Ne pas se taire !

par  M.-L. DUBOIN
Publication : avril 1988
Mise en ligne : 16 juillet 2009

Par définition, un distributiste est le contraire d’un conservateur. C’est quelqu’un qui n’aspire qu’à voir la société évoluer : il ne peut plus supporter que croisse la misère dans un monde où l’abondance est devenue possible, il exige que le progrès serve à transformer le chômage en loisirs heureux, il veut mettre les machines au service des hommes et non l’inverse, il n’a ni le culte de l’argent, ni celui de "la réussite" à n’importe quel prix. Ni les batailles de chiffres, ni les bilans que les candidats s’envoient à la figure ne l’impressionnent. Et quand ses yeux, forcément, tombent sur le portrait plein d’auto-satisfaction d’un candidat dont les affiches inondent les murs, il ne voit que tout le gâchis que cela représente, tout ce qu’on aurait pu faire de mieux avec les millions que ces campagnes publicitaires engloutissent... ou bien il pense aux beaux arbres qui sont devenus ces papiers.
N’étant pas conservateur, un abondanciste ne vote pas à droite. Il vote encore moins pour un raciste d’extrême-droite pour qui patriotisme rime avec égoïsme.
Mais la récente expérience d’un gouvernement qui se disait de gauche l’a déçu. Il n’a pas admis qu’un parti qui se prétendait socialiste, qui avait affirmé dans son programme : "il ne s’agit pas pour nous d’aménager le système capitaliste mais de lui en substituer un autre", face volte-face et mette son point d’honneur à gérer le système capitaliste en question aussi bien que la droite, parfois mieux même, car le peuple lui faisait confiance.
Nous l’avons dit, écrit et réécrit dans ces colonnes : tous les pouvoirs que croyait détenir la gauche n’étaient rien auprès du pouvoir de l’argent, qui lui échappe complètement. Mais il fallait le dénoncer, ce pouvoir contre lequel la volonté du peuple se heurte ! Montrer qu’il empêche toute démocratie  ! Dénoncer ces procédés qui rendent les financiers plus puissants que. les gouvernements. Et surtout pas les admettre, puis renoncer à un idéal de changement.
Alors ? Certains abondancistes, représentés dans ces colonnes par "Pinoche’ ; ont pris le parti de voter blanc. Tout en se défendant de refuser de voter, par égard pour tous ceux qui se sont battus pour que nous ayons le droit de vote (et les femmes sont encore plus sensibles que les hommes à ce scrupule). Malheureusement, refus de vote ou vote nul, tout cela fait bonnet blanc ou blanc bonnet quant aux résultats, car seuls les votes exprimés entrent dans les statistiques... Ne pas voter ou voter nul peut donc permettre au fascisme de progresser...
Ce n’est pas là l’idéal d’un distributiste. Il est donc très malheureux, il se sent seul et incompris. Mais il a une voix et il refusera de se taire.