L’administration est-elle intelligente ? - Oui !

par  H. de JOYEUSE
Publication : janvier 1980
Mise en ligne : 17 septembre 2008

Hilarius, une fois de plus, urbi et orbite (céleste) prouve ce qu’il peut ! Hilarius vient d’être mis à la retraite par une Administration consciente de ce qu’il a suffisamment parcouru ses couloirs, sans buts précis ou avouables ; d’autant qu’il ne sait pas même faire du tricot derrière sa Japy, comme ses consoeurs. Bref, retraité, Hilarius a droit à une carte de « Retraité ».
Une carte qui, certes, ne donne droit à rien du tout, mais lui permettrait de se faire reconnaître par les nombreux nouveaux collègues qui l’ont remplacé (cinq gaillards). Son chef bien aimé aurait pu la lui remettre au cours de l’hilarante cérémonie des adieux, où chacun a pu librement exprimer le contraire de ce qu’il pensait.
Ou, encore, ce petit bristol aurait pu être joint automatiquement à l’envoi du titre de pension. Et que non ! Hilarius a donc rédigé une demande en triple exemplaire dans laquelle " il sollicite la délivrance de sa cartoline". La demande, parcourant 25 km en 5 mois, est parvenue au Préfet départemental, lequel, 15 jours après, a demandé, par le canal de la Direction Régionale, au Commissariat du lieu, de convoquer l’individu afin de lui demander s’il gagnait de l’argent... après sa radiation des cadres. C’est l’élégante formule pour « mise à la retraite ».
Hilarius, bête mais discipliné, a fait le trajet (8 km), a répondu " non, des clous " Réponse enregistrée par P.-V. en 7 exemplaires et retournée au Préfet.
Avec la sagesse socratique qui l’a caractérisé, durant cette période, Hilarius attend la suite dont il vous fera part. Il espère apercevoir son petit bout de carton avant que ne se réalise la vente du premier Concorde à une Compagnie étrangère. (C’est pas demain la veille !).
Affaire palpitante qui n’apparaît stupide qu’aux primesautiers, car Hilarius , avec elle, que l’Administration qui, verbalement, ne cesse de simplifier ses formalités, concrètement fait lé contraire, en contribuant heureusement à la lutte contre le chômage. -Suivez la carte et comptez : un fonctionnaire pour prendre la requête, un autre pour !’enregistrer (2), un chef pour vérifier (3), un préposé pour acheminer vers le Préfet (4), un pour enregistrer le courrier à l’arrivée (5), un pour voir de quoi il retourne (6), un pour prendre l’initiative d’envoi au Service (7), même mécanisme (10) à ce stade pour expédier au Commissariat. D’où se déroule, maintenant en sens inverse, la même marche serpentaire. Total une vingtaine d’inactifs fonctionnaires utilisés, très intelligemment pour accoucher, non plus d’une cocotte en papier, mais d’un rectangle de carton !
Comment oser dire que l’Administration ne serait pas intelligente après une démonstration aussi magistrale ? D’autant que l’opération se répète des milliers de fois, multipliant les emplois ainsi rendus indispensables.
Vive l’Administration française intelligente, purée !