Dis-moi ce que tu manges

par  É. PESSEL
Mise en ligne : 31 octobre 2008

On reconnaît enfin que les soins médicaux sont devenus trop chers, même en France, et les journaux viennent de rapporter des chiffres éloquents sur cette dégradation, parmi tant d’autres, des services publics. Mais Éliane Pessel, qui dit dans sa lettre d’envoi : « Je revendique le fait que je suis une femme, à l’intelligence concrète, affective, pragmatique, que quelques études supérieures n’ont fait qu’alimenter sans en changer le ferment » témoigne ici que ce n’est pas le seul aspect de la détérioration de la santé :

Nous entendons sans cesse les conseils de diététique : « Ne pas manger trop gras, trop salé, trop sucré ». Nous sommes guettés par l’embonpoint, l’obésité, qui, politiquement incorrecte, défigure l’image physique de la France, à l’instar de celle des États-Unis, mais de surcroît par son incidence sur les troubles de santé qu’elle suscite, grève sérieusement le budget, donc le déficit de la Sécurité Sociale. (Je laisse mes amis plus calés que moi en la matière décrire les autres raisons de ce déficit).

L’État sarkozien a imaginé une solution pour faire obéir les Français et Françaises, grands et petits, bouffeurs de grassouillats, sucreries chimiques et autres délices auxquelles la publicité capitaliste les a conditionnés : une nouvelle invention de notre classe de pseudo intellos : la TVA renforcée sur les produits incriminés. C’est-à-dire ceux qui sont principalement consommés par les plus démunis. Passer la TVA de 5,5 % à 19,6 %, que voilà la solution !…

Sauf que… il faut se nourrir, même si on a un revenu de PDG. Pouvons-nous croire que, dans les appartements luxueux de plus de 200 m2 dans les villes friquées et autres hôtels, on serve de bonnes grosses tartines de pâté de foie renfermant un pourcentage élevé de graisse ? Pensons-nous que les chérubins dont l’avenir, études ou pas, est assuré par la situation de Papa, ont droit au goûter à des chocolats bas de gamme dont le taux de cacao, économiquement réduit, est remplacé par des graisses diverses et variées ? Le bon chocolat haut de gamme dont sont gratifiés les futurs exploiteurs de l’humanité est arrosé d’un verre de pur jus de fruits, sans sucre ajouté, à 1,5 euro, tandis que mes voisins, mes cousins, les autres, pas tous mais beaucoup, noirs ou blancs, achètent un litre de boissons, gazeuses ou non, mais bien sucrées, à 1,5 euro … le litre, pour toute la marmaille.

Lorsque j’avais des élèves et que je faisais une petite parenthèse de diététique préventive dans mon cours de biologie, je leur posais la question : « Vous arrive-t-il d’avoir une fringale et que rien ne semble vous faire envie de manger ? » Unanimes, les réponses étaient : oui ! Cela peut arriver à tout le monde parce que l’organisme réclame les éléments qui lui manquent pour fabriquer non seulement des cellules de remplacement ou de réparation, mais aussi des activateurs, des défenseurs immunitaires, des neurotransmetteurs etc… Or quand on compare le prix des bonnes protéines alimentaires à celui des terrines et autres pâtés de campagne à la coupe, « y a pas photo ! » En réglant bien son budget avec quelques centaines de grammes, on en fait des tartines !!! Cherchez où est l’erreur !

Quelques uns, comme moi-même, se sont peut-être entendu dire, quand ils étaient gosses : « Mange ton gras aussi, je l’ai payé ! » Nous, bien sûr, nous ne voulons pas l’infliger à nos enfants. Mais…