Agriculture et économie distributive

par  J. MESTRALLET
Publication : janvier 1980
Mise en ligne : 17 septembre 2008

M.-L. Duboin me communique l’extrait d’une lettre, auquel je vais m’efforcer de répondre. Un Lecteur de Champagne-sur-Seine écrit :
« J’appartiens à un monde agricole, petit producteur de fruits et légumes, où la lutte avec la nature est constante (maladies, insectes, pluie, sécheresse, etc...) , ceci nous retirant parfois le repos dominical. En somme, la lutte continuelle. Je ne pose pas la question en matière de culture intensive où seul le mot « rentabilité » intervient, en dépit de toute qualité, mais d’une culture qu’on pourrait appeler biologique, où l’on retrouve la qualité d’antan. Et à ce sujet, j’aimerais avoir l’avis de certains camarades abondancistes : l’agriculture n’est pas l’industrie - nous l’avons vu en Russie - et je crains que dans ce domaine à échéance nous nous trouvions aux prises avec de nombreuses difficultés qui seraient de nature à modification dans le système abondanciste. Agriculture et industrie sont, hélas ! très différentes et exigeront une longue adaptation. J’aimerais qu’à ce sujet un dialogue s’instaure ».

Oui, vous avez bien raison, cher camarade, et j’attends d’autres lettres d’agriculteurs pour qu’ils nous fassent connaître leur métier. J’en attends aussi de lecteurs ouvriers, car je n’aime pas parler de ces problèmes en l’air.
Vos propos surprendront beaucoup des nôtres, qui pensaient que le progrès technique avait davantage amélioré la vie à la campagne. C’est sans doute vrai sur quelques points  : pour les machines à traire par exemple, qui suppriment une véritable corvée, pour quelques appareils ménagers qui aident la fermière souvent plus surmenée qu’on ne l’imagine. Et évidemment, les machines agricoles permettent à un seul homme de faire beaucoup plus de travail qu’autrefois. En matière de productivité, il y a incontestablement progrès.
Mais pour l’agriculture ? Là, c’est une autre histoire. Les grands céréaliers de la région parisienne qui ont abandonné l’élevage et prennent des vacances ont certainement amélioré leur sort : leurs grosses machines travaillent des centaines d’hectares avec un personnel réduit. Le prix garanti du blé, qui permet tout juste au petit exploitant de survivre, leur assure une rente de productivité confortable, grâce à un prix de revient beaucoup plus bas.
Mais pour l’exploitant qui a gardé son bétail, surtout s’il s’agit d’élevage laitier. il faut être là en permanence. Signalons toutefois qu’un service de remplacement fonctionne dans certaines régions, en particulier dans la Loire, service organisé par les agriculteurs eux-mêmes.
Il n’en reste pas moins que, pour nombre d’exploitants, les horaires d’autrefois existent toujours : en pleine saison, de 3 heures du matin à 10 heures du soir, en hiver, de 5 heures à 20 heures.