Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : août 2015
Mise en ligne : 9 décembre 2015

 Les enjeux de la COP 21

« L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir de façon adéquate. »

On a envie poser la question : « De qui est-ce ? »

Cette condamnation sans ambiguité de l’économie de marché pourrait être tirée de La Grande Relève ou du dernier livre de Naomi Klein. Non, aussi étonnant que celà puisse paraître, cette position catégorique, qui s’oppose à celle de la plupart des “bien-pensants” économistes ou écologistes, est celle du pape François dans son Encyclique Laudato [1].

« Et pan ! sur les concepts à la mode de “croissance verte”, “écotaxe” ou “prix du carbone” » [2], s’exclame le philosophe Jean-Pierre Dupuy, professeur à l’Université de Standford (Cali­fornie). Il dénonce vivement, lui aussi, l’idée « d’étendre le domaine du marché à la résolution des problèmes d’environnement », que Jean Tirole3 et ses collègues de l’École d’économie de Toulouse proposent dans un flux intarissable de publications, sans doute pour « arriver bien placés dans les débats préparatoires à la conférence sur le changement climatique COP21 qui aura lieu à Paris en décembre ». Pour Dupuy, « les économistes entendent résoudre les problèmes sans même s’interroger sur ce qui fait que les problèmes se posent. Le dérèglement climatique est en grande partie la conséquence de ce que la théorie économique prend pour une donnée indépassable de la condition humaine, à savoir que les hommes sont comme des automates soumis à des incitations et en concurrence les uns avec les autres. De là le rôle attribué aux prix en économie de marché […] Dans un monde où tout est à vendre et où tout s’achète, y compris le droit de nuire à autrui, il y a peu de chances que des agents mus par leur seul intérêt prennent conscience de la responsabilité peut-être cosmique qui échoit à l’humanité pour éviter le pire. Le pape s’adresse à tous, urbi et orbi, et pas seulement à ceux qui partagent la foi chrétienne. S’il y a ici dogmatisme, il est clairement du côté des économistes » [3].

 Sombres perspectives pour la COP 21

Dans sa chronique Vu d’ailleurs, le journaliste Martin Wolf donne des chiffres très instructifs sur les coûts comparés des énergies fossiles et des énergies renouvelables. On y apprend qu’en 2014, les énergies renouvelables n’ont représenté qu’un peu plus de 2% de la consommation mondiale d’énergie primaire et que la demande globale d’énergie continue à croître principalement dans les pays émergents où elle est essentiellement satisfaite par les combustibles fossiles [4]. Il en conclut que pour répondre à l’impératif du changement climatique, il faudrait réorienter les dépenses publiques de façon à rendre compétitives les énergies renouvelables : « La meilleure façon de répondre au défi du changement climatique passe par une réorientation des incitations et une accélération des innovations visant à rendre les technologies décarbonées compétitives par rapport aux combustibles fossiles ; les coûts en sont modestes, les avantages potentiels énormes. Son succès changerait la donne. Il est infiniment préférable de le tenter et d’échouer que de ne pas l’essayer du tout » [5]. Jusqu’à présent, en effet, le montant du financement mondial en recherche et développement (R&D) sur ces énergies atteint à peine 5,5 milliards d’euros, soit moins de 2% de la R&D publique.

Presque rien par rapport aux 500 milliards d’euros de subventions à la production et à la consommation de combustibles fossiles !

 En finir avec le chômage ?

Comment ? Mais c’est très simple affirme un journaliste du Monde, Eco & Entreprise [6] ! Il n’y a qu’à faire comme l’Angleterre ou l’Allemagne « des pays majeurs qui sont retournés au plein emploi après avoir connu des récessions plus profondes que celle de la France… en développant ce que l’on pourrait appeler le “précariat”, ce travail aléatoire et faiblement rémunéré, souvent indépendant, qui a fait sortir de l’inactivité des millions de travailleurs ». Quelle inconscience, ou quel cynisme ! Ce défenseur inconditionnel de l’emploi à tout prix ne sait pas de quoi il parle quand il évoque le précariat, incitons-le donc à s’informer en lisant Guy Standing (voir p. 5).

 Un cercle qui s’ouvre ??

C’est dommage que ce soit là tout ce que ce journaliste a retenu des 15èmes Rencontres Économiques d’Aix en Provence, dont le programme annonçait « l’ambition de mettre le travail au cœur des réflexions ». L’intitulé de diverses sessions, par exemple : L’avenir du travail à l’heure du numérique - Travailler à l’ère du collaboratif - Le bonheur au travail - La révolution du travail crée-t-elle le progrès social ?…lui aurait montré que l’avenir du travail pose quelques questions sérieuses et d’une brûlante actualité.

Dans cette rencontre du Cercle des Économistes, l’orthodoxie, bien sûr, a encore prévalu. Mais est-ce parce que le cercle s’est enfin ouvert à des philosophes, des historiens, des scientifiques, des sociologues, qui ont contribué à élargir les débats, que des interventions sont sorties des sentiers battus, comme en témoigne le texte d’une jeune étudiante dont nous publions des extraits p. 4.


[1Encyclique Laudato, 15/06/2015.

[2Le Monde, Idées, 08/07/2015.

[3Récent “Prix d’économie de la Banque de Suède”, véritable intitulé de ce que les économistes appellent à tort Prix Nobel d’Economie. Au sujet de ce qui valut ce prix à J.Tirole, lire Face aux jeunes loups, pas de politique de l’autruche, par M-L Duboin, dans GR 1158 p.4.

[4Chiffres tirés de Statistical Review of World Energy in 2015 (BP).

[5Le Monde, 09/07/2015.

[6Le Monde, Eco & Entreprise, 07/07/2015.