Le précariat

Publication : août 2015
Mise en ligne : 9 décembre 2015

Formé par la contraction de précarité et salariat, le “précariat” désigne en sociologie l’ensemble d’une nouvelle classe sociale émergente, caractérisée par l’insécurité financière et professionnelle mais aussi identitaire. En passe de devenir structurel, le précariat est une des conséquences de l’évolution de l’organisation de la production capitaliste qui a besoin d’une force de travail de plus en plus flexible, mobile, s’exerçant de manière discontinue, dans ou hors de l’entreprise… Dans les années 2000, l’économiste Italien Alex Foti disait « le précariat est à la firme post industrielle ce que le prolétariat était à l’entreprise industrielle » !

Depuis lors, le précariat s’est fortement généralisé, notamment au Royaume-Uni où il va certainement prendre une nouvelle extension avec les mesures de restriction du droit de grève que veut prendre le premier ministre Cameron.

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On peut traduire par Le Précariat, une dangereuse nouvelle classe le titre d’un des nombreux ouvrages de Guy Standing, professeur à l’Uni­versité de Londres, qui a travaillé pendant plus de 30 ans à l’Organisation Internationale du Travail à Genève, où il a notamment occupé le poste de Directeur du programme de Sécurité Socio-économique. Ce livre publié en 2011 est un appel aux dirigeants pour qu’ils réforment les modèles sociaux des pays développés, et un plaidoyer pour le revenu de base que l’auteur présente comme un nouveau droit fondamental, qui permettrait de résoudre le problème du précariat. Faute d’un changement de cap dans cette direction, G.Standing, qui est l’un des cofondateurs de l’association BIEN, prédit de violentes réactions liées au précariat et la montée de l’extrême droite.

Dans un article intitulé Egalité, Liberté, Fraternité, le Guardian de Londres (09/06/2011) a donné un large écho à ce livre. On peut y lire : « le seul moyen de barrer la route au néofascisme est d’inventer une nouvelle façon de faire de la politique, qui offre au précariat ce qu’il aspire à construire. Le nouveau projet de gauche doit se tourner vers l’avenir et se dégager de l’atavisme.[…] Alors que l’ombre du néofascisme s’étend, la gauche doit prendre le risque d’être légèrement utopiste. […] Il faut réinventer la trinité progressiste de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Cette politique sera fondée sur le respect des principes de sécurité économique et de toutes les formes de travail et de loisirs, et non sur l’ouvriérisme austère de la société industrielle. Le précariat l’a bien compris, et la gauche ferait bien de l’écouter ».

Elle ne l’a malheureusement pas fait.