Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : octobre 1998
Mise en ligne : 20 juin 2008

 Suppressions d’emplois [1]

• Le groupe américain Rockwell va supprimer 3.800 emplois sur 48.000 d’ici à fin 1999 dans les automatismes et l’avionique.

• Le groupe suédois SKF, N°1 mondial des roulements à billes, va supprimer 4.000 emplois

• Ansaldo Energia, filiale du groupe public italien Finmeccanica, met en place un plan de restructuration prévoyant 800 suppressions définitives d’emplois et 895 autres, partielles.

• Le groupe américain TRW a annoncé le 29 juillet un plan de restructuration de son activité d’équipements pour automobile prévoyant la fermeture de 10 à 15% de ses 137 usines, la suppression de 7.500 emplois sur 54.000 et la réduction de moitié du nombre de fournisseurs.

• Le géant allemand de l’électrotechnique Siemens a annoncé le 31 juillet la fermeture de son usine britannique de semi-conducteurs de North Tyneside, à cause de la chute des prix mondiaux. Cela entrainera la suppression de 1.100 emplois.

• Le fournisseur britannique de gaz, BOC, (la plus grande compagnie de gaz présente en Asie et dans le Pacifique) va supprimer entre 3.000 et 4.000 emplois dans le monde dont 1.000 en Grande-Bretagne [2].

• Le constructeur d’automobiles ROVER, proporiété de la société allemande Bayerische Motoren Werke AG, va supprimer 1.500 emplois en Grande-Bretagne [2].

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Corée : Bravo, le FMI !

Les syndicats de la métallurgie sud-coréenne ont déclenché des débrayages et des mouvements de grève massifs pour protester contre les licenciements de personnel prévus par le gouvernement en contrepartie d’un prêt de 57 millions de dollars du FMI.

Car, comme toujours, les accords passés avec le FMI imposent d’importantes restructurations et des licenciements à grande échelle [3].

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Raisonner autrement

« Une nouvelle façon de penser pourrait éviter une Grande Crise ». Tel est le titre qu’a donné Paul Krugman, Professeur d’économie au MIT, à un de ses articles parus dans The New York Time s [4]. Analysant la crise qui secoue les places boursières du monde entier, Krugman s’inquiète : « Le vrai danger pour le monde économique vient non pas de mauvais “fondamentaux” mais d’idéologies rigides --- idéologies qui peuvent empècher les décideurs politiques de répondre ou même de mal réagir si une crise économique mondiale commence à se développer. Une de ces idéologies est la croyance qu’une monnaie forte est le signe d’une économie forte et que des prix stables assurent la prospérité. Ce scénario est celui que mettent en avant la Banque du Japon en relevant ses taux d’intérêts pour défendre le yen et la Bundesbank en refusant de baisser les siens parce qu’elle ne veut pas encourager le laxisme de la Banque Centrale européenne qui doit lui succéder. Ces deux actions sont complétement folles. Hélas, connaissant la rhéthorique japonaise du yen fort et la rhétorique allemande des prix stables, ces deux actions sont tout à fait plausibles. Dans son ouvrage classique “Liens Dorés”, Barry Eichengreen, économiste à l’Université de Berkeley, a montré que l’extension de la Grande Crise de 1929 était due avant tout à l’obstination de nombreuses nations à vouloir conserver l’étalon-or à tout prix. Aujourd’hui, plus personne n’utilise l’étalon-or, mais le désir de défendre la pureté monétaire reste inébranlable, quelle que soit l’économie réelle.

Une autre de ces idéologies est de blâmer les victimes. On entend dire à propos de l’Asie qu’elle ne doit pas tenter un redressement économique rapide par l’expansion monétaire et fiscale parce que cela retarderait la correction des défauts structurels fondamentaux. Il est facile d’imaginer qu’une action efficace contre la crise économique puisse être entreprise trop tard simplement parce que ses étapes initiales ont été considérées comme une juste punition de péchés économiques. Bref, il est très facile d’éviter une crise économique mondiale. Elle ne peut survenir que si les gens qui ont le pouvoir de la prévenir ne la prennent pas au sérieux en continuant à s’accrocher à des idéologies héritées d’une époque plus calme ».

On croirait presque lire la Grande Relève !

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È-U : taux de chômage au plus bas,
mais…

Selon un cabinet de chasseurs de têtes de Chicago, les suppressions de postes aux États-Unis cette année sont de 32% supérieures à celles enregistrées l’année dernière. Les travailleurs courent désespérément d’un emploi à l’autre, subissant en général une baisse de salaire à chaque changement. « Pour les postes qui restent bien payés, on charge de plus en plus la mule » [5].


[1Sauf précision contraire, ces chiffres sont extraits du journal Le Monde, des 1, 13, 21/7 /98 et 3, 11/8/98

[2d’après le International Herald Tribune, 11 août 1998

[3Le Monde, 16/7/98.

[4reproduit par International Herald Tribune , 1er septembre 1998.

[5The Nation, New York, juillet 98.