Un échec retentissant

Mise en ligne : 31 juillet 2008

Voici justement un exemple des informations sur la façon dont les grands de ce monde comprennent et résolvent les problèmes essentiels concernant l’alimentation mondiale, dont celle des plus pauvres, que leur politique a pourtant rendue catastrophique :

À la suite des émeutes de la faim qui se sont produites dans de nombreux pays et notamment en Afrique, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) a tenu un sommet extraordinaire à Rome du 3 au 5 juin sur la sécurité alimentaire, sommet qui a réuni près de 200 délégations. On pouvait lire sous le titre “L’ONU en quête d’un plan pour nourrir la planète”, à la Une du Monde du 4 juin : « Ce sommet ne pourra pas se contenter de discuter d’enjeux à long terme : bioénergies, réchauffement climatique. La crise alimentaire mondiale, la forte augmentation des prix des denrées, le déficit d’un certain nombre de productions agricoles imposent à la FAO un ordre du jour frappé du sceau de l’urgence […] Augmenter les rendements, développer les surfaces cultivées, repenser à nouveau frais la question des agrocarburants […] autant de préoccupations que devront partager la cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement réunis dans la capitale italienne en présence du Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et de nombreux responsables de grandes organisations internationales… Avec urgence, concret pourrait bien être le maître mot du sommet de Rome ». M. R. Zoellick, président de la Banque mondiale, renchérissait : « Le message que m’ont transmis les Africains, c’est qu’ils sont fatigués de discuter et veulent des actes ». De son côté, le Secrétaire général de l’ONU reprochait aux chefs d’État et de gouvernement d’avoir ces dernières années « renoncé à prendre des décisions difficiles et sous-évalué la nécessité d’investir dans l’agriculture ». Ce sommet semblait donc s’ouvrir sous les meilleurs auspices. Les choses allaient enfin changer.

Las ! Qu’apprenions-nous ensuite, dans Le Monde du 7 juin ? — Que les « États membres de la FAO ont bouclé dans la douleur, jeudi 5 juin, le Sommet de Rome », qu’ils se sont engagés à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées pour 2015 au plus tard, qu’ils n’ont apporté que des réponses évasives aux problèmes des subventions agricoles et des agrocarburants. Le seul point qui semble avoir fait consensus est qu’il faut doubler la production alimentaire mondiale d’ici à 2050 et favoriser le développement de l’agriculture des pays pauvres, surtout en Afrique. Par contre, les moyens avancés pour résoudre la crise font débat. Le texte final encourage « la communauté internationale à poursuivre ses efforts en matière de libéralisation des échanges agricoles en réduisant les obstacles au commerce, et les politiques qui sont à l’origine des distorsion de marché ».

En d’autres termes, il faut continuer la politique capitaliste suivie jusqu’ici, alors qu’elle a conduit les pays en développement à la situation catastrophique qu’ils connaissent actuellement. C’est ce qu’ont fait remarquer, sans doute plus diplomatiquement, les ONG, satisfaites que l’agriculture familiale et le principe d’autosuffisance alimentaire redeviennent une priorité mais qui estiment cependant que ni le commerce, ni la facilitation des exportations, pas plus que les investissements privés, ne sont des moyens appropriés pour aider les petits producteurs, qui doivent d’abord alimenter les marchés locaux. « Il faut renforcer la production locale, pas la placer sous le contrôle de l’agrobusiness » a résumé le Secrétaire général de l’Organisation internationale pour le droit humain à l’alimentation. Par contre, le Président de la Banque africaine de développement s’est réjoui de constater que « l’heure est venue de voir l’agriculture africaine comme une véritable aubaine commerciale ».

Le problème du réchauffement climatique a été complètement laissé de côté. Quant aux agrocarburants, la déclaration finale considère qu’ils « présentent des défis et des opportunités » et que des« études approfondies » sont à entreprendre.

Malgré toutes ces non-décisions, la FAO est satisfaite du sommet : « On a pris la vraie mesure du problème de la faim dans le monde […] du fait que, cette fois-ci, nous n’avons pas seulement un problème humanitaire qui touche quelques pays, mais un problème qui touche tous les pays », a déclaré son Directeur général, Jacques Diouf.

Autrement dit, la FAO n’était pas foutue de résoudre le problème de la faim dans quelques pays mais elle sait faire pour tous les pays ! ça doit être ça la mondialisation… ! Mais dans l’immédiat, avec cette politique, combien encore vont mourir de faim ?