Adresse au PS par un de ses militants

par  W. SOUDAN
Mise en ligne : 31 août 2009

Un de nos lecteurs, Willy Soudan, militant du PS à Douai, nous a transmis les réflexions qu’il adresse à son parti au lendemain des récentes élections européennes, en voici des extraits :

Au lendemain des élections européennes, un travail d’analyse s’impose. Pourquoi ? Et comment ? Analyser pour faire dire que l’écurie pour laquelle on court est la meilleure et que les coupables de la défaite, ce sont les autres ? Cela reviendrait à dire qu’on n’a rien compris et surtout qu’on n’est pas prêt à entendre le message des militants et des électeurs. Comment analyser ? — En ne se référant pas uniquement à ses propres sentiments, mais en essayant d’adopter une méthode d’analyse à la fois rationnelle et en relation avec la complexité.

Permettez-moi de partir d’un sentiment, d’une hypothèse, que je tenterais d’étayer par la suite.

En ce qui me concerne, les résultats du PS sont des résultats excellents. Je m’explique. Bien entendu, par rapport à l’accession au pouvoir, les résultats sont mauvais. Il s’agit d’un échec du PS. Mais eussent-ils été bons, ces résultats, que nous n’aurions eu aucune chance de sortir de l’ornière dans laquelle le PS s’enlise depuis des années.

Aujourd’hui, grâce à ces mauvais résultats, nous avons une chance devant nous de sortir du marasme, de sortir de la compétition des chefs et de leurs écuries, de redonner de l’espoir et de la crédibilité.

Nous savons tous que ce qui gangrène le PS depuis des années, c’est la guerre des chefs. Bien sûr, il est normal qu’un parti politique soit le lieu d’enjeux de pouvoir. Mais nous assistons aujourd’hui à un combat de carriéristes, d’arrivistes dont les intérêts personnels passent bien avant l’intérêt général, et chacun de ces chefs s’attache une cour de sous-carriéristes qui espèrent profiter de la pseudo victoire de leur idole du moment pour obtenir un poste à sa cour d’abord, puis un poste électif. Et chacun de ces coursiers est prêt à changer de vedette si le vent semble tourner.

Le virus de la société individualiste, issue du libéralisme au pouvoir dans cette société de compétition, a infesté nos rangs. Certain des chefs vont jusqu’à affirmer que nous avons tort de critiquer le sarkosisme, parce que cela ne passerait pas, parce que cela serait mal perçu par les électeurs ! Et également, que nous serions trop à gauche !

Certes l’UMP a gagné. Mais quelle est donc l’ampleur de cette victoire ? Et surtout quel en est le sens ? L’UMP fait 25 %, mais 25 % des votants. Refaisons le calcul en tenant compte des abstentionnistes, et on trouve moins de 18 %. Cette réalité est moins impressionnante, même si les conséquences au niveau des décisions qui seront prises, augmentation de la souffrance des gens, sont bien plus alarmantes.

Qui a voté UMP ? Tout d’abord les gros riches, ceux pour qui l’UMP a été instituée, ceux qui ont le pouvoir de l’argent, ceux qui sont les bénéficiaires des manipulations et des tromperies organisées. Ensuite des cadres au service de ces riches et à qui la situation profite. Il y a également tout une population de gens qui gagnent bien leur vie et ne se posent pas de questions, et puis des commerçants, des artisans, des gens qui ont besoin de s’identifier aux riches pour se croire quelqu’un.

Et enfin, à la base, souvent, des personnes issues de la classe bourgeoise, et petite bourgeoise et parmi elles, beaucoup de personnes honnêtes, dont certaines s’occupent d’associations, des personnes charitables, heurtées, du fait de leur culture et de leur totale ignorance de la vie du peuple, par le langage revendicatif des syndicats et des partis de gauche. Ce sont ces gens-là qui forment le gros du bataillon des électeurs de droite, ceux qui croient l’UMP quand elle se dit être pour la justice, pour la régulation du capitalisme, contre les parachutes dorés, et que Sarko a bien travaillé au G20.

Il y a nécessité d’analyser le discours de l’UMP, car ce discours a changé depuis l’avènement de Sarko, et il faut faire l’analyse de son contenu.

Remarquons d’abord que tout intervenant UMP se sert de la même méthode, et pour le comprendre, le plus simple est d’écouter Xavier Bertrand. C’est lui le plus clair, le plus didactique.

