Enfin ! !

par  M.-L. DUBOIN
Mise en ligne : 31 octobre 2009

Cela fait maintenant plus de dix ans que nous militons, au sein de l’association Attac, pour sensibiliser ses adhérents et son conseil scientifique à l’importance de la finance, pour les convaincre de focaliser la réflexion et l’action d’éducation populaire de ce mouvement altermondialiste sur le rôle des banques, sur la nature de la monnaie qu’elles émettent et sur les dangers de la démission des responsables politiques qui laissent ainsi à ces institutions privées le privilège insoutenable de décider de l’avenir économique en fonction de leurs seuls intérêts. Ces dangers, qui étaient décrits dès mars 2007 dans Mais où va l’argent ?, ayant débouché sur une crise sans précédent, l’opinion découvre les vices du système financier… et l’association Attac semble enfin convaincue de l’urgence d’expliquer et d’agir.

La dixième université d’été d’Attac-France, qui s’est tenue en Arles du 21 au 25 août, témoigne de ce changement, qui va enfin bien plus loin que la taxe Tobin (au moment où Kouchner et Barroso semblent en reprendre l’idée).

Le projet “de campagne citoyenne”, en cours d’élaboration au sein d’Attac-France, est intitulé “Je change ma banque … ou je change de banque”.

Constatant que « le système bancaire, qui est au cœur de la crise, continue à défrayer la chronique par des scandales permanents : bonus, paradis fiscaux, pratiques commerciales abusives, … qu’un grand nombre de salariés du secteur bancaire vivent mal cette situation et que les citoyens sont choqués de ces pratiques » il s’agit « d’agir ici et maintenant pour manifester concrètement notre refus du monde tel qu’il va et notre volonté d’alternatives, sans attendre de futurs et hypothétiques changements politiques… » Or « une alliance entre salariés des banques, usagers et associations, pourrait peser fortement sur les directions des banques et sur les pouvoirs publics ». Attac propose pour cela « de travailler à une campagne de mobilisation citoyenne portant l’exigence d’un changement des politiques des banques, en s’appuyant sur les attentes convergentes des salariés des banques, des usagers, des exclus bancaires, des défenseurs de l’environnement, de toute la société civile... pour un système de crédit responsable et solidaire ».

Il ne s’agit donc pas de demander la nationalisation des banques (dont l’effet dépend du gouvernement en place), mais d’obtenir la socialisation du crédit afin que le secteur financier soit enfin considéré et géré pour ce qu’il est : un bien commun indispensable à l’économie et à la société, et que les banques cessent de spéculer dans des paradis fiscaux et judiciaires.

Attac estime que les citoyens, « s’ils cherchent à y travailler ensemble… peuvent se doter d’outils pour exercer une vraie pression sur les directions des banques et les pouvoirs publics ».

Voici comment :

1. Je change ma banque…

• Il faudrait commencer par établir un outil d’évaluation et de comparaison des pratiques des banques opérant en France (une sorte de “top 50” des banques).

On pourrait, de façon pluraliste et participative :

— définir une batterie de critères d’évaluation, si possible objectivés : pratiques commerciales abusives, exclusion bancaire ; salaires, emploi, souffrance au travail ; part des activités spéculatives dans le résultat, part du financement des PME et/ou collectivités territoriales dans l’activité ; filiales dans les paradis fiscaux ; rémunérations des dirigeants et traders ; impact environnemental de l’activité ; soutien à des régimes antidémocratiques (Françafrique, Birmanie…) ;

— établir un classement des banques selon ces critères (avec des pondérations à discuter…) ;

— donner une large publicité à ces indicateurs et au classement qui en résulte ;

— interpeller les directions de chaque banque, avec conjointement les syndicats, les usagers et les associations, en exigeant des progrès rapides et significatifs sur les points noirs de l’établissement.

… 2. ou je change de banque

Pour les usagers qui seraient insatisfaits des réponses de leur banque, on pourrait organiser une migration de comptes vers des banques mieux placées dans le “Top 50” bancaire.

Si des centaines de milliers de clients des banques décidaient d’interpeller leur banquier, et de participer à un mouvement collectif de migration de comptes courants vers une institution solidaire, on obtiendrait au moins trois résultats positifs :

— l’ouverture d’un vaste débat social : comment faire fonctionner le système financier au service de la société, et non le contraire ?

— un exemple encourageant pour d’autres mobilisations concrètes allant dans le sens d’une transformation des rapports sociaux et d’une démocratisation de l’économie ;

— une capacité d’action renforcée pour les organismes de crédit solidaire, qui pourraient démultiplier leurs activités de financement de projets d’économie sociale et solidaire.

Une telle campagne suppose une préparation soignée, un outil d’évaluation crédible avant d’entreprendre une démarche auprès des banques, l’engagement dans la durée de la part des citoyens, etc.

Ce projet va tellement dans le sens de ce que nous défendons depuis si longtemps dans ces colonnes, que nous espérons une participation massive de nos lecteurs.

À suivre donc…