Guéân-eries

par  P. VINCENT
Publication : février 2012
Mise en ligne : 13 mars 2012

Notre ami Paul Vincent est curieux, ce qui lui permet de redécouvrir des textes oubliés. Ceux qu’il vient de retrouver montrent que les idées sur “l’immigration choisie” ont eu un précédant sous l’occupation allemande :

Je ne saurais trop recommander à Monsieur Claude Guéant la lecture des œuvres du Docteur René Martial (1873-1955) qui, craignant comme lui qu’une immigration non contrôlée ne vînt défigurer la France, a travaillé sur ce problème pendant une grande partie de sa vie.

Après que nous ayons eu, en mai et juin 1940, une centaine de milliers de morts et un million de prisonniers emmenés en Allemagne, celui-ci, pressentant un besoin de main d’œuvre étrangère, avait aussitôt étudié la question avec le plus grand sérieux. S’il s’agissait par exemple d’amener en renfort 1.500 ouvriers agricoles dans un arrondissement rural de 100.000 habitants, dont 85% étaient catholiques, 14,5% protestants et 0,5% musulmans, il avait calculé que « le meilleur croisement des races, le meilleur rendement de travail et la plus rapide assimilation » devaient être obtenus avec la composition suivante : 600 Espagnols tous catholiques, 600 Belges wallons dont 590 catholiques et 10 protestants, 260 Hollandais dont 180 catholiques et 80 protestants, 40 Serbes dont 39 orthodoxes (des chrétiens compatibles avec les catholiques) et 1 musulman. Cela ne correspondait pas exactement au pourcentage des différentes religions dans l’arrondissement concerné, mais il faut préciser qu’il introduisait aussi dans ses calculs divers coefficients correcteurs basés par exemple sur la formule sanguine ou le taux de natalité.

Il proposait une autre recette tout aussi précise pour l’introduction de 3.000 ouvriers porcelainiers importés aux côtés de 1.000 ouvriers porcelainiers français dans une ville de 100.000 habitants (probablement Limoges) comptant 9/10 de catholiques et 1/10 de protestants.

Le Dr Martial donnait à cette époque, à la Faculté de Médecine de Paris, un cours sur l’anthropologie des races et il avait publié ces propositions sous le titre Nation et métissage dans L’Illustration du 19 septembre 1942, un article auquel la censure allemande n’avait rien trouvé à redire. Le problème du Dr Martial était alors relativement facile, vu qu’en cette période on ne pouvait avoir d’immigrés que de pays occupés par l’armée allemande ou amis de l’Allemagne, comme l’Espagne. Il est vrai qu’avec des immigrés venant aujourd’hui du monde entier, si Monsieur Claude Guéant voulait appliquer des calculs similaires, ce serait beaucoup plus difficile : il devrait se construire un logiciel certainement très compliqué.