Tout d’abord, un langage apaisé, doux pourrait-on dire, doucereux même. Et puis : « Nous sommes dans la crise la plus terrible de tous les temps » (c’est-à-dire : si quelque chose va mal, nous ni sommes pour rien). « Faire face à la crise n’est pas un problème français mais mondial et surtout européen. Pour la première fois dans l’histoire, le Président a réuni et convaincu ses partenaires […] Il n’y aura plus de parachutes dorées, il y aura régulations de la finance, il n’y aura plus de paradis fiscaux, etc… » (Vous voyez, le Président est un homme honnête et efficace). […] Les choses vont mal. Nous n’y sommes pour rien. Sarko a réussi à convaincre ses partenaires d’humaniser le capitalisme. Et pendant ce temps, en France, Sarko continue à mettre en place les réformes que les Français lui ont demandées. » (Vous voyez, Sarko est capable d’influencer les chefs d’États, il est écouté et il est pour le développement social). [… ]Et pendant ce temps là, l’opposition, qui n’a aucune proposition, s’oppose par principe mais n’a rien à dire. Etc… » (La cerise sur le gâteau est cette conclusion : l’opposition = des incapables obsédés qui ne savent que se battre entre eux.)

Ce n’est pas beau tout ça ? Et la base UMP se laisse convaincre du caractère messianique de ce Président envoyé du ciel.

Alors, pendant ce temps là, au PS, doit-on vraiment s’abstenir de démonter ce discours profondément malhonnête et qui apparaît à beaucoup comme une parole de justice ? Le PS n’est plus crédible. Le combat de chefs, la compétition des écuries, l’arrivisme, les critiques d’un programme qui serait trop à gauche, les tentations socio-démocrates, les tentatives pour convaincre un électorat de personnes honnêtes qui votent à droite de par leur culture, tout cela a éloigné de nous tout une partie de l’électorat qui s’est réfugiée dans l’abstention.

N’oublions pas, en France, en réalité, la majorité des inscrits est dans l’opposition à Sarko et aux droites. Alors comment peut-on penser que l’anti-sarkosisme serait inutile ?

Et dans les autres pays d’Europe, les PS, qui ont tous perdu les élections, étaient-ils vraiment des partis de gauche ? N’est-ce pas une leçon à prendre en compte ?

Nous devons maintenant sortir de la crise de confiance que nous traversons, et c’est une chance inouïe qui s’ouvre à nous aujourd’hui. Un sursaut est possible. Aucun “chef” ne peut affirmer qu’on peut continuer comme si de rien n’était. Pour cela, une refondation du parti est indispensable. Comment s’y prendre ?

En ce qui me concerne, je pense qu’il n’y a qu’une méthode : donner la parole aux militants. Je suis persuadé qu’en donnant la parole aux militants, nous avons un programme. Nous n’avons pas besoin des chefs. Les militants, qui, eux, sont de gauche, sont à même de définir un programme. La refondation doit passer par un grand débat national, dans toutes les sections, où il sera proposé aux militants d’écrire notre programme. Les responsables n’auront plus qu’à réaliser la synthèse des propositions ainsi produites. Pour réussir une telle opération collective, il est indispensable de suivre une méthode de réflexion en groupe qui soit rigoureuse et accessible. Il existe différentes méthodes susceptibles de répondre aux exigences d’un tel projet. Un vrai débat, méthodologiquement conduit, obligerait à analyser l’existant, à dégager les causes, à définir des valeurs incontournables, à rechercher des variables réductrices sur quoi on peut agir, à définir un but, à se fixer des objectifs, à accepter la distance irréductible entre objectifs et but.

Il reste une deuxième exigence. Les règles de fonctionnement de la structure doivent évoluer. Pour cela, un autre type d’organisation doit se mettre en place. Pendant que les militants travaillent dans les sections, il pourrait être demandé aux responsables de définir une constitution pour le parti. Si les manœuvres des chefs sont si néfastes au parti, c’est bien parce que les structures du parti les facilitent. Dans toute organisation, les structures influencent les rapports entre les personnes. Une autre structure est donc à définir par un débat entre responsables, et à soumettre ensuite par référendum aux militants.

La démocratie n’est-elle pas l’une des valeurs officiellement proposées par le parti ? Alors, n’hésitons pas, la démocratie c’est donner la parole à la base. Osons cette audace et notre défaite deviendra une victoire.