Davos : un forum mystificateur

par  H. MULLER
Publication : mars 2000
Mise en ligne : 28 mars 2010

Leurs certitudes à peine ébranlées par l’échec de Seattle, les ténors de la mondialisation ont réaffirmé à Davos leur attachement aux thèmes porteurs de la doctrine libérale : priorité au profit dont les retombées sur le social, ce secteur maudit voué à la portion congrue, produiront tout leur effet à la Saint Glinglin, une fois abreuvés à refus, les appétits insatiables des grands gousiers de la planète. Aux victimes du profit de se montrer accommodantes et patientes dans l’attente des lendemains qui chantent. On leur prodiguera des flots de bonnes paroles, des promesses en-veux-tu-en voilà, du spectacle à gogo et quelques reliefs du festin en vue de les dissuader de nourrir de mauvaises pensées à caractère révolutionnaire, une stratégie désormais bien rodée, appuyée par les mouvements réformistes, propre à endiguer la marée des exclus révoltés contre tant d’injustice dans la répartition des richesses.

A Davos, comme à l’accoutumée, on a mis sous le boisseau le conflit inhérent au système libéral, qui oppose la rentabilité à la moralité, à la sécurité, à l’utilité, à la solidarité, à la qualité de la vie, de ses approvisionnements, de son environnement. Escamoté pareillement : le coût financier et humain du combat contre l’abondance-qui-tue-le-profit, origine de la plupart des “crises”, un combat quasi-permanent devenu l’une des pièces maîtresses de la politique économique des gouvernements, une politique soumise aux injonctions des lobbies qui règnent en maîtres dans les allées du Pouvoir à tous les niveaux. Installés dans le train de la mondialisation, ces libéraux impénitents, dérisoire minorité au regard de la population mondiale adulte, entendent lui imposer une “pensée unique” dont les ravages progressent de jour en jour.

Mettre un terme à cette parodie de démocratie ? « Je ne crois pas qu’il y ait de solution aussi longtemps que l’appât du gain sera le seul instrument utilisé pour répandre et partager la richesse et la compétence du monde. Il faut trouver quelque chose de meilleur [1] ».

Ce “quelque chose”, d’aucuns l’ont associé, depuis belle lurette, à une nécessaire révolution monétaire [2]. Réformes, “régulation”, bricolages fiscaux et autres potions ne sont que verbiage, de la bouillie pour les chats.


[1Tibor Mende

[2Monnaie de consommation éradication du profit.