Il y a ambiguïté…

par  C. ECKERT
Publication : octobre 2000
Mise en ligne : 16 juin 2008

Pour la seconde correspondante,

J’apprécie beaucoup votre revue et tout le travail que vous faites. Les articles sont toujours très clairs et bien documentés. L’article de Marie- Louise qui a paru dans le numéro d’août remplace avantageusement le résumé des thèses de l’économie distributive puisqu’il la replace dans le contexte spéculatif et concurrentiel qui domine. Cette domination est d’ailleurs chaque mois dénoncée par les articles incisifs de Jean-Pierre, les dessins de Lasserpe et les textes pleins d’humour de Raoul Liadefrite. Ce qui montre que les défenseurs de vos thèses ne sont pas les trouble-fête du libéralisme triomphant pour lesquels certains voudraient les faire passer. De plus, les comptes rendus de livres viennent contredire tous ceux qui affirme sans vergogne que « tous les économistes vous diront qu’on ne peut pas faire autrement » (que libéraliser, déréglementer, concurrencer tout et tout le monde, creuser les inégalités,…) en mettant en avant les auteurs, économistes pour la plupart, qui démontrent qu’au contraire on peut, et on doit, faire autrement, même s’ils s’en trouvent marginalisés.

Tout ce qui précède est intemporel et je pourrais l’écrire chaque mois. Si je vous écris aujourd’hui, c’est parce qu’il y a quelques jours Marc Devos m’a transmis la tribune libre qu’il vous a envoyée à propos de celle de J-C Pichot sur la concurrence… Sa lecture m’avait moi aussi agacée […] j’ai eu envie d’apporter mon grain de sel. Je trouve en effet que la tribune de J-C. Pichot n’apporte rien car on ne sait finalement pas où il veut en venir. Veut-il faire l’éloge de la concurrence ? Certes non, puisqu’il évoque “les défis” et prend l’exemple de Montagnier et Galo pour montrer la perversion et les méfaits de la concurrence. Veut-il, au contraire, dénoncer la concurrence ? Pas plus, puisqu’il estime que « nous en bénéficions tous les jours dans différents domaines grâce à l’apparition, par exemple, de nouveaux produits », produits dont on se demande pourquoi ils résultent cette fois de la concurrence alors que l’exemple du laser était précédemment censé montrer qu’ils peuvent très bien naître de “défis technologiques”. Lire que « l’esprit de compétition est inhérent à la nature humaine » laisse supposer que J-C. Pichot est victime de la propagande libérale et a dû faire sourire les physiciens que vous êtes. Accréditer l’idée selon laquelle seule la compétition motive les gens est insultant pour tous les scientifiques, philosophes, écrivains, peintres et autres qui nous ont précédé. D’ailleurs J-C. Pichot cite lui-même plusieurs domaines dans lesquels c’est plutôt la curiosité, le désir de connaissance, l’attirance pour la perfection ou le besoin de justice qui, entre autres, donnent des raisons d’agir. À propos, vous qui ne ménagez pas vos efforts pour faire connaître l’économie distributive, est-ce la concurrence avec les libéraux qui vous motive ? Quant aux comparaisons avec le sport, il s’agit vraiment d’analogies car, là encore, on a du mal à deviner si J-C. Pichot approuve les compétitions (« l’exploit de l’équipe de football de Calais ») ou regrette leurs effets (« la compétition tue le sport »). On dirait un homme politique qui ne craint pas de se contredire de manière à attirer le plus d’électeurs possibles !

Je terminerai par une question : pourquoi les rencontres sportives relèvent-elles de la compétition dans certains cas et « du dépassement de soi-même » lorsqu’il s’agit des handicapés ?Je trouve cette inégalité de traitement méprisante. Les “valides” ne peuvent-ils pas se dépasser eux-même ? L’exemple de Boubka semble indiquer que si. Et les handicapés ne peuvent-ils pas se concurrencer les uns, les autres ? Nul doute qu’ils en seront tout à fait capables le jour où Nike, ou un autre, verra en eux une source de profit suffisamment importante. À ma connaissance, cela a même déjà commencé avec le Téléthon et les autres manifestations du même genre.