La comédie de l’Euro

par  J.-P. MON
Publication : octobre 2000
Mise en ligne : 16 juin 2008

Janvier 1999… Souvenez-vous : après une intense préparation psychologique bien orchestrée par les médias, l’Euroland (l’ensemble des pays de l’Union européenne qui satisfaisaient aux critères de Maastricht) fêtait la naissance de l’Euro. On allait voir ce qu’on allait voir…Les dirigeants politiques et monétaires européens nous annonçaient que désormais l’Euroland allait jouer le rôle de locomotive de l’économie mondiale. Quelques titres péchés à la “une” du Monde :

2 janvier 1999 :

 « Euro : Les onzes sont heureux de leur enfant »

5 janvier 1999 :

 « L’euro conteste d’emblée l’hégémonie du dollar »

6 janvier 1999 :

 « Les marchés financiers internationaux plébiscitent l’euro »

Un mois plus tard, on commence à s’inquiéter. Mais, selon les milieux financiers, cela ne peut qu’être passager. Il n’y a aucune raison pour que l’euro baisse.

3 février 1999 :

 « Le repli de l’euro face au dollar s’accentue »

Dans Le Monde du 1er février, le journaliste économique Pierre- Antoine Delhommais écrit : « Une fois encore, les pronostics des experts financiers ont été déjoués. Ils avaient prédit sinon l’envolée, du moins une forte hausse de l’euro face au dollar. À les écouter, les investisseurs internationaux allaient se ruer vers la nouvelle monnaie européenne, les banques centrales asiatiques s’empresser de convertir en euros une partie de leurs réserves libellées en billets verts. À ces données financières positives devaient s’ajouter, pour l’euro, des considérations économico-psychologiques favorables. À travers la réussite de ce projet monétaire sans précédent, les marchés étaient censés saluer la renaissance économique d’une Europe se posant désormais en rival direct des Etats-Unis. Rien de tel ne s’est produit. Depuis le 4 janvier et son premier jour de cotation, l’euro n’a cessé de perdre du terrain face à la devise américaine ».

Six mois plus tard, les choses se précisent et on nous parle déjà de “niveau historique”… Les experts qui ne se trompent jamais allaient bientôt découvrir les planchers flottants qui s’enfoncent !

3 juillet 1999 :

 « L’euro atteint son plus bas niveau historique face au dollar »

Mais, il faut rester optimiste. Le 17 juin 1999, toujours dans Le Monde, Delhommais écrivait : « Les craintes d’un euro fort, surévalué, étaient suffisamment grandes, avant sa mise en place le 1er janvier, pour qu’aujourd’hui on ne boude pas sa joie. La baisse de 13% de la monnaie européenne face au dollar depuis son lancement, qui redonne de la compétitivité aux entreprises du Vieux Continent, est une excellente nouvelle pour l’économie de l’euroland. Personne d’ailleurs ne songe à s’en plaindre (pas plus le président du Medef que les banquiers centraux) … » Cependant, « si le repli de l’euro a représenté pour l’instant une aubaine pour l’économie de l’Euroland, le risque est que la machine s’emballe, que le mouvement de baisse devienne incontrôlable. Un plongeon de l’euro mettrait à rude épreuve les nerfs des américains. Jusqu’à présent, ils ont accepté que l’Europe emploie une arme dont ils ont fait eux-mêmes dans le passé un usage immodéré : celle de la dévaluation compétitive. Mais la patience de la Maison Blanche n’est sans doute pas sans limite. Et les européens devront y réfléchir à deux fois avant de déclarer la guerre monétaire à Washington. Le rapport de force économique et financier est loin d’être aujourd’hui en leur faveur, et encore moins, l’expérience de tels conflits. Surtout, les États-Unis possèdent auprès des marchés financiers, grâce à la cohérence et à l’efficacité de leurs discours, une capacité de manipulaion incomparable ».

21 SEPTEMBRE 2000 :

Apparemment, nous en sommes là : l’euro ne vaut plus que 0,8465 $ et le prix du pétrole, payé en dollars, continue de monter.

Comme je l’écrivais dans la GR-ED n°951, nous avons bien affaire à des “EURO-nuls” !