Au fil des jours

par  J.-P. MON
Publication : avril 2000
Mise en ligne : 6 mars 2010

 Suppressions d’emplois [1]

Les communiqués triomphants sur la baisse du chômage ne doivent pas nous faire oublier que les “restructurations” ont repris de plus belle avec leur inévitable cortège de licenciements.

• le 22 février, le géant anglo-néerlandais Unilever a annoncé la suppression de 25.000 emplois en cinq ans, ce qui représente 10% de son effectif. Ces réductions toucheront principalement les états-Unis et l’Europe où le groupe réalise environ 80% de son chiffre d’affaires. Une centaine de sites de production sur 250 devraient être fermés.

Et bien sûr, après l’annonce du plan de restructuration, le titre du groupe qui avait perdu plus de 40% en six mois, a gagné 5,8% dès l’ouverture de la Bourse de Paris.

• Après avoir supprimé 4.000 emplois l’an dernier, la multinationale de services et d’équipements de production d’énergie, ABB-Alstom Power, va, dans les deux ans qui viennent, procéder à la suppression de 10.000 emplois (sur les 54.000 restants) et fermer 10 sites industriels dans le monde. La France sera particulièrement touchée puisque 19% des effectifs de la société, soit 1.500 emplois, seront supprimés. Mais, rassurez-vous, son directeur affirme qu’elle cherchera à « minimiser les conséquences de ces suppressions d’emplois ».

• Le constructeur automobile américain Ford a annoncé le 18 février la suppression de 1.500 emplois au Royaume Uni.

• La fusion de la Deutsche Bank et de la Dresner Bank , qui donnera naissance à la première banque mondiale, avec un actif de 1.200 milliards d’euros (en gros 7.870 milliards de francs) va entraîner la suppression de 16.500 emplois dans le monde (dont 6.000 à Londres).

 
Une banque “moderne” !

Si la Deutsche Bank et la Dresner Bank fusionnent c’est parce qu’elles trouvent que leurs activités traditionnelles de “banques de détail” (dépôts et crédits pour les particuliers) ne sont plus assez rentables et demandent trop de personnel. Le but de la nouvelle banque ne sera plus de collecter l’argent des particuliers pour le réinjecter dans l’économie via des prêts aux entreprises, comme le faisaient classiquement toutes les banques, mais de concentrer ses efforts sur la banque de gros et d’investissement. Les activités de banque de détail des deux groupes seront donc, dans un premier temps, regroupées avec le groupe d’assurances Allianz dans une filiale commune qui sera chargée de collecter l’épargne des particuliers pour leur vendre des “produits” financiers. Les deux banques se retireront ensuite de ce groupe. Entre temps le nombre d’agences du groupe en Allemagne sera fortement réduit (de 3.800 à 2.000). A l’heure d’internet il est, selon les dirigeants des deux groupes, inutile de maintenir ouvertes des agences dont les marges bénéficiaires fondront de plus en plus.

 
Michelin va bien , merci

Cette firme a enregistré en 1999 un chiffre d’affaires de 90,28 milliards de francs, en hausse de 10,2% sur celui de 1998. Les licenciés apprécieront. De toutes façons, “l’affaire Michelin” qui a fait couler tant d’encre à l’automne dernier, était prévisible de longue date (et nous l’avions signalé [2] ) car, après avoir fait passer ses effectifs de 130.000 à 113.000 entre 1990 et 1996, l’entreprise avait mis en place un nouveau procédé de fabrication extrêmement automatisé lui permettant de réduire considérablement ses coûts de production.

 
La révolte s’étend

La Corée du Sud considérée comme un bon élève du FMI (qui lui a pourtant fait adopter un régime particulièrement sévère à la suite de la crise financière de 1997) commence à faire preuve de mauvais esprit. Dans un article intitulé “Contre-attaque des intellectuels européens”, paru dans le mensuel Shin Dong-Ah, M. Chang Heng-hoon, Professeur à l’université, estime qu’« il n’y a pas d’avenir dans le néolibéralisme … Le néolibéralisme et la mondialisation conquièrent le monde par la finance et la complaisance des médias en rendant les états impuissants … Un de ses effets est d’accroître les disparités sociales et en particulier l’écart entre les pauvres et les riches dans les pays concernés, comme entre les pays » … M. Chang dénonce aussi le “quasi aveuglement” de la presse sud-coréenne qui exalte, sous l’influence des médias anglo-saxons, « la religion du marché et la fascination qu’exerce la mondialisation ». De sorte que, comme voulaient le laisser entendre en parlant du livre de V. Forrester, certains participants de l’émission de Pivot du 10 mars dernier, les opinions critiques paraissent « excentriques, sinon déplacées ».


[1d’après Le Monde entre le 11 février et le 10 mars 2000.

[2Voir GR-ED . n° 969, août-septembre 1997.