient, de quelque pays que ce soit, oseront s’attaquer aux lobbies des constructeurs de camions et des pétroliers. Quelques chiffres éloquents :

• en 1970, le transport routier représentait moins de 50% du trafic ; aujourd’hui, 80%

• sur la lancée actuelle, la consommation du pétrole en 2020 se répartira ainsi : industrie 7%, tertiaire 8 %, résidentiel 14%, secteur transport 71%.

Or l’étude des coûts moyens des différents modes de transport s’avère éloquente. En prenant comme base 100, on obtient 122 pour le transport fluvial, 391 pour le rail, 1.703 pour la route.